Epoque ou le fn venait de conquérir la mairie de cette ville et ou la rédaction du journal avait décidé de se rendre sur place pour y faire des "reportages".
Renaud alors chroniqueur s'était fendu de son texte.
Il s'était pas rendu sur place mais avait livré un texte doux-amer, publié en toute fin. Texte que voici:
"Un soir que j'avais bu plus que de raison dans les bouges de Chicogo, le quartier "chaud de Toulon", fait la fermeture d'un bar vers cinq heure et l'ouverture d'un autre aussitôt, je m'étais fait chambrer par un coiffeur qui trouvait mes cheveux jaunes assez moches. Son salon était juste à côté du bistrot, à sept heure je m'y installais et ressortais une heure et demi après coiffé à la punk, crête d'Iroquois rouge vif sur une tignasse noir-corbeau. Classe! Dans le train du retour sur Paris, l'après-midi, ayant passablement dessaoulé, j'avais un tout petit peu honte, arrivé chez moi ma femme a prononcé les mots "divorce" et "sac à vin" et ma fille m'a jeté des cailloux. J'ai eu beau expliquer que rouge et noir, au rugby, c'était les couleurs de Toulon, elle m'a demandé si, pochetronant à Saint-Etienne je serait revenu avec les cheveux verts. J'ai rien répondu parce que, pour être tout à fait sincère, je pense que oui.
Je me souviens aussi d'un lendemain de concert, un matin, dans le hall de l'hôtel Novotel sur le mont Faron dominant la ville, avoir croisé une bande d'anciens combattants qui, sur leur trente et un, s'apprêtaient à aller déposer quelques gerbes sur un quelconque monument aux morts-pour-rien dans une quelconque guerre à la con. Les couronnes étaient alignées bien sagement dans le hall, pendant que les vieux briscards étaient occupés à la réception j'ai barré d'un feutre rageur l'inscription d 'un ruban tricolore honorant les "héros tombés pour la Patrie" et écrit un impitoyable "maudite soit la guerre!".
Il y a prescription, c'était il y a longtemps... Mais depuis je n'ai cessé de me demander en quoi cette phrase pouvait ne pas être appréciée par ceux-là même qui avaient vécu (presque autant que les civils) l'horreur de la guerre. Peut-être finalement y ont-ils prit goût... Peut-être que, gagnée ou perdue, juste ou pas au regard de l'histoire, la guerre fut leur raison d'être comme le cuir est la raison d'être du cordonnier. Peut-être, en honorant leurs camarades morts au combat, pleurent-ils le combat avant tout...
Je ne crois pas avoir remis les pieds à Toulon depuis. Le rouge et le noir des maillots de rugbymen doit faire tache avec le brun de la mairie. Quand aux anciens combattants, s'il en reste, ils doivent parader sous l'oeil attendri de Jean-Marie Le Pen, sans même réaliser que, cinquante ans auparavant, c'était cette même peste brune qu'ils combattaient.
Avec mes potes de Charlie-Hebdo qui sont allés tâter le terrain et dont vous venez de lire les reportages, nous nous apprêtons à y retourner, histoire de constater, j'espère, que si la liberté y est plus menacée que partout, le vent de la résistance y souffle plus qu'ailleurs."
Le texte était accompagné d'un dessin de Tignous caricaturant un Renaud visiblement pas frais arborant une superbe crête rouge et noire de punk.
Texte publié en Novembre 1995 donc et dispo dans le HS sorti chez "Soleil Production/Plein Sud"





