C'tait une jeune fille
Bien comme il faut
De bonne famille
Et qui très tôt
S'trouva nubile
Et un julot
Un peu débile
Et pas très beau
Un gringalet
Un brin galette
Qui bringballait
Son amourette,
Sa dulcinée,
Sa midinette,
Toute la journée
Le coeur en fête
C'est qu'il l'aimait
Sa gigolette
Elle gigotait
Comme Mistinguett
Quand il pleuvait
Sur ses pommettes
Ses joues brillaient
Comme des paillettes
Quand ils partaient
Sur les chemins
On les croisait
Main dans la main
Amourachés
Du quotidien
Ils y croyaient
Oui, mais en vain
Pour passer l'temps
Corps enlacés,
Les deux amants
Trop occupés
Vivaient l'présent,
Ont oublié
Pendant longtemps
D'faire des projets
S'en r'mettaient à
La destinée,
Disent " on verra
Dans quelqu's années
Quand on aura
Vingt ans passés,
Dans l'immédiat
Y a rien d'pressé "
Oui mais seul'ment
L'eau a coulé
Bien patiemment
Dans l'sablier
Leurs âmes d'en-
-fants passionnés
En attendant
S'y sont noyées
Y s'sont quittés
Sans grand fracas
S'sont embrassés
Une dernière fois
Puis sont allés
Chacun chez soi
Ont-ils pleuré ?
Je n'le sais pas
Que cet hymen
Si monotone
N'eût pas lieu, même
Si j'leur pardonne
Cette fredaine
Que je fredonne
Me fait d'la peine
Comme à personne
Y a bien longtemps
Qu'j'les ai plus vus
Le temps d'antan
Est révolu,
Mais c'que j'comprend
C'est qu'le temps tue
Les sentiments
Les plus tétus
-
fredaine
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