Paroles de Renaud Séchan, musique de Franck Langolff, 1986.
"Si j'ai l'occasion, j'aimerais mieux mourir de mon vivant"
espérait Coluche.
Il meurt bien de son vivant le jeudi 19 juin 1986 à 16 h 55. Il roulait
tranquillement
sur sa Honda 1100 quand soudain un camion de 38 tonnes manoeuvre et
bloque complètement la route. Coluche ne peut rien faire pour éviter
le choc...
"Putain c'est trop con / Ce putain de camion
Mais qu'est-ce qu'y foutait là / Putain de vie d'merde /
T'as roulé dans l'herbe / Et nous, tu nous plantes là".
Tous les proches de l'artiste sont bouleversés. Dominique
Séchan ne sait plus où aller pleurer.
Renaud, lui, se trouve à Montréal et ne comprend pas tous les
mots, avec l'accent québécois.
Un journaliste, venu l'interviewer pour une émission télévisée,
dans le salon de son hôtel, lui dit trop vite :
"Coluche est mort." Renaud comprend : "Coluche, à Montréal." Quelle
joie ! Bien sûr, il est très heureux :
il pourra voir un des ses meilleurs amis ! Ensuite, le journaliste le regarde,
mal à l'aise :
"Vous le connaissiez bien ?". Pourquoi emploie-t-il le passé ?
Ce n'est que de retour dans sa chambre qu'il apprendra la nouvelle
tragique. La petite lumière rouge clignote :
un message l'attend à la réception... Horreur !
"Il ne sait pas pleurer en québecois"*. Il écrit
donc à chaud "Putain de camion" sur une vieille
musique de Franck Langolff qui trainait, là, dans un fond de tiroir.
Un magnifique chanson en
hommage au copain complice de ses débuts devenu l'ami intime, le parrain
de sa fille Lolita.
"Lolita a plus d'parrain /
Nous on a plus notre meilleur copain"
Renaud refusera de s'exprimer sur la mort de Coluche devant
les journalistes. Le texte explique tout,
pas besoin de commentaires supplémentaires. "Je passe dix fois plus de
temps à expliquer le sens d'une chanson qu'à l'écrire et
à l'enregistrer" .
Tout au long de sa gigantesque tournée, Renaud, une
feuille à la main, chante sa nouvelle
chanson en hommage au "gros"**. Emue, toute la salle écoute la triste
ballade dans un
silence religieux . Pendant ce temps, Marius (le plus jeune fils de Coluche
que Renaud avait
emmené sur la route) et Lolita font les quatre cents coups dans les coulisses.
"Marius "préférait" ne pas réentendre cette chanson qu'il
avait découvert la veille à Vienne..."*** commente Renaud.
Cette chanson ne peut que laisser sans mot : tout est dit sans verbiage inutile, sans longues phrases endormantes.
"Enfoiré, on t'aimait bien /
Maintenant on est tous orphelins"
Mais avec, notamment, des antithèses toutes simples, toutes naturelles :
"Dire qu'c'était l'été /
Dans ma tête y fait froid"
En quatre strophes et deux refrains, Renaud laisse bien transparaître
ses sentiments
et ceux des amis de Coluche enlevé par une mort bien trop injuste. "Sa
mort m'a un peu tué."****
"Putain d'camion, putain d'destin, tiens ça craint"
Le futur album paraît au printemps 1988 et s'intitule
"Putain de camion". La chanson le referme bien tristement.
L'album noir. Avec des coquelicots. La fleur préférée du
"gros", qu'il avait tatouée sur la poitrine.
Sûr qu'il aurait été content du "p'tit" en écoutant
la chanson.
* "Coluche" de Philippe Boggio, éd. Flammarion, 1991.
** C'est ainsi que le surnommaient affectueusement ses intimes.
*** "Le roman de Renaud" de Thierry Séchan, éd.Seghers Le Club
des stars, coll. "Paroles & musique",1988.
Renaud parle ici de la veille du concert au théâtre antique d'Orange.
**** "Paroles & Musique" n°6, avril 1988, propos recueillis par Richard
Cannnavo.