Au sujet du TOPIC BETANCOURT COLOMBIE VIA LA PRESSE...???

Engagements pour diverses causes, initiées ou non par Renaud...

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Blaise Poulossière
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Message par Blaise Poulossière »

Trouduc Þ a écrit :Conseiller l'hygiène buccale à un mioche n'est jamais vain ni nul
Grand merci pour ton indulgence, Ami, mais cela ne change rien à la piètre qualité humoriste de mon post. Méat coule pas !
Peste ! Voilà que je recommence... !
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Nataly
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Message par Nataly »

OUI tu peux signer après le concert, si tu t'magnes avant que la sécu foute les gens des stands dehors... comme à Bercy LOL

Nataly :wink:
Si tous ceux qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage ! (Sacha Guitry)
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LeKevin
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Message par LeKevin »

D'accord alors j'viendrais après le concert...

PS : tu n'y serras pas j'suppose ? ^^





Mwa.
Tha_moumou et Peps a écrit :Plus ça va et plus je te trouve sympa, mon kevinounet.
Milou ! a écrit : :lol: :lol: :lol: Moi j'aime bien Le Kevin 8)
deyssambre a écrit :Je t'aime Lekevin, et ton cousin aussi.
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JP
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Message par JP »

Le test Chomsky et la Colombie
La guerre terroriste des Etats-Unis en Colombie

Pourquoi la fin de la Guerre froide n'a aucune importance

Par Doug Stokes
Octobre 2003

Traduction :
Numancia Martínez Poggi (mars 2007)

Source :

www.chomsky.info/onchomsky/200310--02.pdf
http://www.aqnt98.dsl.pipex.com/choms.htm

Titre original :

« Testing Chomsky 'Why the End of the Cold War Doesn't Matter: the US War of
Terror in Colombia' »

Les analystes de la politique étrangère, aussi bien les libéraux que les
conservateurs, ainsi que la majorité des universitaires spécialistes des
relations internationales, considèrent que la politique étrangère des Etats-Unis
est débonnaire et démocratique. La Guerre froide est généralement analysée en
termes bipolaires avec un est fondamentalement hostile et expansionniste et un
Occident sur la défensive - bien que réagissant parfois avec excès. Avec la fin
de la Guerre froide, et bien que certains théoriciens critiques dans le domaine
des relations internationales contestent l'image débonnaire de la politique
étrangère des Etats-Unis, une interprétation très orthodoxe de la politique des
Etats-Unis dans la période de l'après-Guerre froide a émergé qui signale des
discontinuités par rapport au début de la Guerre froide. Dans les relations
internationales, sur le thème de la politique étrangère des Etats-Unis dans
l'après-Guerre froide, la thèse qui prévaut est celle de la discontinuité ; elle
réunit la majorité des tenants de la pensée dominante ainsi que la majorité des
universitaires critiques.

Le travail de Noam Chomsky rejette aussi bien l'image débonnaire et démocratique
de la politique étrangère des Etats-Unis que la thèse dominante de la
discontinuité dans l'après-Guerre froide. Pour Chomsky, la politique étrangère
des Etats-Unis pendant l'après-Guerre froide est caractérisée par de fortes
continuités qui remontent au début de la Guerre froide, et cette politique reste
néfaste et anti-démocratique lorsqu'il y a opposition à la volonté des élites
états-uniennes. L'historiographie révisionniste qu'il utilise lui donne les
éléments signalant les continuités de l'après-Guerre froide, continuités quant
aux institutions et quant aux objectifs inchangés visant à préserver un ordre
mondial favorable au capital états-unien. Ces objectifs déterminent dans une
grande mesure les orientations et les modalités de politique étrangère des
Etats-Unis. Pour Chomsky l'interprétation orthodoxe de la politique étrangère
des Etats-Unis peut soutenir la thèse de la discontinuité durant l'ère de
l'après-Guerre froide en mettant l'accent sur la supposée centralité des
tensions bipolaires de la Guerre froide dans les choix de la politique étrangère
des Etats-Unis dans le monde en développement. L'école révisionniste rejette la
subordination des relations nord-sud à une grille de lecture est-ouest et
préconise une présentation de l'ordre mondial caractérisé par des inégalités
structurelles de longue durée et par un déséquilibre de pouvoir entre le nord
capitaliste développé et le sud sous-développé. Le travail de Chomsky va donc à
l'encontre du consensus dans la discipline des Relations internationales et il
propose une interprétation radicalement différente de la politique étrangère des
Etats-Unis durant l'après-Guerre froide, différente à la fois de celle de la
pensée dominante mais aussi de celle des théoriciens les plus critiques. La
thèse chomskyenne de la continuité propose également une grille de lecture
permettant de comprendre les relations internationales par l'analyse des
questions liées à l'exploitation entre le nord industriel développé et le sud
sous-développé. Son travail s'écarte de l'interprétation eurocentriste est-ouest
de la Guerre froide et il observe comment la politique occidentale continue de
se traduire en violations des droits humains dans les pays sous-développés
durant la période l'après-Guerre froide. C'est ce qui fait que son travail est
important, il remet en cause à la fois le consensus prévalant au sein de la
discipline des Relations internationales, tout en offrant une lecture
intéressante, rarement prise en compte, des grands objectifs de la politique
étrangère des Etats-Unis.

Dans cet article je teste à la fois la thèse prédominante des tenants de la
discontinuité dans les Relations internationales et la thèse chomskyenne
alternative de la continuité de la politique étrangère des Etats-Unis dans la
période l'après-Guerre froide en Colombie. La Colombie est le troisième
récipiendaire de l'aide militaire des Etats-Unis. Cette aide est présentée comme
partie intégrante de la guerre contre la drogue et, depuis le 11 Septembre,
comme partie de la guerre contre le terrorisme. Ces labellisations prétendent
signaler une discontinuité majeure par rapport à la lutte anti-communiste et
contre-insurrectionnelle en Colombie, priorités des Etats-Unis durant la Guerre
froide. Les justifications et le niveau de l'aide militaire des Etats-Unis
constituent de bons éléments permettant de tester les deux positions, continuité
et discontinuité. De la même façon, la question de la violation des droits
humains, et l'effet de la politique des Etats-Unis soit pour atténuer soit pour
accentuer ces abus, permet d'effectuer un test sur les conséquences de la
politique étrangère des Etats-Unis, -est-elle débonnaire ou bien néfaste ? -,
point essentiel pour chacune des deux positions aux prises. Si la thèse de la
discontinuité est correcte, nous pouvons nous attendre à voir la politique
états-unienne centrée sur le combat contre les narcotrafiquants et les
terroristes en Colombie. La politique états-unienne devrait aussi dans ce cas
aider au renforcement de la démocratie et des droits humains. Par contre, si la
thèse chomskyenne de la continuité est correcte nous pouvons nous attendre à
observer le maintien de la guerre contre-insurrectionnelle contre les
organisations et les secteurs de la société colombienne qui représentent une
menace pour le capital états-unien.

Dans mon examen empirique de la politique états-unienne en Colombie, j'utilise
des documents provenant d'agences états-uniennes et des informations
déclassifiées. Je conclus que la politique états-unienne est bien caractérisée
par des continuités qui trouvent leur origine au début de la Guerre froide.
Pourquoi ces continuités ? Je les explique par la permanence des intérêts
pétroliers états-uniens en Amérique du sud, ce à quoi s'ajoute la volonté de
soutenir un gouvernement pro Etats-Unis. Par ailleurs, la politique
états-unienne en Colombie continue de provoquer de grandes quantités de
violations des droits humains. Les objectifs des Etats-Unis dans la Colombie
contemporaine s'inscrivent ainsi dans une indéniable continuité - ce qui
confirme la thèse chomskyenne.

1. La vision dominante de la politique étrangère des Etats-Unis durant la Guerre
froide : est contre ouest

Le point de vue des libéraux et celui des conservateurs sur la politique
étrangère des Etats-Unis pendant et après la Guerre froide ont énormément de
points en commun. Les uns et les autres voient la Guerre froide en termes
bipolaires et ils utilisent une interprétation historique orthodoxe sur ses
origines et ses modalités. Ils mettent de la même façon l'accent sur la
discontinuité de la politique étrangère des Etats-Unis durant la période de
l'après-Guerre froide. L'historiographie orthodoxe considère que l'Union
soviétique avait des tendances expansionnistes pendant toute la Guerre froide et
qu'elle était fondamentalement hostile à la sécurité de l'Occident. Par contre,
la politique étrangère des Etats-Unis est jugée comme défensive face à
l'expansionnisme soviétique. La politique étrangère des Etats-Unis serait donc
le résultat de l'hostilité qui caractérisait la compétition bipolaire.

Pour faire face à l'expansionnisme soviétique, les Etats-Unis avaient proclamé
la doctrine de l'endiguement [containment]. George Kennan, l'architecte de
l'endiguement, dit que la tâche immédiate de l'endiguement après la Deuxième
guerre mondiale était d'utiliser l'aide économique pour protéger de la menace
soviétique les économies détruites de l'Europe occidentale. Quand l'Europe
occidentale fut reconstruite et incorporée à l'ordre international conduit par
les Etats-Unis, la stratégie d'endiguement s'est davantage orienté vers le tiers
monde - très souvent sous la forme d'interventions militaires. On justifiait les
campagnes militaires avec le discours anticommuniste de Guerre froide,
soi-disant pour contrecarrer l'expansionnisme soviétique dans la périphérie et
pour soutenir les gouvernements pro états-uniens dans leurs guerres
contre-insurrectionnelles. Le tiers monde était considéré par les stratèges
états-uniens comme particulièrement sensible à la subversion soviétique en
raison de son instabilité socio-économique, de ses inégalités chroniques, et du
fait de la fragilité intrinsèque de beaucoup d'Etats dans le monde en
développement. La théorie des dominos fournissait une métaphore efficace pour
dépeindre la potentielle expansion de la subversion régionale prosoviétique. On
soutenait que ce qui était en jeu c'était la crédibilité des Etats-Unis aux yeux
de leurs alliés qui ne devaient pas douter de leur détermination à combattre
l'agression soviétique.

Pour faire face à l'agression soviétique dans le tiers monde, les Etats-Unis ont
parfois réalisé des guerres secrètes et ont parfois déstabilisé des
gouvernements. Les Etats-Unis ont également installé et soutenu maintes
dictatures pro états-uniennes, dans toute la périphérie, conçues comme des
remparts face aux insurrections soi-disant soutenues par les soviétiques. Bien
que les pratiques de ces régimes fussent souvent anti-démocratiques, et bien
qu'ils violassent très souvent les droits humains, ces politiques états-uniennes
étaient jugées nécessaires pour faire face aux conséquences négatives pour les
Etats-Unis et pour la sécurité globale qu'aurait signifié la prise du pouvoir
par un régime prosoviétique. Les universitaires conservateurs disent que c'était
une conséquence politique malheureuse mais nécessaire dans le cadre de la
résistance à l'expansion du communisme soviétique. Les universitaires libéraux
eux considèrent que la crainte des Etats-Unis était parfois surestimée ; et ils
se sont livré à l'analyse du rôle du système de croyance de la Guerre froide
-comme facteur dans l'exagération de l'expansion soviétique dans la périphérie-,
de l'influence que les groupes de pouvoir internes ont joué sur la politique
étrangère des Etats-Unis et des effets que les rivalités bureaucratiques ont pu
avoir sur l'élaboration de la politique extérieure des Etats-Unis. Cependant la
divergence entre le point de vue libéral et le point de vue conservateur sur la
question des modalités politiques durant la Guerre froide ne signifie pas
divergence quant à la question des finalités - c'est-à-dire sur le caractère
essentiellement débonnaire de la politique étrangère des Etats-Unis.

2. Discontinuité dans l'ordre du monde de l'après-Guerre froide

La thèse de la discontinuité dans l'analyse de la politique étrangère des
Etats-Unis a émergé dès la fin de la Guerre froide. Elle dépeint un monde très
altéré et les commentateurs les plus pessimistes estiment que le monde de
l'après-Guerre froide est potentiellement plus dangereux pour les Etats-Unis.
Divers thèmes ont surgi, les nouvelles menaces, l'accroissement de la
compétition intercapitaliste, l'émergence de nationalismes ethniques
expansionnistes et belliqueux, la dangereuse absence d'une grande stratégie
globale des Etats-Unis dans le monde de l'après-Guerre froide, et de nouvelles
formes de guerres identitaires « post-modernes » beaucoup plus violentes. Les
analystes ont opposé le rôle régulateur de la bipolarité sur les relations
internationales et le risque de multiplication des nouvelles tensions politiques
surgissant dans le monde multipolaire. Les interprétations plus optimistes de
l'ère de l'après-Guerre froide ont mis l'accent sur la fin de la lutte
idéologique avec la chute de l'Union soviétique et le triomphe global du
capitalisme libéral. Dépassée la bipolarité et réduite la tension globale,
certains commentateurs ont souligné que la promotion de la démocratie libérale
peut dès lors être la pierre de touche de la politique étrangère des Etats-Unis
dans la période de l'après-Guerre froide. Ikenberry, par exemple, explique que
la politique étrangère des Etats-Unis a toujours été portée par des
considérations wilsonienne comme les droits humains, la démocratie et le
libre-échange, et a toujours préconisé le développement des institutions
internationales pour limiter les conflits entre Etats. Avec la fin de la Guerre
froide, Ikenberry s'oppose aux pessimistes et affirme que « malgré tous le
discours sur le reflux et la désorganisation de leur politique étrangère, les
Etats-Unis sont portés par une grande stratégie, claire et puissante »,
correspondant au libéralisme de l'après-Guerre froide. Dans le même ordre
d'idées, Tony Smith juge le « libéralisme de sécurité nationale » favorable aux
intérêts nationaux des Etats-Unis parce qu'un monde démocratique et stable est
sur le long terme favorable aux intérêts des Etats-Unis.

Ces argumentaires ont tous une série de présupposés en commun. D'abord, ils
donnent une image essentiellement débonnaire de la politique étrangère des
Etats-Unis. Deuxièmement, ils partagent une interprétation orthodoxe de la
Guerre froide en la présentant, en termes bipolaires, comme une grande
compétition globale entre l'Occident capitaliste et l'est communiste.
Troisièmement, la politique des Etats-Unis est présentée comme défensive face à
l'expansionnisme soviétique dans les pays du tiers monde durant la Guerre
froide. Et finalement, ils considèrent que la politique étrangère des Etats-Unis
est caractérisée par des discontinuités (certes interprétées différemment) et
des changements survenant dans la période de l'après-Guerre froide. Noam Chomsky
a remis en cause tous ces présupposés par trop conventionnels en utilisant une
historiographie de la période de la Guerre froide révisionniste et alternative.
Sa façon novatrice de présenter les choses permet de réinterpréter la période de
l'après-Guerre froide : cette période est caractérisée par des continuités qui
remontent à la Guerre froide et, en fait, à l'avant-Guerre froide.

3. La présentation de Chomsky de la politique étrangère des Etats-Unis durant la
Guerre froide : nord contre sud

Pour la Guerre froide Chomsky utilise une interprétation historique
révisionniste. Un des présupposés remis en cause est le suivant : l'URSS était
intrinsèquement agressive et représentait une menace pour la sécurité de
l'Occident et la politique étrangère des Etats-Unis était essentiellement le
résultat de ces menaces. Les historiens révisionnistes soutiennent au contraire
que ce sont principalement les intérêts géoéconomiques du capital états-unien
-et la construction d'un ordre mondial avantageux pour ces intérêts- qui
déterminent la politique étrangère des Etats-Unis. Les révisionnistes disent que
dans la période de l'immédiat après-Guerre mondiale la principale inquiétude des
Etats-Unis « n'était pas l'endiguement du communisme, mais plus concrètement
l'expansion et l'extension du capitalisme états-unien, en correspondance à sa
nouvelle puissance économique et à ses besoins ». Le capitalisme états-unien
requerrait une domination structurelle du sud en développement par le nord
développé. Chomsky soutient que la Guerre froide, certes bien unique dans son
intensité, n'était qu'un épisode d'une période d'exploitation beaucoup plus
longue - les relations nord-sud depuis environ 500 ans. Chomsky inclut en effet
la Guerre froide dans le schéma structurel d'une longue période de relations
d'exploitation entre les économies capitalistes développées et les pays pauvres
et sous-développés.

Pour Chomsky, la présentation de la Guerre froide élaborée par le consensus
universitaire n'est pas sans conséquences. Aussi bien la menace soviétique que
la nécessité pour les Etats-Unis de l'endiguer ont été surestimées durant la
Guerre froide. Cela servait deux objectifs principaux : premièrement, la
création du complexe militaro-industriel de la Guerre froide a offert un
prétexte à l'interventionnisme de l'Etat dans l'économie des Etats-Unis. Sur ce
point Chomsky cite John Lewis Gaddis, lequel soulignait que l'endiguement « a
été le produit, non pas tant de ce qui a été fait par les Russes, ou de ce qui
s'est passé dans le monde, mais de forces mises en action à l'intérieur des
Etats-Unis. Ce qui est surprenant c'est la primauté donnée aux considérations
économiques dans l'élaboration des stratégies de l'endiguement, à l'exclusion de
toute autre considération ». L'interventionnisme économique a posé les bases de
la croissance économique états-unienne dans la période de l'après-Guerre
mondiale et il a servi le capital états-unien dans la mesure où il garantissait
un haut niveau de protectionnisme pour les principales industries high-tech (par
exemple dans les secteurs clés de la robotique et de l'informatique). Cela a
permis de socialiser les risques de l'investissement privé et cela a garanti
d'amples profits subventionnés par l'Etat. L'ex-sous-secrétaire à la défense
Charles Duncan Jr. l'a bien résumé : « Pourquoi, demanderez-vous, certains
considèrent-ils que l'Union soviétique est devenue la première puissance
militaire du monde ? La réponse c'est que, dans une large mesure, nous avons
nous-mêmes créé cette image. dans l'objectif bien compréhensible de contrecarrer
le sentiment anti-défense et la propension à vouloir baisser les budgets de la
défense. » Les dépenses militaires états-uniennes ont également stimulé les
économies d'importants pays alliés des Etats-Unis, jugés essentiels dans
l'économie de l'après-Guerre mondiale. Ces alliés étaient l'Europe occidentale
-l'objectif pour les Etats-Unis étant les matières premières stratégiques des
colonies européennes-, le Japon -durant la Guerre de Corée- et la Corée du sud
-durant la Guerre du Vietnam.

Deuxièmement, et plus important pour cet article, la menace soviétique servait
de parfait prétexte pour justifier l'interventionnisme militaire des Etats-Unis
dans le tiers monde. Les interventions militaires des Etats-Unis, dans la
logique des relations nord-sud, étaient nécessaires pour conserver l'accès aux
matières premières et aux marchés qui garantissaient une main d'ouvre à bas
prix, pour maintenir des régimes favorables aux intérêts états-uniens et pour
contenir ou renverser les mouvements considérés inamicaux vis-à-vis des intérêts
états-uniens. Kennan a bien résumé les objectifs de la politique états-unienne
en 1948 : « Nous avons environ 50% de la richesse du monde, mais seulement 6,3%
de sa population. Notre véritable tâche dans la période qui vient est d'élaborer
une structure de relations qui nous permette de conserver cette situation
déséquilibrée. A cette fin, nous devons nous débarrasser de tout sentimentalisme
et de toute rêverie, et nous devons nous concentrer sur la défense de nos
objectifs nationaux immédiats. Nous devons cesser de parler d'objectifs vagues
et. irréalistes, comme les droits humains, l'accroissement du niveau de vie et
la démocratisation. Le jour n'est pas loin où nous devrons nous en tenir à de
stricts concepts de puissance, et moins nous serons prisonniers de slogans
idéalistes mieux ce sera. »

C'est sur cette base-là que Chomsky soutient que la principale menace contre les
intérêts états-uniens dans le tiers monde c'était tout mouvement ou parti
politique qui souhaitât corriger la position déséquilibrée de son pays et
utiliser ses richesses nationales dans l'intérêt de la majorité de son peuple.
Etant donné que la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis des ressources du tiers
monde avait augmenté, les Etats-Unis s'affrontaient aux forces qui proposaient
des politiques socio-économiques plus égalitaristes et donc menaçaient les
intérêts états-uniens. Les forces de changement prenaient des formes très
variables, mais partout dans le tiers monde elles étaient globalement
d'orientation nationaliste.

C'était donc une rationalité géoéconomique qui guidait la politique étrangère
des Etats-Unis durant la Guerre froide - le but étant de construire un ordre
mondial capitaliste favorable à leurs intérêts. Ces intérêts étaient avant tout
économiques et ils correspondaient concomitamment à des réalités et à des
options stratégiques qui décidaient de ces orientations. Toute tentative
d'échapper au contrôle des Etats-Unis était immanquablement présentée comme une
manifestation de communisme afin de maintenir le consensus pour la politique
étrangère des Etats-Unis, sans la moindre considération quant aux orientations
réelles des forces qui proposaient des changements. Chomsky soutient que la
domination structurelle du sud en voie de développement de la part du nord
développé dans la période de l'après-Guerre froide est marquée par une solide
continuité.

4. Chomsky et la période de l'après-Guerre froide : continuités dans l'ordre
mondial

Comme signalé plus haut, les analystes appartenant au consensus considèrent que
la période de l'après-Guerre froide est d'une toute nouvelle nature. C'est
logique, dans la mesure où la Guerre froide est comprise comme un affrontement
est-ouest et dans la mesure où la politique étrangère des Etats-Unis est
comprise comme une réaction à une situation qui a changé avec la fin de la
Guerre froide. Chomsky, utilisant une perspective révisionniste, signale lui les
continuités de l'ordre mondial de l'après-Guerre froide. C'est, également, tout
à fait logique dans la mesure où il considère que les décisions en matière de
politique étrangère dépendent des nécessités stratégiques et géoéconomiques du
capital états-unien et des choix des institutions qui ont pour rôle de le
défendre - et tout cela est largement inchangé dans la période de l'après-Guerre
froide. Pour Chomsky les seules discontinuités ce sont les raisons données pour
les interventions états-uniennes. Le discours de l'anti-communisme n'offre plus
de justification aux yeux du public pour les interventions, donc de nouvelles
raisons doivent être trouvées. Je vais tester la position des analystes
appartenant au consensus et la position de Chomsky, sur les continuités et les
discontinuités dans la période de l'après-Guerre froide, en les appliquant au
cas de l'intervention états-unienne en Colombie.

Pendant toute la Guerre froide la principale justification pour le financement
et l'entraînement militaires donnés par les Etats-Unis aux armées du monde en
développement c'était la supposée nécessité d'endiguer l'expansionnisme
soviétique. A l'ère de l'après-Guerre froide, les Etats-Unis ont continué de
financer et d'entraîner les militaires du monde en développement, mais la raison
centrale maintenant avancée a changé - on est passé du discours de l'endiguement
de la Guerre froide à d'autres justifications. La raison centrale maintenant ce
sont les menaces contre la sécurité des Etats-Unis, et la subséquente
réorientation des militaires pro-Etats-Unis contre ces menaces - ce qui signale
une discontinuité majeure dans la politique étrangère de sécurité des
Etats-Unis.

Durant la Guerre froide la Colombie était l'un des plus importants
récipiendaires de l'aide militaire états-unienne en Amérique latine. Par
exemple, le Plan LASO a été la première phase de la réorganisation de l'armée
colombienne pour la transformer en armée contre-insurrectionnelle et
anti-communiste durant les années 1960, et ce plan était resté le plus gros
apport militaire états-unien en Amérique latine jusqu'à ce que le gouvernement
Reagan n'apporte une aide contre-insurrectionnelle au gouvernement salvadorien
durant les années 1980. L'aide militaire états-unienne à la Colombie durant
toute la Guerre froide était principalement destinée à la politique
contre-insurrectionnelle et anti-communiste. Durant la période de l'après-Guerre
froide le financement états-unien de l'armée colombienne a été maintenu et la
Colombie est aujourd'hui le troisième récipiendaire de l'aide militaire
états-unienne au monde, avec plus de deux milliards de dollars envoyés entre
2000 et 2002. Les Etats-Unis prétendent que cet argent sera maintenant utilisé
pour la lutte contre les narcotrafiquants et les terroristes internationaux. La
quantité d'argent donné par les Etats-Unis et les raisons avancées pour ces
versements font de la Colombie un bon cas pour vérifier si la politique
étrangère des Etats-Unis à l'époque de l'après-Guerre froide a changé ou non. Je
m'en tiens aux justifications avancées pour la politique états-unienne à l'ère
de l'après-Guerre froide -une guerre contre la drogue et une guerre contre le
terrorisme- et, ensuite, j'examine des documents tels que les rapports des
agences officielles états-uniennes et les rapports concernant les droits
humains, afin de voir si ces justifications résistent à l'investigation.

5. La thèse de la discontinuité états-unienne : la guerre contre la drogue

Entre 2000 et 2001, le gouvernement Clinton a lancé le Plan Colombie, un plan
d'aide militaire de 1300 millions de dollars versés par les Etats-Unis à l'armée
colombienne. L'objectif officiel de cette aide militaire c'était l'éradication
des plantations de coca et de ce que les Etats-Unis appellent les «
narco-guérillas » de gauche, dont on disait en effet qu'elles étaient impliquées
dans le commerce de la drogue. Le sénateur démocrate Joseph Biden a déclaré en
2000 que jamais « auparavant, dans l'histoire récente il n'y a eu une telle
occasion de frapper le commerce de la drogue à sa source. Aider la Colombie
relève de l'intérêt national des Etats-Unis. C'est la source de beaucoup de la
drogue qui empoisonne notre peuple. » L'ex-président Bill Clinton déclarait que
le Plan Colombie allait « donner davantage de force pour résoudre la guerre
civile, tout en aidant le gouvernement à faire cesser l'arrivée de la drogue
jusqu'à nos ports ».

Des initiatives conjointes colombo-états-uniennes ont été lancées, soi-disant
pour éliminer le narcotrafic à sa source, dont notamment l'organisation de deux
divisions anti-narcotiques de 950 membres chacune ainsi que le déblocage de
fonds supplémentaires pour une autre division. Les unités anti-narcotiques
équipées par les Etats-Unis ont été préparées pour une Offensive vers le sud,
dans le département du Putumayo, région de la Colombie où est concentrée la
guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie -forte de 20 000
membres. Les Etats-Unis affirment que ce sont des narco-guérillas criminelles
qui participent au trafic de cocaïne pour financer leur guerre contre l'Etat
colombien. Partie de l'enveloppe de 1300 millions de dollars, les Etats-Unis ont
réalisé une modernisation -pour un montant de 341 millions de dollars- des
installations radars en Colombie et ils communiquent les informations concernant
l'activité de la guérilla dans les régions du sud. Un plan a été organisé sur
les rivières de la frontière équatorienne. Le Département de la Défense des
Etats-Unis dit qu'il y a approximativement 250 ou 300 militaires états-uniens et
entre 400 et 500 mercenaires sous contrat pour travailler en Colombie.

6. La thèse chomskyenne de la continuité : politique contre-insurrectionnelle
contre les rebelles de gauche

Il existe en Colombie les fameuses organisations paramilitaires d'extrême
droite, partout dans le pays mais particulièrement présentes dans le nord. La
plus importante est l'organisation des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC)
comptant approximativement 10 000 combattants et dirigée par Carlos Castaño.
James Milford, ex-responsable de la principale organisation de lutte contre la
drogue aux Etats-Unis, la Drug Enforcement Agency (DEA), a déclaré que Carlos
Castaño est « un narcotrafiquant majeur à titre personnel » et il est très lié à
la maffia du nord du département Valle del Cauca, « l'une des plus puissantes
organisations de narcotrafic de Colombie ». Donnie Marshall, l'actuel
administrateur de la DEA, a affirmé que les organisations paramilitaires
d'extrême droite « recueillent des fonds grâce à l'extorsion, ou en protégeant
les laboratoires dans le nord et dans le centre de la Colombie. L'organisation
de Carlos Castaño et probablement d'autres organisations paramilitaires se
trouvent être directement impliquées dans l'élaboration de la cocaïne. Au moins
l'un de ces groupes paramilitaires a exporté de la cocaïne de Colombie. » A la
différence des AUC, cependant, les FARC « taxent » les cultures de coca mais ne
sont pas impliquées dans le trafic de drogue vers le marché états-unien. Milford
indique qu' « il y a peu d'éléments qui puissent indiquer que les groupes
insurgés sont eux-mêmes des narcotrafiquants, soit produisant et vendant
la cocaïne aux maffias mexicaines, soit disposant de leur propre réseaux de
distribution aux Etats-Unis. » Marshall précise que « les FARC contrôlent
certaines régions de la Colombie et dans ces régions elles se procurent des
revenus en ''taxant'' les activités liées à la drogue ». Il signale de plus qu'
« actuellement, il n'y a aucune information vérifiée qui indique que les FARC
soient impliquées directement dans le transport de la drogue de la Colombie vers
le marché international » ou qu'elles aient « établi un réseau international de
transport et de distribution en gros, ou des réseaux de blanchiment de l'argent
aux Etats-Unis ou en Europe ».

Klaus Nyholm, le directeur de l'Agence des Nations Unies pour le contrôle de la
drogue (UNDCP), signale que « les guérillas c'est quelque chose de différent des
trafiquants. Les fronts locaux sont plutôt autonomes. Dans certaines régions,
ils ne sont pas impliqués du tout. Et dans certaines autres, ils insistent
auprès des cultivateurs pour qu'ils ne plantent pas de coca ». Dans l'ex-zone
rebelle démilitarisée, signale Nyholm, « la culture de la drogue n'a pas baissé
ou diminué » une fois que « les FARC ont assuré le contrôle ». De fait, Nyholm
souligne qu'en 1999 les FARC coopéraient à un projet de 6 millions de l'ONU pour
remplacer les cultures de la coca par de nouvelles cultures alternatives et
légales.

Bref, si bien dans certaines zones certains Fronts des FARC « taxent » la coca,
l'agence des Etats-Unis elle-même a continûment rapporté depuis des années que
les paramilitaires sont beaucoup plus impliqués que la FARC dans la culture de
la drogue, dans le raffinement et dans le transport vers les Etats-Unis. Castaño
l'a reconnu lorsqu'il a déclaré que le narcotrafic et les narcotrafiquants
financent 70% des opérations de son organisation. Au lieu du terme de «
narco-guérilla » le terme de « narco-paramilitaires » serait beaucoup plus
approprié adapté. Cependant c'est là un terme qui n'est jamais prononcé ; et les
Etats-Unis ont conçu la stratégie militaire en Colombie -et ils n'ont fourni des
armes- que pour l'Offensive vers le sud, pour la guerre contre-insurrectionnelle
contre les FARC. En résumé, la « guerre contre la drogue » est en fait une «
guerre contre la drogue que certains Fronts des FARC taxent » et qui ignore
totalement l'énorme implication des paramilitaires dans le narcotrafic vers le
marché états-unien. Il semble donc logique de conclure que l'aide militaire
états-unienne n'est pas réellement destinée à la guerre contre la drogue,
puisque les plus grands narcotrafiquants sont ignorés.

7. La thèse de la discontinuité des Etats-Unis : la guerre contre la terreur

Avec l'élection du président George W. Bush et dans l'après 11 Septembre les
Etats-Unis ont développé une stratégie anti-terroriste. Cela a donné une sorte
d'amalgame de la guerre contre la drogue et de la supposée guerre « contre le
terrorisme ». Concernant la Colombie, John Ashcroft a déclaré que « le
Département d'Etat tient les FARC pour le groupe terroriste international le
plus dangereux des Amériques » lequel a « lancé une campagne de terreur contre
les Colombiens et contre les citoyens états-uniens ». Le secrétaire d'Etat
assistant Otto Reich a pour sa part souligné que « les 40 millions d'habitants
de la Colombie méritent d'être libérés de la terreur et de pouvoir intégrer
pleinement la nouvelle communauté des Etats démocratiques d'Amérique. Il est de
notre intérêt de veiller à ce qu'ils y parviennent. » L'enveloppe d'aide du
gouvernement Bush pour les militaires colombiens est appelée Initiative
Régionale Andine (IRA). Ce sont des fonds qui iront également vers plusieurs
pays voisins de la Colombie, bien que la Colombie en reçoive la plus grande
part. Le gouvernement Bush a attribué 514 millions de dollars à la Colombie pour
l'année 2002, dont 71% destinés à l'aide militaire, et il prévoit d'octroyer
environ 700 millions de dollars pour l'année 2003, le tout présenté comme partie
intégrante de la « guerre contre le terrorisme ».

8. La thèse chomskyenne de la continuité : une guerre de terreur

Si bien tous les acteurs armés en Colombie commettent des violations des droits
humains, pour la majeure partie ce sont les paramilitaires qui en sont
responsables : les principales organisations de défense des droits humains leur
attribuent plus de 80% de toutes les violations des droits humains commises. On
sait aussi que les paramilitaires ont des liens significatifs et continus avec
l'armée colombienne, premier récipiendaire de l'aide états-unienne. Human Rights
Watch (URW) a mené, avec des enquêteurs colombiens spécialistes de la question
des droits humains, une investigation qui a conclu que la moitié des dix-huit
unités de l'armée ont des liens avec les narco-paramilitaires. Cette collusion
est de dimension nationale et ces unités sont celles qui reçoivent, ou
recevront, l'aide militaire états-unienne. Le rapport du Département d'Etat des
Etats-Unis, pour l'année 1999, lui-même concluait que « les forces
paramilitaires trouvent une solide base de soutien dans l'armée et dans la
police, ainsi que parmi les élites civiles dans de nombreuses régions. » Le
dernier rapport de HRW indique qu'il y a eu un échec presque total de la part du
gouvernement colombien pour faire face au « problème de la collaboration
ininterrompue entre ses propres forces et les paramilitaires qui violent les
droits humains ; et l'impunité pour les militaires a contribué à ce que la
situation des droits humains continue de se détériorer gravement ». HRW ajoute
que « les Etats-Unis ont violé l'esprit de leur propre loi et, dans certains
cas, ils ont escamoté ou ignoré des preuves des liens continus entre l'armée
colombienne et les organisations paramilitaires de façon à financer les
militaires colombiens et de façon à pouvoir faire pression pour davantage d'aide
».

On saisit mieux le rôle des Etats-Unis dans la terreur paramilitaire contre la
population civile colombienne si on prend en compte le fait que des conseillers
militaires états-uniens sont allés en Colombie en 1991 pour réorganiser les
réseaux d'intelligence de l'armée colombienne. Cette restructuration secrète
était censée aider les militaires colombiens dans leur combat contre le
narcotrafic. Cependant, Humain Rights Watch a obtenu un exemplaire de la
directive produite à cette occasion. A aucun moment dans cette directive il
n'est fait allusion à la drogue. Par contre, la restructuration secrète insiste
sur le combat contre ce qui est appelé « l'escalade terroriste de la subversion
armée ». Cette réorganisation a solidifié les liens entre les militaires
colombiens et les réseaux narco-paramilitaires, consolidant par la suite « un
réseau secret qui s'appuyait sur les paramilitaires non seulement pour
l'intelligence, mais pour commettre des assassinats ». Une fois la
réorganisation achevée « tout document écrit devait être détruit » ; « les
contacts publics et l'interaction dans les installations militaires » devaient
être évités par les paramilitaires. Cela permet au gouvernement colombien de
démentir de façon plausible les liens et de nier toute responsabilité dans les
violations des droits humains commises par les paramilitaires, lesquelles « ont
augmenté de façon dramatique » à la suite de la restructuration organisée par
les Etats-Unis.

Ainsi donc, l'aide militaire états-unienne va directement aux plus grands
réseaux terroristes de la Colombie, lesquels réalisent le trafic de cocaïne vers
le marché états-unien pour financer leurs activités. De plus, les Etats-Unis ont
joué un rôle important pour rendre plus efficace ce que Human Rights Watch
appelle un « mécanisme sophistiqué. qui permet aux militaires colombiens de
mener une guerre sale tout en permettant aux officiels de nier son existence ».
La soi-disant « guerre contre la drogue », maintenant « guerre contre le
terrorisme », se poursuit en Colombie - mais il s'agit d'un élément d'une guerre
beaucoup plus importante menée contre les FARC, la plus grande organisation
insurgée d'Amérique latine, et contre la société civile colombienne. Ce sont les
plantations de coca qui se trouvent dans les territoires contrôlés par les FARC
qui sont ciblées. Les deux objectifs poursuivis : Permettre à Washington de
continuer d'affirmer que le Plan Colombie était un plan anti-drogue tout en
poursuivant des objectifs contre-insurrectionnels. Mais, plus important,
concentrer tous les efforts contre les plantations de coca se trouvant dans les
territoires contrôlés par les FARC permet de priver les Insurgés des revenus
significatifs générés par les taxes, et par voie de conséquence de compliquer
leur financement et donc leur existence. Bref, Washington a choisi de s'allier
avec les terroristes narco-paramilitaires parce qu'ils ont des objectifs
communs. La « guerre contre le terrorisme » est en fait « une guerre terroriste
» qui s'appuie sur les militaires colombiens et les réseaux paramilitaires qui
sont responsables de l'immense majorité des violations des droits humains
commises contre la population civile colombienne.

9. La continuité

Dans le cas de la Colombie, la thèse chomskyenne de la continuité est correcte ;
il y a clairement continuité entre la politique étrangère des Etats-Unis durant
la Guerre froide et la politique étrangère des Etats-Unis durant l'après-Guerre
froide. J'ai soutenu que la supposée discontinuité sert de prétexte pour
l'intervention états-unienne. Bien qu'il y ait toujours eu plusieurs facteurs à
l'ouvre pour les choix de la politique étrangère des Etats-Unis, il est possible
de détecter les facteurs primordiaux en s'en remettant aux déclarations
officielles et aux documents déclassifiés. Comment pouvons-nous donc montrer la
continuité politique durant l'après-Guerre froide ?

Les Etats-Unis ont de substantiels intérêts économiques en Amérique latine en
général et en Colombie tout particulièrement. La Colombie est le septième
fournisseur de pétrole des Etats-Unis et de grandes réserves de pétrole ont été
détectées dans son sous-sol. Les Etats-Unis ont cherché à diminuer leur
dépendance par rapport au pétrole du Moyen-Orient et à diversifier leurs
fournisseurs de pétrole en se tournant vers l'Amérique latine. Anne Paterson,
l'ambassadrice états-unienne en Colombie, a expliqué que les attaques du 11
Septembre ont rendu « moins sûrs les fournisseurs moyen-orientaux traditionnels
des Etats-Unis ». Pouvoir compter sur le pétrole colombien, qui « après le
Mexique et le Venezuela » est « le plus grand pays pétrolier de la région »,
nous donnerait une « petite marge de manouvre » et cela permettrait aux
Etats-Unis « d'éviter la spéculation sur les prix ». Paul D. Coverdell,
sénateur républicain, a exposé l'approche régionale des Etats-Unis en termes
plus globaux en signalant que la « déstabilisation de la Colombie affecte
directement le Venezuela, aujourd'hui considéré comme notre premier fournisseur.
En fait la situation régionale sur le plan de la question pétrolière est très
semblable à celle du Moyen Orient, excepté le fait que la Colombie nous fournit
plus de pétrole aujourd'hui que ne nous en fournissait le Koweït autrefois.
Cette crise, comme celle du Koweït, risque de se généraliser vers beaucoup de
pays, lesquels sont tous des alliés. » La situation requiert donc l'élimination
de toute menace contre nos intérêts pétroliers. Bush l'a clairement fait savoir
lorsque son gouvernement à demandé un budget de 98 millions de dollars pour
former une brigade militaire contre-insurrectionnelle spécialement entraînée
pour protéger le pipeline de Caño Limón en Colombie, long de 850 km et
appartenant à l'entreprise états-unienne Occidental Petroleum. Le secrétaire
d'Etat Colin Powell a expliqué que cette aide, si elle est approuvée par le
Congrès, serait utilisée pour « entraîner et équiper deux brigades des forces
armées colombiennes afin de protéger le pipeline » contre les attaques des
rebelles, lesquelles nous « retirent une source de pétrole ». L'ambassadrice
Patterson a ajouté que, bien que l'argent ne soit pas donné sous le prétexte de
la guerre contre la drogue, « c'est quelque chose que nous devons faire », parce
que c'est « important pour le futur du pays, pour nos sources de pétrole et pour
la confiance des investisseurs ».

La Colombie est également incluse dans le cadre du dispositif
contre-insurrectionnel élaboré lorsque le président Kennedy a réorganisé les
armées latino-américaines. La politique contre-insurrectionnelle signifiait
orienter l'effort militaire vers l'ennemi interne qui, durant la Guerre froide,
était soi-disant un subversif communiste. Pour les experts états-uniens de la
contre-insurrection, le communisme se manifestait par des demandes de réformes
ou bien il était représenté par des organisations populaires qui combattaient
pour une redistribution plus équitable des richesses nationales. La société
civile est alors devenue le premier baromètre du niveau et de la potentialité de
la « subversion », le paramilitarisme intégral servant alors à couper toute
pousse aussi tôt que possible. Un des premiers manuels pratiques
contre-insurrectionnels expliquait ainsi que « les unités paramilitaires peuvent
soutenir l'armée nationale dans la conduite des opérations
contre-insurrectionnelles si celles-ci se déroulent dans leurs propres régions
et dans les territoires qui leur sont attribués. » Le terrorisme contre la
société civile était considéré acceptable dans le cadre de la stratégie
contre-insurrectionnelle : « Les civils dans les zones d'opération pourraient
soutenir leur propre gouvernement ou collaborer avec une force ennemie. Un
programme d'isolement visant à semer le doute et la crainte pourrait être
réalisé, et un plan d'action politique positif pourrait être conçu pour éviter
le soutien actif envers la guérilla. Si ces programmes échouent, il pourrait
devenir nécessaire de réaliser des actions plus agressives, comme l'utilisation
de la force, voire même des enlèvements. Les enlèvements et traitements de force
vis-à-vis des civils ennemis peuvent affaiblir la foi des collaborateurs en la
puissance militaire [de l'ennemi]. »

Le général William Yarborough avait conduit la première Force spéciale
états-unienne en Colombie en 1962 pour réorienter l'armée colombienne vers une
stratégie contre-insurrectionnelle. Il signalait alors : « un effort doit être
fait pour construire des groupes de personnes, civils et militaires, pour leur
donner un entraînement clandestin pour les opérations de résistance clandestine
au cas où cela serait nécessaire ». Ces équipes seraient utilisées pour réaliser
des « fonctions de contre-intelligence et de contre-propagande et si nécessaire
pour effectuer des activités de type paramilitaire et des sabotages ainsi que
des opérations terroristes contre des tenants identifiés du communisme » et «
toutes ces opérations devraient bénéficier du soutien des Etats-Unis. »

Dans un manuel élaboré par l'académie états-unienne de formation pour l'Amérique
latine, maintenant connue comme Ecole des Amériques, les tâches d'intelligence
comprenaient l'identification « de la nature des organisations syndicales »,
l'existence éventuelle d' « organisations politiques légales qui servent de
façades » aux Insurgés. Les combattants contre-insurrectionnels doivent réaliser
un suivi du « système d'éducation publique » et de la présence de la « politique
chez les enseignants et chez les étudiants ainsi que dans les livres ». ; la
même chose doit être faite en ce qui concerne « les relations entre les
dirigeants religieux (locaux ou missionnaires), le gouvernement et les insurgés
». Le manuel expliquait plus loin que les combattants anti-insurrectionnels
doivent observer soigneusement « tout refus de la part des paysans de payer leur
loyer, leurs impôts, leurs crédits, ou simplement si se produisent des
difficultés inhabituelles pour la perception de ces paiements », une
augmentation « du nombre des artistes qui ont un message politique », ou une
intensification de la « contestation religieuse ». Les grèves, les
manifestations ou « les campagnes de recrutement des organisations syndicales »
étaient également considérées subversives. Après un examen détaillé des
programmes de formation de l'Ecole des Amériques, l'Intelligence Oversight Board
[Bureau de supervision de l'Intelligence] des Etats-Unis a déclaré, en 1996, que
« l'Ecole des Amériques et le Commandement Sud ont utilisé des matériels
inappropriés pour la formation des officiers latino-américains » de « 1982 à
1991 ». En certains passages de ce matériel de formation, « des pratiques telles
que l'exécution de guérilleros, l'extorsion, les abus physiques, l'utilisation
de la force, et les emprisonnements injustifiés » étaient considérées
acceptables.

Conclusion

Dans le cas de la Colombie, les organisations de la société civile,
particulièrement celles qui remettent en cause l'ordre socio-économique, sont
perçues par le gouvernement états-unien comme potentiellement subversives pour
l'ordre social et politique, et dans le cadre du combat contre-insurrectionnel
ce sont donc des cibles légitimes et elles peuvent être victimes d' « attaques
terroristes, paramilitaires et de sabotages ». Comme souligné plus haut, la
restructuration des réseaux militaires et paramilitaires en Colombie, survenue
en 1991, et la grande quantité de financements de l'armée colombienne dans
l'après-Guerre froide montrent la continuité de la stratégie
contre-insurrectionnelle pour détruire les mouvements qui pourraient entamer une
stabilité favorable aux intérêts états-uniens. Dans la stratégie
contre-insurrectionnelle sponsorisée par les Etats-Unis, les premières mesures
prises dans le combat dit « anti-terroriste » -mais qui pourrait plus justement
être appelé « terroriste »- étaient toutes liées au recours au paramilitarisme.
Comme je l'ai montré, la relation entre les paramilitaires colombiens, l'armée
colombienne et les Etats-Unis est tout à fait claire. Ces quinze dernières
années, une organisation démocratique de gauche a été éliminée par les
paramilitaires, 4000 militants ont été assassinés dans les années 1980, 151
journalistes ont été tués ; en 2002 plus de 8000 assassinats politiques ont été
commis en Colombie dont 80% commis par les organisations paramilitaires. 75% des
syndicalistes tués dans le monde sont tués par les paramilitaires colombiens
tandis que 2,7 millions de personnes ont été déplacées de force de leur lieu de
résidence. Selon les Nations Unies, les enseignants sont « parmi les
travailleurs le plus souvent victimes d'assassinats, de menaces et de la
violence liée aux déplacements ». Les organisations paramilitaires ciblent aussi
régulièrement les défenseurs des droits humains, les dirigeants indigènes, les
militants communautaires. Cette répression criminalise toute forme de
résistance civile à la restructuration néo-libérale conduite par les Etats-Unis
et cela permet de contenir la remise en cause politique du statu quo colombien ;
Castaño indiquait d'ailleurs que ses paramilitaires « ont toujours proclamé
qu'ils sont les défenseurs de la liberté d'entreprise et du secteur industriel
national et international ». En plus de toute cette répression, plus de la
moitié de la population colombienne vit dans la pauvreté et, selon la Banque
mondiale, « les plus vulnérables ce sont les enfants ».

Durant la Guerre froide, l'anti-communisme servait de pilier idéologique pour
justifier la répression de toute tentative de modification des structures
socio-économiques en Colombie. Dans l'ère de l'après-Guerre froide, la guerre
anti-drogue et la « guerre contre le terrorisme » servent de nouvelles
justifications à la poursuite du soutien états-unien à la guerre de terreur en
Colombie. Il y a donc eu une continuité majeure dans la politique états-unienne
vis-à-vis de la Colombie, continuité entre la période de la Guerre froide et la
période de l'après-Guerre froide. De plus cette politique continue de produire
de terribles effets quant à la situation des droits humains et elle provoque la
mort d'une grande quantité de personnes tout en maintenant l'iniquité
structurelle et tout en détruisant toute alternative démocratique. Dans le cas
de la Colombie, les faits soutiennent largement la thèse chomskyenne de la
continuité.

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Le texte original en anglais est accompagné de 73 notes et références.

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Livre de Doug Stokes :
« America's Other War: Terrorizing Colombia »


http://fr.groups.yahoo.com/group/CubaSo ... sage/12664

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Colombie : les 13 corps trouvés pourraient être les victimes d'une lutte entre bandes rivales

Les treize corps retrouvés dans une rivière de la province de Narino (sud) pourraient être les victimes d'une lutte entre bandes criminelles rivales, a rapporté mardi la presse colombienne.

Les corps découverts dans la rivière Telembi, près de la ville de Barbacoas, ont été identifiés comme ceux de trafiquants de cocaïne dans la région, a diffusé La W Radio citant le maire Juan Carlos Rueda.

M. Rueda tiendra une réunion regroupant des officiers de la police et de l'armée afin de déterminer la cause de la mort des victimes.

Narino, limitrophe de l'Equateur, a connu des affrontements entre groupes armés et trafiquants de drogue et d'armes pour le contrôle des plantations illégales de coca.

Le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos, a déclaré que cette province était une "zone rouge" en raison des fréquents affrontements entre groupes armés.



Source: xinhua



http://french.peopledaily.com.cn/Intern ... 64540.html

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Colombie

Les relents narco-paramilitaire du président Uribe
D’ici quelques semaines sortira en espagnol le livre intitulé « Colombia, laboratorio de embrujos. Democracia y terrorismo de Estado », du journaliste et écrivain colombien résidant à Paris, Hernando Calvo Ospina. Le prologue est signé par Ignacio Ramonet, directeur du prestigieux mensuel français Le Monde Diplomatique. Avec l’autorisation de l’auteur et de la maison d’édition, nous publions la traduction [non-officielle] en français du chapitre XVI.

par Hernando Calvo Ospina
5 avril 2007


Le narco-paramilitarisme au Congrès


C’était comme un « bulletin de guerre ». Les élections du 10 mars 2002 venaient d’avoir lieu et le chef narco-paramilitaire Salvatore Mancuso se congratulait par Internet du fait qu’un important pourcentage des élus était en parfaite communion avec les « idéaux » paramilitaires. « Nous pouvons affirmer, chiffres à l’appui, que l’objectif premier des 30% a été largement dépassé et cela constitue un évènement marquant dans l’histoire des Autodéfenses Unies de Colombie [1] (...) Que les candidats de notre choix, issus dans leur majorité de nos bases sociales et politiques et, en tant que tels, fruits d’un vaste et ferme effort de formation de la part des Autodéfenses aient obtenu un soutien massif des électeurs constitue un motif d’immense satisfaction ».

En dépit du fait qu’il ne s’est jamais opposé de manière résolue au paramilitarisme, le dirigeant libéral Carlos Lemos Simmons a affirmé face à de tels résultats électoraux : « Cela signifie qu’aujourd’hui la majeure partie et la force la plus importante du Congrès est constituée par les Autodéfenses (...) Mais ce qui m’étonne dans tout cela c’est l’indifférence avec laquelle le pays a accueilli cette nouvelle. Un fait aussi grave n’a pas suscité la moindre réaction dans les médias, les corporations, au sein du gouvernement, de l’Eglise, dans la société civile, les ONG ou la communauté internationale (...). En raison de viles considérations électorales, ce qui hier était odieux et mauvais est devenu aujourd’hui utile et bon... ». [2]

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Armando Estrada Villa, a confirmé les propos de Mancuso mais n’a annoncé aucune mesure : « L’analyse de ces personnes, leur vote et les lieux où ils ont été élus, pour être des régions sous influence paramilitaire, nous mène à la conclusion que les paramilitaires ont donné l’ordre que l’on vote pour eux ou qu’ils ont conclu des accords pour que ceux-ci fassent pression sur les communautés pour qu’elles votent pour des personnes déterminées. » [3]

Ce n’était un secret pour personne : les politiciens des régions que les paramilitaires contrôlent les ont payés 100 millions de pesos [environ 35 000 euros] pour obtenir un siège au Sénat. « En échange de cet argent, les seigneurs de la guerre ont garanti à leurs protégés qu’ils n’auraient pas de concurrence dans leurs juridictions au cours de la campagne et que, le jour des élections, le peuple voterait massivement pour eux. En échange de cet « aval », les élus ferment les yeux sur leurs activités et, dans certains cas, ils leur ont même adjugé des contrats publics pour leurs entreprises.... » [4]

L’establishment savait que le pas décisif de la paramilitarisation de l’Etat deviendrait réalité lors de ces élections puisque tout était en cours de préparation pour cela. Le jour même du scrutin, Francisco Santos Calderón, élu quelques mois plus tard Vice-président de la Colombie, écrivait dans son journal El Tiempo : « ... il est certain que le Congrès que nous allons élire sera pire encore que l’actuel. Il sera, mis à part quelques exceptions, un Congrès au service des caciques politiques traditionnels, des ‘narcos’ et des paramilitaires ». Il ne disait pas cela en visionnaire mais en connaissance de cause.

Pas la moindre enquête officielle n’a été ouverte pour vérifier les relations entre ces congressistes et le paramilitarisme. Et, contrairement aux élus de l’Union Patriotique (UP) [5], des autres formations politiques de gauche ou aux simples critiques du système, ils n’ont pas dû faire face à un plan d’extermination puisque les défenseurs du système s’entretuent rarement entre eux.

Uribe Vélez, un passé parmi les narcotrafiquants

Un chroniqueur de El Espectador, Fernando Garavito Pardo, a dû s’exiler en mars 2002 suite à des menaces de mort après avoir publié une série d’enquêtes sur les liens présumés avec le narcotrafic et le paramilitarisme du candidat à la présidence de l’époque Álvaro Uribe Vélez. [6]

Ces dénonciations ont coïncidé avec celles de Ignacio Gómez Gómez, qui, lui aussi, a dû quitter le pays pour la même raison. Quand, en 2002, le Comité Mondial pour la Protection des Journalistes (CPJ) lui a remis le Prix international de la liberté de la presse, il a expliqué qu’il recevait cette récompense « pour le travail sur les antécédents qui lient Álvaro Uribe Vélez au Cartel de Medellín. C’est une enquête qui s’est faite en cinq parties. L’une d’elle traitait de la coïncidence entre l’appartenance de Pablo Escobar au Congrès et son activité politique et prosélytique intense dans les quartiers pauvres de Medellín, et qu’à l’époque Álvaro Uribe était le maire de Medellín et développait des programmes très parallèles à ceux de Pablo Escobar. Après, Álvaro Uribe fut directeur de l’Aéronautique civile. Avant lui, entre 1954 et 1981, l’Etat avait accordé 2 339 licences. Au cours des 28 mois où Álvaro Uribe occupa ce poste de directeur, il octroya 2 242 licences, c’est-à-dire juste un peu moins qu’au cours des 35 années antérieures, avec la circonstance aggravante que de nombreuses licences, à peu près 200, bénéficièrent au Cartel de Medellín (...) Quand l’hélicoptère [du père] faisait l’objet de l’héritage, il a été retrouvé dans un laboratoire très célèbre de Pablo Escobar appelé ‘Tranquilandia’. L’hélicoptère appartenait à [Álvaro] Uribe et à son frère. En outre, il existait une étroite relation entre le père d’Uribe et le clan des Ochoa, une famille très importante au sein du Cartel de Medellín. La dernière partie [de la série] portait sur l’évasion de prison de Pablo Escobar et sur sa tentative de conclure un nouvel accord avec le gouvernement. La personne chargée d’arriver à cet accord était Álvaro Uribe Vélez. (...) Des cinq histoires, nous n’avons réussi à en publier qu’une seule, celle qui a trait à l’hélicoptère. Le jour de sa publication, le président s’est fâché et m’a insulté à la radio... ».

Les menaces ont alors commencé contre lui, le directeur de la publication et leurs familles. La série a été suspendue et aucune télévision n’a voulu la diffuser, ni en Colombie, ni à l’étranger...

C’est ainsi qu’on a su que l’actuel président de la Colombie a vécu ses premières années au sein d’une famille de la classe moyenne qui connaissait des problèmes financiers réguliers. Un jour, la situation a commencé à changer radicalement grâce aux affaires du père, Alberto Uribe Sierra, qui était spéculateur, bien que, selon les investigations, le mot exact pour définir les activités du père soit « prête-nom ». C’est-à-dire propriétaire fictif de propriétés de narcotrafiquants. Ce négoce avait commencé avec le clan des capos [chefs mafieux] Ochoa, proches de son épouse. Les Uribe ont commencé à accumuler un capital propre et de vastes propriétés rurales : « Uribe Sierra vivait tellement immergé dans ce monde d’affaires hallucinantes que, raconte un ami, il pourrait avoir 23 fermes ou 10 et se réveiller le lendemain avec 41 ». [7] Seul un magicien peut faire cela. Et, comme par hasard, en Colombie, on qualifie les ‘narcos’ de « magiques ».

En dépit de sa haute fonction, le président Uribe Vélez n’a jamais donné d’éclaircissement objectif sur la provenance de sa grande fortune. Quand il s’est vu obligé d’aborder le sujet, ses phrases disent un peu de tout sans rien préciser. Si un journaliste insiste, son agressivité apparaît. Aucune autorité ne s’est décidée à enquêter.

Le père du président est mort lors d’un assaut de son hacienda par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) en juin 1983. Les Uribe affirment que les guérilleros voulaient le kidnapper et, lui, il s’est retranché pour les en empêcher. Selon le groupe guérillero, l’attaque avait pour objectif de démanteler le camp d’entraînement paramilitaire qui s’y trouvait. Ça, c’est la partie tragique de l’histoire. Quand Álvaro Uribe Vélez a pris connaissance de l’attaque, il a utilisé un hélicoptère pour arriver sur les lieux et tenter de sauver son père et ses frères. Quand on lui a posé des questions sur cet épisode, le président de la Colombie a répondu : « Je suis monté de nuit dans le premier hélicoptère que nous avons trouvé (...) Le journal El Mundo a dit le lendemain que l’hélicoptère appartenait au propriétaire terrien Pablo Escobar. » [8] Selon la presse, l’aéronef était l’un des plus modernes du pays en matière de technologie de navigation, c’est dire si ‘le propriétaire terrien’ n’allait pas le prêter à n’importe qui.

Lorsqu’il était maire de Medellín, Uribe Vélez présenta à Bogota, avec un grand déploiement médiatique, le programme ‘Medellin sans taudis’ (‘Medellín sin tugurios’). Peu de temps après, on a su qu’il s’agissait d’un plan apparemment doté de sens civique financé par Escobar Gaviria en quête de solidarité sociale et de reconnaissance politique. Le programme consistait en la construction de mille maisons pour en faire don ensuite à des personnes qui dormaient dans des cabanes près d’une décharge.

Les étranges « hasards » liant le président Uribe Vélez avec certains capos du narcotrafic ne s’arrêtent pas là. En mars 1984, la police est arrivée dans ce que l’on considérait alors comme le laboratoire de transformation de cocaïne le plus grand et le plus moderne du monde, connu sous le nom de ‘Tranquilandia’ et dont le propriétaire principal était Escobar Gaviria. Là, ont été trouvés plusieurs aéronefs dont trois avaient des licences de fonctionnement délivrées par l’Aéronautique civile à l’époque où son directeur était Álvaro Uribe Vélez (mars 1980, août 1982). On y a aussi découvert un hélicoptère appartenant par héritage aux frères Uribe Vélez...

En dépit de tout cela, le président continue d’affirmer : « Je n’ai pas eu de relations avec Escobar, même quand cela était en vogue » [9]

Après avoir quitté la direction de l’Aéronautique, le futur président de la Colombie a été élu gouverneur du département d’Antioquia. A ce poste, il est devenu le principal promoteur et initiateur des Coopératives de Sécurité Rurale, les ‘Convivir’. Le chef narco-paramilitaire Carlos Castaño Gil aurait dit que Uribe Vélez était arrivé à « mettre sur pied des coopératives de sécurité avec lesquelles je n’ai jamais été d’accord. Je ne vais pas nier qu’elles ont servi aux Autodéfenses, mais nous n’avons pas tellement progressé grâce à elles. Ceux qui en ont profité, ce sont les narcotrafiquants qui se sont employés à monter de petites Convivir dans leurs propriétés... » [10]

Le 30 juillet 2004, la présidence de la Colombie rejeta publiquement un document déclassifié en mai et provenant de l’Agence de Renseignement de la Défense (DIA, Defense Intelligence Agency), un des services de sécurité les plus secrets et les plus puissants des Etats-Unis, dépendant du Pentagone. Le rapport dit dans son aparté : « Álvaro Uribe Vélez, homme politique et sénateur colombien, collabore avec le cartel de Medellín depuis de hauts postes au sein du gouvernement. Uribe a été impliqué dans des activités de narcotrafic aux Etats-Unis. On a assassiné son père en Colombie en raison de ses connections avec le trafic de narcotiques. Uribe a travaillé pour le cartel de Medellín et est un ami personnel de Pablo Escobar Gaviria... » [11]

Le communiqué de la présidence ne fournit aucun argument qui démente avec sévérité une accusation aussi grave mais prétend qu’il faille mésestimer le document parce qu’il « s’agit d’une information qui n’a pas été évaluée ». Le texte dit effectivement : « Not finally evaluated ». Ce qui attire l’attention, c’est que l’information contenue dans ce rapport a pourtant été utilisée lors d’enquêtes et de procès contre de nombreux narcotrafiquants qui y sont mentionnés.

La famille du président...

« Je n’en ai aucune idée, je ne suis pas au courant de cela », a répondu le président Uribe Vélez à la question du journaliste. Pas un mot de plus. La veille, le 21 juin 2005, le congressiste Gustavo Petro Urrego avait affirmé au cours d’une session parlementaire que le frère du président colombien, Santiago, avait été l’objet d’une enquête au pénal pour la création d’un groupe paramilitaire et l’assassinat de plusieurs paysans. « Dans les procès judiciaires du passé, le frère du président de la République apparaît comme accusé pour avoir formé et encouragé des groupes paramilitaires », a affirmé Petro Urrego.

Le groupe paramilitaire ‘Les douze apôtres’ (‘Los doce apóstoles’) aurait eu son siège dans l’hacienda ‘La Carolina’, dans le département d’Antioquia, dont les deux propriétaires sont les frères Uribe Vélez. Le frère du président a été interrogé par le procureur en 1997 pour les délits de kidnapping, extorsion et assassinat commis par ‘Les douze apôtres’ entre 1993 et 1994. Le groupe paramilitaire a été accusé de l’assassinat de 50 personnes et d’avoir commis un massacre, les corps de quatre personnes ayant été retrouvés et deux étant toujours portées disparues. Pour ce cas, il existe une plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme.

La nuit-même de la dénonciation du congressiste, le procureur Luis Camilo Osorio a confirmé que le frère du mandataire avait bien été l’objet d’une enquête en 1999 mais il a indiqué également qu’un « non-lieu » avait été déclaré « en faveur de Monsieur Uribe Vélez et que le dossier avait été classé définitivement » la même année.

Petro Urrego a insisté sur le fait que, Álvaro Uribe Vélez étant le président de la Nation, il devait « expliquer à toute la Colombie ce qui s’est passé avec le procès judiciaire mené contre son frère qui le liait directement au paramilitarisme et à des délits de lèse humanité.... ».

Le parlementaire a également dénoncé le fait que trois parents du président colombien, dont deux cousins germains, o
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JP
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Message par JP »

Colombie
Les relents narco-paramilitaire du président Uribe
D’ici quelques semaines sortira en espagnol le livre intitulé « Colombia, laboratorio de embrujos. Democracia y terrorismo de Estado », du journaliste et écrivain colombien résidant à Paris, Hernando Calvo Ospina. Le prologue est signé par Ignacio Ramonet, directeur du prestigieux mensuel français Le Monde Diplomatique. Avec l’autorisation de l’auteur et de la maison d’édition, nous publions la traduction [non-officielle] en français du chapitre XVI.

par Hernando Calvo Ospina
5 avril 2007

Le narco-paramilitarisme au Congrès

C’était comme un « bulletin de guerre ». Les élections du 10 mars 2002 venaient d’avoir lieu et le chef narco-paramilitaire Salvatore Mancuso se congratulait par Internet du fait qu’un important pourcentage des élus était en parfaite communion avec les « idéaux » paramilitaires. « Nous pouvons affirmer, chiffres à l’appui, que l’objectif premier des 30% a été largement dépassé et cela constitue un évènement marquant dans l’histoire des Autodéfenses Unies de Colombie [1] (...) Que les candidats de notre choix, issus dans leur majorité de nos bases sociales et politiques et, en tant que tels, fruits d’un vaste et ferme effort de formation de la part des Autodéfenses aient obtenu un soutien massif des électeurs constitue un motif d’immense satisfaction ».

En dépit du fait qu’il ne s’est jamais opposé de manière résolue au paramilitarisme, le dirigeant libéral Carlos Lemos Simmons a affirmé face à de tels résultats électoraux : « Cela signifie qu’aujourd’hui la majeure partie et la force la plus importante du Congrès est constituée par les Autodéfenses (...) Mais ce qui m’étonne dans tout cela c’est l’indifférence avec laquelle le pays a accueilli cette nouvelle. Un fait aussi grave n’a pas suscité la moindre réaction dans les médias, les corporations, au sein du gouvernement, de l’Eglise, dans la société civile, les ONG ou la communauté internationale (...). En raison de viles considérations électorales, ce qui hier était odieux et mauvais est devenu aujourd’hui utile et bon... ». [2]

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Armando Estrada Villa, a confirmé les propos de Mancuso mais n’a annoncé aucune mesure : « L’analyse de ces personnes, leur vote et les lieux où ils ont été élus, pour être des régions sous influence paramilitaire, nous mène à la conclusion que les paramilitaires ont donné l’ordre que l’on vote pour eux ou qu’ils ont conclu des accords pour que ceux-ci fassent pression sur les communautés pour qu’elles votent pour des personnes déterminées. » [3]

Ce n’était un secret pour personne : les politiciens des régions que les paramilitaires contrôlent les ont payés 100 millions de pesos [environ 35 000 euros] pour obtenir un siège au Sénat. « En échange de cet argent, les seigneurs de la guerre ont garanti à leurs protégés qu’ils n’auraient pas de concurrence dans leurs juridictions au cours de la campagne et que, le jour des élections, le peuple voterait massivement pour eux. En échange de cet « aval », les élus ferment les yeux sur leurs activités et, dans certains cas, ils leur ont même adjugé des contrats publics pour leurs entreprises.... » [4]

L’establishment savait que le pas décisif de la paramilitarisation de l’Etat deviendrait réalité lors de ces élections puisque tout était en cours de préparation pour cela. Le jour même du scrutin, Francisco Santos Calderón, élu quelques mois plus tard Vice-président de la Colombie, écrivait dans son journal El Tiempo : « ... il est certain que le Congrès que nous allons élire sera pire encore que l’actuel. Il sera, mis à part quelques exceptions, un Congrès au service des caciques politiques traditionnels, des ‘narcos’ et des paramilitaires ». Il ne disait pas cela en visionnaire mais en connaissance de cause.

Pas la moindre enquête officielle n’a été ouverte pour vérifier les relations entre ces congressistes et le paramilitarisme. Et, contrairement aux élus de l’Union Patriotique (UP) [5], des autres formations politiques de gauche ou aux simples critiques du système, ils n’ont pas dû faire face à un plan d’extermination puisque les défenseurs du système s’entretuent rarement entre eux.

Uribe Vélez, un passé parmi les narcotrafiquants

Un chroniqueur de El Espectador, Fernando Garavito Pardo, a dû s’exiler en mars 2002 suite à des menaces de mort après avoir publié une série d’enquêtes sur les liens présumés avec le narcotrafic et le paramilitarisme du candidat à la présidence de l’époque Álvaro Uribe Vélez. [6]

Ces dénonciations ont coïncidé avec celles de Ignacio Gómez Gómez, qui, lui aussi, a dû quitter le pays pour la même raison. Quand, en 2002, le Comité Mondial pour la Protection des Journalistes (CPJ) lui a remis le Prix international de la liberté de la presse, il a expliqué qu’il recevait cette récompense « pour le travail sur les antécédents qui lient Álvaro Uribe Vélez au Cartel de Medellín. C’est une enquête qui s’est faite en cinq parties. L’une d’elle traitait de la coïncidence entre l’appartenance de Pablo Escobar au Congrès et son activité politique et prosélytique intense dans les quartiers pauvres de Medellín, et qu’à l’époque Álvaro Uribe était le maire de Medellín et développait des programmes très parallèles à ceux de Pablo Escobar. Après, Álvaro Uribe fut directeur de l’Aéronautique civile. Avant lui, entre 1954 et 1981, l’Etat avait accordé 2 339 licences. Au cours des 28 mois où Álvaro Uribe occupa ce poste de directeur, il octroya 2 242 licences, c’est-à-dire juste un peu moins qu’au cours des 35 années antérieures, avec la circonstance aggravante que de nombreuses licences, à peu près 200, bénéficièrent au Cartel de Medellín (...) Quand l’hélicoptère [du père] faisait l’objet de l’héritage, il a été retrouvé dans un laboratoire très célèbre de Pablo Escobar appelé ‘Tranquilandia’. L’hélicoptère appartenait à [Álvaro] Uribe et à son frère. En outre, il existait une étroite relation entre le père d’Uribe et le clan des Ochoa, une famille très importante au sein du Cartel de Medellín. La dernière partie [de la série] portait sur l’évasion de prison de Pablo Escobar et sur sa tentative de conclure un nouvel accord avec le gouvernement. La personne chargée d’arriver à cet accord était Álvaro Uribe Vélez. (...) Des cinq histoires, nous n’avons réussi à en publier qu’une seule, celle qui a trait à l’hélicoptère. Le jour de sa publication, le président s’est fâché et m’a insulté à la radio... ».

Les menaces ont alors commencé contre lui, le directeur de la publication et leurs familles. La série a été suspendue et aucune télévision n’a voulu la diffuser, ni en Colombie, ni à l’étranger...

C’est ainsi qu’on a su que l’actuel président de la Colombie a vécu ses premières années au sein d’une famille de la classe moyenne qui connaissait des problèmes financiers réguliers. Un jour, la situation a commencé à changer radicalement grâce aux affaires du père, Alberto Uribe Sierra, qui était spéculateur, bien que, selon les investigations, le mot exact pour définir les activités du père soit « prête-nom ». C’est-à-dire propriétaire fictif de propriétés de narcotrafiquants. Ce négoce avait commencé avec le clan des capos [chefs mafieux] Ochoa, proches de son épouse. Les Uribe ont commencé à accumuler un capital propre et de vastes propriétés rurales : « Uribe Sierra vivait tellement immergé dans ce monde d’affaires hallucinantes que, raconte un ami, il pourrait avoir 23 fermes ou 10 et se réveiller le lendemain avec 41 ». [7] Seul un magicien peut faire cela. Et, comme par hasard, en Colombie, on qualifie les ‘narcos’ de « magiques ».

En dépit de sa haute fonction, le président Uribe Vélez n’a jamais donné d’éclaircissement objectif sur la provenance de sa grande fortune. Quand il s’est vu obligé d’aborder le sujet, ses phrases disent un peu de tout sans rien préciser. Si un journaliste insiste, son agressivité apparaît. Aucune autorité ne s’est décidée à enquêter.

Le père du président est mort lors d’un assaut de son hacienda par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) en juin 1983. Les Uribe affirment que les guérilleros voulaient le kidnapper et, lui, il s’est retranché pour les en empêcher. Selon le groupe guérillero, l’attaque avait pour objectif de démanteler le camp d’entraînement paramilitaire qui s’y trouvait. Ça, c’est la partie tragique de l’histoire. Quand Álvaro Uribe Vélez a pris connaissance de l’attaque, il a utilisé un hélicoptère pour arriver sur les lieux et tenter de sauver son père et ses frères. Quand on lui a posé des questions sur cet épisode, le président de la Colombie a répondu : « Je suis monté de nuit dans le premier hélicoptère que nous avons trouvé (...) Le journal El Mundo a dit le lendemain que l’hélicoptère appartenait au propriétaire terrien Pablo Escobar. » [8] Selon la presse, l’aéronef était l’un des plus modernes du pays en matière de technologie de navigation, c’est dire si ‘le propriétaire terrien’ n’allait pas le prêter à n’importe qui.

Lorsqu’il était maire de Medellín, Uribe Vélez présenta à Bogota, avec un grand déploiement médiatique, le programme ‘Medellin sans taudis’ (‘Medellín sin tugurios’). Peu de temps après, on a su qu’il s’agissait d’un plan apparemment doté de sens civique financé par Escobar Gaviria en quête de solidarité sociale et de reconnaissance politique. Le programme consistait en la construction de mille maisons pour en faire don ensuite à des personnes qui dormaient dans des cabanes près d’une décharge.

Les étranges « hasards » liant le président Uribe Vélez avec certains capos du narcotrafic ne s’arrêtent pas là. En mars 1984, la police est arrivée dans ce que l’on considérait alors comme le laboratoire de transformation de cocaïne le plus grand et le plus moderne du monde, connu sous le nom de ‘Tranquilandia’ et dont le propriétaire principal était Escobar Gaviria. Là, ont été trouvés plusieurs aéronefs dont trois avaient des licences de fonctionnement délivrées par l’Aéronautique civile à l’époque où son directeur était Álvaro Uribe Vélez (mars 1980, août 1982). On y a aussi découvert un hélicoptère appartenant par héritage aux frères Uribe Vélez...

En dépit de tout cela, le président continue d’affirmer : « Je n’ai pas eu de relations avec Escobar, même quand cela était en vogue » [9]

Après avoir quitté la direction de l’Aéronautique, le futur président de la Colombie a été élu gouverneur du département d’Antioquia. A ce poste, il est devenu le principal promoteur et initiateur des Coopératives de Sécurité Rurale, les ‘Convivir’. Le chef narco-paramilitaire Carlos Castaño Gil aurait dit que Uribe Vélez était arrivé à « mettre sur pied des coopératives de sécurité avec lesquelles je n’ai jamais été d’accord. Je ne vais pas nier qu’elles ont servi aux Autodéfenses, mais nous n’avons pas tellement progressé grâce à elles. Ceux qui en ont profité, ce sont les narcotrafiquants qui se sont employés à monter de petites Convivir dans leurs propriétés... » [10]

Le 30 juillet 2004, la présidence de la Colombie rejeta publiquement un document déclassifié en mai et provenant de l’Agence de Renseignement de la Défense (DIA, Defense Intelligence Agency), un des services de sécurité les plus secrets et les plus puissants des Etats-Unis, dépendant du Pentagone. Le rapport dit dans son aparté : « Álvaro Uribe Vélez, homme politique et sénateur colombien, collabore avec le cartel de Medellín depuis de hauts postes au sein du gouvernement. Uribe a été impliqué dans des activités de narcotrafic aux Etats-Unis. On a assassiné son père en Colombie en raison de ses connections avec le trafic de narcotiques. Uribe a travaillé pour le cartel de Medellín et est un ami personnel de Pablo Escobar Gaviria... » [11]

Le communiqué de la présidence ne fournit aucun argument qui démente avec sévérité une accusation aussi grave mais prétend qu’il faille mésestimer le document parce qu’il « s’agit d’une information qui n’a pas été évaluée ». Le texte dit effectivement : « Not finally evaluated ». Ce qui attire l’attention, c’est que l’information contenue dans ce rapport a pourtant été utilisée lors d’enquêtes et de procès contre de nombreux narcotrafiquants qui y sont mentionnés.

La famille du président...

« Je n’en ai aucune idée, je ne suis pas au courant de cela », a répondu le président Uribe Vélez à la question du journaliste. Pas un mot de plus. La veille, le 21 juin 2005, le congressiste Gustavo Petro Urrego avait affirmé au cours d’une session parlementaire que le frère du président colombien, Santiago, avait été l’objet d’une enquête au pénal pour la création d’un groupe paramilitaire et l’assassinat de plusieurs paysans. « Dans les procès judiciaires du passé, le frère du président de la République apparaît comme accusé pour avoir formé et encouragé des groupes paramilitaires », a affirmé Petro Urrego.

Le groupe paramilitaire ‘Les douze apôtres’ (‘Los doce apóstoles’) aurait eu son siège dans l’hacienda ‘La Carolina’, dans le département d’Antioquia, dont les deux propriétaires sont les frères Uribe Vélez. Le frère du président a été interrogé par le procureur en 1997 pour les délits de kidnapping, extorsion et assassinat commis par ‘Les douze apôtres’ entre 1993 et 1994. Le groupe paramilitaire a été accusé de l’assassinat de 50 personnes et d’avoir commis un massacre, les corps de quatre personnes ayant été retrouvés et deux étant toujours portées disparues. Pour ce cas, il existe une plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme.

La nuit-même de la dénonciation du congressiste, le procureur Luis Camilo Osorio a confirmé que le frère du mandataire avait bien été l’objet d’une enquête en 1999 mais il a indiqué également qu’un « non-lieu » avait été déclaré « en faveur de Monsieur Uribe Vélez et que le dossier avait été classé définitivement » la même année.

Petro Urrego a insisté sur le fait que, Álvaro Uribe Vélez étant le président de la Nation, il devait « expliquer à toute la Colombie ce qui s’est passé avec le procès judiciaire mené contre son frère qui le liait directement au paramilitarisme et à des délits de lèse humanité.... ».

Le parlementaire a également dénoncé le fait que trois parents du président colombien, dont deux cousins germains, ont dirigé un autre groupe paramilitaire connu sous le nom de ‘Los Erre’, suspecté d’avoir assassiné cinquante autres personnes dans différentes municipalités d’Antioquia. Ces proches ont été condamnés en première instance et ont été en prison pendant près d’un an, jusqu’à ce qu’un juge d’appel ne les remette en liberté et archive le dossier parce qu’il a considéré qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes contre les accusés. Les parents du mandataire sont Carlos Alberto Vélez Ochoa, Juan Diego Vélez Ochoa et Mario Vélez Ochoa, et sont aussi parents du clan des capos Ochoa.

« Je reproche à Uribe, sachant que des parents directs étaient accusés de paramilitarisme, d’avoir osé faire voter une loi qui déclare l’impunité pour les paramilitaires... », furent les mots accusateurs lancés par Petro Urrego au cours de cette session du Congrès colombien qui s’est terminée par l’approbation de ladite ‘Loi de Justice et Paix’ [12] qui confère un statut politique aux narco-paramilitaires « en négociation » avec le gouvernement du président Uribe Vélez. Cette loi favoriserait ses proches.

Enfin, le 4 décembre 2006, dans des déclarations à la W Radio de Bogotá, le président Uribe Vélez a dû reconnaître que son frère a bien été l’objet d’une enquête pour son implication dans le paramilitarisme.

Notes:

[1] [NDLR] Constituées en 1997, les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC) sont une sorte de coupole regroupant les différents groupes paramilitaires colombiens, d’extrême droite. Elles sont responsables des principales violations des droits humains ces dernières années en Colombie et très impliquées dans une série de commerces illicites, dont celui de la drogue. Elles se sont officiellement démobilisées sous la présidence de Uribe Vélez (2002 - ...).

[2] El Tiempo. Bogotá, 28 mars 2002.

[3] El Colombiano. Medellín, 24 avril 2002.

[4] « Los tentáculos de las AUC », Semana. Bogotá, 10 juillet 2005.

[5] [NDLR] Dans le cadre d’accords de négociations signé le 28 mars 1984 entre le président Belisario Betancur et la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) qui visent à mettre un terme au conflit armé colombien, le parti politique Union patriotique est créé afin de mettre en place les conditions permettant au groupe guérillero de s’organiser politiquement, économiquement et socialement. Ce parti sera ensuite exterminé. Le nombre de victimes est estimé à 3 000 : dirigeants, sympathisants, militants et candidats présidentiels.

[6] Garavito, avec le correspondant pour l’Amérique latine de la revue états-unienne Newsweek, Joseph Contreras, ont publié la « Biografía no autorizada de Álvaro Uribe Vélez. (El señor de las Sombras) ». Ed. Oveja Negra. Bogotá, 2002.

[7] El Mundo. Medellín, 16 juin 1983.

[8] El Tiempo. Bogotá, 21 avril 2002.

[9] El Tiempo, 21 avril 2002.

[10] Aranguren Molina, Mauricio. “Mi confesión. Carlos Castaño revela sus secretos”. Ed. Oveja Negra. Bogotá, 2001.

[11] L’information complète se trouve sur la page suivante : http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB131/index.htm

[12] [NDLR] Le 21 juin 2005, la Chambre des députés colombienne approuvait, après un an de discussion, la très controversée ‘Loi de justice et paix’. Celle-ci donne un cadre légal à la démobilisation des paramilitaires (extrême droite). Elle est considérée par ses détracteurs, dont la Commission colombienne de juristes, qui dispose d’un statut consultatif à l’ONU, comme une « loi d’impunité ».


Source : extrait du livre « Colombia, laboratorio de embrujos. Democracia y terrorismo de Estado », publié sur Rebelión (www.rebelion.org) le 11 février 2007.
Traduction : Anne Vereecken, pour le Comité pour le respect des droits humains ‘Daniel Gillard’. Traduction revue par l’équipe du RISAL (http://risal.collectifs.net).




GLOSSAIRE
Autodéfenses Unies de Colombie (AUC)


Constituées en 1997, les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC) sont une sorte de coupole regroupant les différents groupes paramilitaires, d’extrême droite, colombiens. Elles sont responsables des principales violations des droits humains ces dernières années en Colombie et très impliquées dans une série de commerces illicites, dont celui de la drogue. Elles se sont officiellement démobilisées sous la présidence de Uribe Vélez (2002 - ...).

Cacique


Le terme "cacique" désigne, en ce qui nous concerne , le notable, chef, leader, détenteur du pouvoir d’un communauté et / ou d’un peuple indien.

Convivir, Coopératives de sécurité rurale


En 1994, le gouvernement colombien de César Guaviria (1990-94) adopte une loi qui réforme les entreprises privées de sécurité. Selon le père Javier Giraldo : « En s’appuyant sur cette loi, son successeur, le président Samper, émet un décret dans lequel il utilise certaines phrases de cette loi et forme un modèle de coopérative de sécurité privée rurale sous le nom de CONVIVIR. Toutes leurs caractéristiques, dans la réalité, étaient similaires à celles des paramilitaires. Leurs membres pouvaient être organisés et coordonnés par les militaires, recevoir des armes de ces militaires et leur fournir des informations. »
Les CONVIVIR commencent alors à se multiplier dans tout le pays. Notamment dans le département d’Antioquia, dont le gouverneur, de 1995 à 1997, est un certain Alvaro Uribe Vélez, actuel président de la République.
En 1999, face aux nombreux massacres commis par les CONVIVIR, la Cour constitutionnelle se pencha sur l’affaire. Elle reconnut que ces groupes étaient légaux, mais leur imposa juste quelques limites pour l’usage d’armes. Ils ne furent pas illégalisés. Ces limites provoquèrent une certaine autonomisation de ces groupes. Les CONVIVIR commencèrent à s’affaiblir. Dans certaines zones, la relation entre CONVIVIR et paramilitaires continua. L’ancien chef narco-paramilitaire Carlos Castaño délara à ce sujet : « Je ne vais pas nier qu’elles ont servi aux Autodéfenses[paramilitaires], mais nous n’avons pas tellement progressé grâce à elles. Ceux qui en ont profité, ce sont les narcotrafiquants qui se sont employés à monter de petites Convivir dans leurs propriétés... »

Forces Armées Révolutionnaires de Colombie - Armée du Peuple (FARC-EP)


Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie - Armée du peuple, Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia - Ejército del Pueblo, est la principale guérilla de Colombie, née officiellement en 1964. Elle est reconnue comme organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne.

Union Patriotique (UP)


Dans le cadre d’accords de négociations signé le 28 mars 1984 entre le président Belisario Betancur et la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) qui visent à mettre un terme au conflit armé colombien, le parti politique Union patriotique est créé afin de mettre en place les conditions permettant au groupe guérillero de s’organiser politiquement, économiquement et socialement. Ce parti sera ensuite exterminé. Le nombre de victimes est estimé à 3 000 : dirigeants, sympathisants, militants et candidats présidentiels.

http://risal.collectifs.net/article.php ... ticle=2151

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Certains affirment en Colombie que les USA auraient changé leur position sur le problème des kidnappés
01/04/2007 - Milenio
Les Etats-Unis auraient modifié leur position dans le cas des kidnappés de Colombie et soutiendraient maintenant un accord humanitaire avec la guérilla pour permettre leur libération, a affirmé l'ex président colombien Ernesto Samper (1994-1998).

L'ex président a affirmé, dans des déclarations diffusées ce jeudi à des journalistes, que de vastes secteurs aux USA soutiendraient maintenant l'idée d'établir une zone de rencontre pour avancer dans un échange humanitaire.

"D'une certaine manière le gouvernement américain a déjà modifié son ancienne position, et est en faveur de l'échange humanitaire", a déclaré Samper, au cours d'une visite au port de Barranquilla, dans les Caraïbes colombiennes.

Il a rappelé la lettre des sept membres du Congrès Etats-unien qui demandent au président George W Bush de soutenir l'accord pour rendre possible le retour des otages en pouvoir des rebelles.

Les Etats-Unis se sont déclarés partisans d'un sauvetage militaire des otages, position qui, selon Samper, pourrait avoir changé - les USA pourraient maintenant être plus disposés à soutenir un accord humanitaire.

L'ex mandataire a considéré que dans ce cas, le président Uribe Vélez "pourrait revoir sa position".

Selon Samper, important est que le gouvernement colombien "écoute l'appel des pays amis (France, Suisse et Espagne) et que l'on constitue une zone internationale de rencontre humanitaire".

Ce serait une zone de 400 kilomètres qui serait démilitarisée pendant 45 jours, avec la présence d'observateurs internationaux, ce qui garantirait que la zone en question serait utilisée seulement pour la négociation.

http://www.betancourt.info/indexFr.htm

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La Colombie se penche sur un massacre dans une "communauté de paix"
02/04/2007 - Chicago Tribune
Il y a deux ans, Bellanira Areiza (17 ans) et sept autres paysans ont été assassinés avec des machettes dans les collines en bordure d'un hameau pittoresque de la Colombie du nord-ouest.

Les chefs de cette Communauté, "La Union", affirment qu'ls ont vu cinq hommes en uniforme de l'armée colombienne qui emmenaient les victimes, et neuf autres ont entendu plus tard des soldats se vanter des massacres. Mais, jusqu'ici, les investigations sur le massacre, menées par le gouvernement colombien, n'ont mené à rien.

Le procureur général Mario Iguaran a annoncé en février que 69 membres de la 17ème brigade de l'armée étaient interrogés au sujet de ces massacres, qui continuent à attirer l'indignation de la communauté internationale et qui pourraient compromettre l'aide des ETATS-UNIS en Colombie.

Quelques observateurs ont salué cette annonce, considérée comme une possibilité d'en finir avec la quasi impunité dont jouissent en Colombie les forces de sécurité qui ont commis des meurtres et d'autres crimes pendant le conflit civil qui dure depuis des décennies dans ce pays..

"Nous avons toujours gardé l'espoir qu'un jour Justice serait rendue pour tous les crimes dont nous sommes les victimes", a déclaré Renato Areiza, 28, ans, frère de Bellanira et un des dirigeants de la communauté de "La Union". "Mais nous avons peur que tout ceci ne finisse, comme toujours, dans l'impunité."

L'enquête est compliquée par le fait que les témoins se cachent et refusent de coopérer. "Au moins quatre résidents qui avaient fourni des informations aux investigateurs au sujet d'autres atrocités ont été assassinés", nous explique Areiza.

Iguaran reconnaît la méfiance de la communauté, mais est décidé à aller de l'avant. "Je ne peux pas parler pour tout le pays, mais au moins, pour le bureau du procureur général, c'est un signe par lequel nous essayons de démontrer que nous voulons la clarté et la détermination dans le combat contre l'impunité," a-t-il déclaré.

Cette enquête vient au moment où le Président colombien Alvaro Uribe subit la crise politique la plus sérieuse depuis le début de son mandat en 2002.

Les critiques ont longtemps accusé les forces de la sécurité de la nation et les alliés politiques d'Uribe de collusion avec les "auto-defense de Colombie (AUC)", une coalition de milices paramilitaires d'extrème-droite responsable de nombreux massacres de civils dans sa guerre contre les rebelles marxistes. Pendant des années, l'élite politique et militaire de Colombie a nié ses liens avec l'AUC, qui prétend avoir démobilisé 31.000 hommes dans le cadre d'un pacte de paix controversé avec le gouvernement.

Mais ces derniers mois, huit législateurs et un gouverneur d'état ont été arrêtés, accusés d'avoir faussé les élections, d'avoir organisé des assassinats d'opposants et d'avoir été impliqués dans d'autres activités illégales avec l'AUC, dans un scandale qui secoue aujourd'hui la Colombie.

Uribe n'a pas été accusé personnellement d'activités illégales. Mais les investigations ont touché les conseillers les plus proches du président, y compris l'ancien responsable national des services secrets, et selon des analystes, cela a érodé son autorité. "Et ce n'est que la pointe de l'iceberg," déclare Gustavo Petro, un sénateur du parti d'opposition "Polo Democratico".

Tandis qu'Uribe a promis de poursuivre n'importe quel politicien ou officier militaire ayant des liens avec l'AUC, les investigations sont en grande partie aux mains du procureur général et de la Cour Suprème - organismes indépendants de l'exécutif.

Le ministre colombien de la défense Juan Manuel Santos a promis de coopérer avec les inquêteurs qui doivent interroger 100 officiers et soldats - actifs ou retraités - concernant des atteintes aux droits humains et d'autres crimes, y compris le massacre de "La Union".

"Si certains militaires étaient impliqué dans ce massacre. . . ils devraient être punis avec toute la sévérité de la loi, " a déclaré Santos dans une interview.

Les investigations pourraient également avoir un impact sur les $700 millions d'aide promises par les ETATS-UNIS à la Colombie pour l'année prochaine. En tant qu'un des alliés les plus proches de Washington en Amérique latine, la Colombie a déjà reçu plus de $5 milliards d'aide des ETATS-UNIS depuis 2000. La majeure partie a été employée pour combattre le trafic de drogue et la guérilla marxiste.

Le Président Bush a exprimé son soutien fort à Uribe lors d'une brève visite le mois dernier, mais quelques législateurs du parti démocrate cherchent à réorienter une partie significative de cette aide militaire vers des programmes sociaux et économiques.

"C'en est fini de donner un chèque en blanc," a déclaré le représentant James McGovern, D-Mass., qui a visité la Colombie il y a quelques semaines. "il y a des centaines si pas des milliers de cas où justice doit encore être rendue. C'est cela que nous recherchons."

Les victimes du massacre de La Union étaient membres d'une communauté qui se veut être une "communauté de paix", et qui essaye d'éloigner quelque groupe armé que ce soit, y compris les troupes de gouvernement, de son territoire.

Les 1.300 membres de ce groupe, fondé en 1997 dans la ville de San Jose de Apartado et qui comprend plusieurs villages dont "La Union", doivent également couper tout lien avec les membres de leurs famille qui auraient rejoint les forces paramilitaires ou la guérilla.

"Aucun groupe armé ne peut nous aider," affirme Jésus Emilio Montoya, un fermier de 61 ans. "Si nous permettons aux militaires d'entrer dans la communauté, les guérilleros nous tueront dès après leur départ. Et l'inverse est vrai également. Je ne sais même plus pour quelles raisons ils se battent..."

Mais la neutralité professée de la communauté continue à attirer les attaques.

En 2000, les bandes armées paramilitaires ont assassiné six résidents de La Union, y compris le beau-frère de Montoya et un de ses cousins, pendant que des hélicoptères militaires survolaient la scène, selon des résidents et des experts en matière de droits de l'homme.

Il y a eu 178 membre de la Communauté de paix qui ont été tués depuis 1997, la plupart par les pelotons paramilitaires des escadrons de la mort et par les forces colombiennes de sécurité, affirment les chefs de la communauté . Vingt-quatre assassinats sont attribués, eux, aux forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Les experts en matière de droits de l'homme disent qu'ils ne connaissent aucun cas qui ait résulté en une condamnation.

Mais Renata Rendon, un des responsables d'Amnesty International aux Etats-Unis, indique que la recherche du procureur général sur le massacre de 2005 est "positive et courageuse."

Dans les semaines qui ont suivi l'attaque, des fonctionnaires du gouvernement avaient écarté la possibilité que les forces de sécurité puissent être impliquées, et avaient essayé de rejeter la responsabilité sur les FARC. Uribe avait ordonné à la police de s'établir et de rester à San Jose de Apartado.

Des membre de la Communauté de paix ont dû alors fuir la ville, parce qu'ils estimaient que la présence de police menaçait leur neutralité. Les résidents se sont établis à 15 minutes de marche le long d'une route de campagne, dans un champ herbeux avoisinant un large lit de la rivière.

Connue comme San Josesito, cette communauté est un ensemble de maisons de planches, bâties d'une manière ordonnée, avec une école en brique et d'autres bâtiments. C'est un endroit tranquille où les femmes lavent le linge à la main, où les enfants se lavent dehors avec des seaux d'eau, et où les poulets, les dindes et les porcs errent librement.

Mais cette tranquilité apparente est trompeuse. Sous un chêne situé au centre de la communauté, plusieurs douzaines de pierres peintes portent les noms des résidents massacrés.

La tension demeure également forte entre la communauté de paix d'une part, et d'autre part la police colombienne et les forces militaires qui campent à environ un kilomètre et demi plus loin.

Dans une interview, le ministre de la défense Santos a affirmé que quelques "défenseurs de la paix" avaient des liens avec les FARC. Cette allégation irrite les chefs de la communauté parce qu'ils croient qu'elle encourage les paramilitaires et leur donne un feu vert pour les attaquer.

"Notre neutralité est affichée de manière transparente," déclare Jésus Emilio Tuberquia, 41 ans, membre du conseil de gestion de la communauté de paix. "Mais dans leur esprit, chaque paysan est un guérillero."

http://www.betancourt.info/indexFr.htm

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En trois mois, 8.335 déplacés par le conflit colombien dans une région frontalière
03/04/2007 - UniVision
Au moins 8.335 personnes ont été déplacées depuis le début de cette année dans six localités du département colombien de Nariño pour les mettre à l'abrides combats qui s'y déroulent entre les forces de sécurité et les groupes armés illégaux, ont dénoncé aujourd'hui plusieurs sources humanitaires.

A Bogota, le Bureau de consultants pour les Droits Humains et le Déplacement (Codhes) a informé que les déplacés yreprésentent 1.667 familles des villages de El Charco, La Tola, Samaniego, Guachavés, Policarpa et Cumbitara.

Le risque de se voir conicé "au milieu de feux croisés" et la crainte de représailles de la part des groupes illégaux sont la cause de ces déplacements massifs dans la région, déclare Codhes, en attirant l'attention sur la recrudescence du conflit dans cette région de la frontière sud avec Équateur.

L'organisation non gouvernementale (ONG) a expliqué que dans ces six localités, des combats ont opposé les Forces Militaires avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et l'Armée de Libération Nationale (ELN), les deux plus importantes guérillas du pays.

De même, on a enregistré des confrontations entre ces deux guérillas, tout comme des accrochages entre elles et les "groupes émergents" Águilas Negras, Los Rastrojos ainsi que l'organisation Nueva Generación, des nouveaux groupes paramilitaires.

La situation la plus critique se présente dans les montagnes de El Charco, touchée depuis une semaine et demie par des combats entre l'armée et le front 29 des FARC.

Les autorités locales ont déclaré lundi que quelque 4.876 paysans avaient dû abandonner leurs terres à la suite de ces confrontations.

http://www.betancourt.info/indexFr.htm

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Colombie : six maires en état d'arrestation
04/04/2007 - BBC Mndo, El Tiempo
les maires disent qu'ils ont signé sous la pression.

Le Ministère public Général de Colombie a ordonné la détention de six maires du département de Casanare, accusés de faire partie d'une "association de malfaiteurs" pour avoir signé un accord avec les paramilitaires de leur région et leur avoir versé une part du budget de leur commune.

Aleyder Castañeda, maire de la commune de Monterrey ; Jorge Eliécer López, de Tauramena ; Raúl Cabrera, de Villa Nueva ; Henry Montes, de Mani; Maurice Chaparro, de Sabana Larga, et Leonel Torres, d'Aguazul, doivent être démis de leurs charges et sont en état d'arrestation, a déclaré le procureur adjoint Guillermo Mendoza.

Les paramilitaires ont signé avec les maires un accord de 14 points, selon lequel ceux-ci s'engageaient entre choses à accorder à l'organisation ACC (Auto-défenses Rurales du Casanare) 50% du budget municipal" et 10% de toute embauche".

Les six communes appartiennent au département de Casanare, riche en pétrole, et reçoivent des millions en privilèges d'exploitation de cette ressource.

Selon le journal colombien El Tiempo, trois de ces communes ont reçu plus de USS 40 millions de revenus pétroliers en 2006.

Les maires ont insisté sur le fait qu'ils avaient été emmenés de force és et qu'ils avaient été forcés de signer le document. Le Ministère public a précisé que le seul maire qui n'ait pas signé l'accord a été Torres, d'Aguazul, parce qu'il serait semble-t-il un "membre actif de l'organisation".

La "parapolítique"

Le processus de démobilisation des paramilitaires a eu des hauts et des bas.

En Colombie couve depuis plusieurs mois un scandale connu comme "parapolitique", dans lequel des politiciens connus et des fonctionnaires publics sont questionnés quant à leurs liens avec des groupes paramilitaires de droite.

Huit membres du Congrès qui soutiennent le président Álvaro Uribe et un gouverneur sont déjà en état d'arrestation suite à cette enquête.

Le gouvernement Uribe a entamé vers le milieu de 2003 un processus de démobilisation des groupes paramilitaires dont, selon les chiffres gouvernementaux, 31.000 combattants membres auraient officiellement déposé les armes.

Toutefois, le processus n'a pas été exempt de critiques, car on accuse ces groupes d'être infiltrés par le trafic de drogues, et d'anciens membres des groupes paramilitaires sont accusés de continuer à commettre des délits en dehors de l'organisation.

Pour sa part, le gouvernement a déclaré qu'il soutenait la justice et qu'il n'avait pas peur que les ex chefs paramilitaires révèlent les noms des politiciens, des chefs d'entreprise et des militaires qui les soutenaient.

"C'est un gouvernement qui a toute légitimité; nous sommes très conscients du chemin que nous suivons, et très confiants dans le processus dont la démocratie sortira fortifiée ", a déclaré le Haut Commissaire du Gouvertnement pour la Paix, Luis Carlos Restrepo.

http://www.betancourt.info/indexFr.htm
guigui
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Message par guigui »

et ça continue encore et encore
c'est que le début d'accord d'accord
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Nataly
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Message par Nataly »

Non Guigui je ne serai pas à Montpellier, je serai à Lyon et à Nantes par contre...

J'ai failli aller à Carcassonne, mais c'est annulé donc :?

Vala !

Nataly :wink:
Si tous ceux qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage ! (Sacha Guitry)
guigui
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Message par guigui »

ok sympa...
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LeKevin
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Message par LeKevin »

Nataly a écrit :Non Guigui je ne serai pas à Montpellier, je serai à Lyon et à Nantes par contre...

J'ai failli aller à Carcassonne, mais c'est annulé donc :?

Vala !

Nataly :wink:
C'était mwa qui t'avais demandé...






Mwa.
Tha_moumou et Peps a écrit :Plus ça va et plus je te trouve sympa, mon kevinounet.
Milou ! a écrit : :lol: :lol: :lol: Moi j'aime bien Le Kevin 8)
deyssambre a écrit :Je t'aime Lekevin, et ton cousin aussi.
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JP
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Message par JP »

Colombie: attentat à Cali à la voiture piégée

Agence France-Presse

Cali (Colombie)

Une personne est morte et 34 autres ont été blessées dans l'explosion d'une voiture piégée lundi à l'aube à Cali (sud-ouest) devant le siège de la police, ont annoncé les autorités colombiennes.

L'attentat a été attribué par la police à la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Gil Antonio Palomino, un chauffeur de taxi qui passait à proximité, est mort alors que 18 policiers et 16 civils ont été blessés dans l'explosion, selon les mêmes sources.

Le chauffeur de taxi est mort pendant son transfert à l'hôpital et au moins deux blessés sont dans un état grave, ont indiqué les pompiers.





Le maire de Cali, troisième ville du pays, Apolinar Salcedo, a précisé que les blessés ont été immédiatement hospitalisés.

L'explosion d'une forte puissance a provoqué d'importants dégâts matériels dans ce quartier du nord-est de la ville dont les habitants ont été privés d'électricité, a indiqué un photographe de l'AFP.

Environ 70 kg d'explosifs ont été déposés dans la camionnette stationnée devant le siège de la police, selon les estimations des enquêteurs.

La façade du siège de la police, un immeuble de cinq étages, a été complètement détruite, selon le photographe de l'AFP.

«En plus du siège de la police, une trentaine d'habitations et un hôtel ont été endommagés. C'est un miracle que le nombre de morts ne soit pas supérieur», a déclaré un pompier, Ricardo Ramos.

Le général de la police Hipolito Herrera a attribué l'attentat aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-guérilla marxiste).»Tout indique que ce sont les FARC», a-t-il affirmé.

Les autorités de Cali ont offert 100 millions de pesos (45.000 dollars) à toute personne susceptible de fournir des informations sur les auteurs de l'attentat.

Le maire a convoqué lundi matin une réunion du conseil de sécurité avec les commandants de la police et de l'armée.

Récemment le ministre de la Défense Juan Manuel Santos avait déclaré que le département du Valle del Cauca, dont Cali est la capitale, était devenu un objectif stratégique de la guérilla.



http://www.cyberpresse.ca/article/20070 ... 14/CPMONDE

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Le maire de Bogota contacte l'ELN pour soutenir un dialogue de paix

08/04/2007 - ADN Mundo, Terra España


Avec l'autorisatin du président Álvaro Uribe, le maire de Bogota a établi des contacts avec le Bureau Central de Commandement de l'Armée de Libération Nationale (ELN), pour apporter son soutien aux dialogues de paix qui se tiennent à la demande du gouvernement cubain.

Le maire de Boota, Luis Eduardo Garzon, qui a prévu de se rendre au Brésil pour une réunion avec le président Luiz Inacio Lula da Silva, a indiqué qu'il existerait une possibilité de créer "une maison de paix qui permettrait de dynamiser le processus" entre le Gouvernement et l'ELN, mais a conditionné sa proposition à la conclusion d'un accord humanitaire consistant en une cessation des hostilités, y compris la fin des kidnappings et un accord sur les conditions de la négociation.

L'ELN a demandé au Gouvernement d'entamer la négociation avec un agenda qui spécifie les sujets à traiter, mais le gouvernement veut arriver d'abord à un Accord de base qui aurait comme point principal la cessation des hostilités.

Garzon a fait un appel au Gouvernement pour qu'il cesse de considérer l'ELN comme "une guérilla mise en échec" et il a demandé à l'organisation insurgée de profiter de l'occasion afin de rechercher les bases de "réformes de fond".

Il a déclaré qu'il ne voyait pas à court terme de possibilité d'un processus de paix éventuel avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), la plus grande guérilla du pays, tant que celle-ci maintiendrait sa volonté de prendre le pouvoir par la voie des armes.

Prochain jeudi l'ELN et les délégués du gouvernement colombien entameront une nouvelle série de dialogues, dont on espère qu'ils amèneront à entamer des négociations de paix. Ce sera la sixième réunion entre les deux parties.


http://www.betancourt.info/indexFr.htm
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LeKevin
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Message par LeKevin »

J'écris le 100ième message du topic, c'est la classe.


8)




Mwa.
Tha_moumou et Peps a écrit :Plus ça va et plus je te trouve sympa, mon kevinounet.
Milou ! a écrit : :lol: :lol: :lol: Moi j'aime bien Le Kevin 8)
deyssambre a écrit :Je t'aime Lekevin, et ton cousin aussi.
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Message par SVPat »

LeKevin a écrit :J'écris le 100ième message du topic, c'est la classe.


8)




Mwa.
Il y a 1872 jours... qu'Ingrid et Clara sont Dans la Jungle !
C''est moche !
SVPat
:twisted:
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Je préfère manger une pomme de terre debout qu'un steak à genoux !
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LeKevin
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Message par LeKevin »

Ouai je sais...

:cry:


Enfait c'est moche d'avoir écrit le 100ième message :cry:






Mwa.
Tha_moumou et Peps a écrit :Plus ça va et plus je te trouve sympa, mon kevinounet.
Milou ! a écrit : :lol: :lol: :lol: Moi j'aime bien Le Kevin 8)
deyssambre a écrit :Je t'aime Lekevin, et ton cousin aussi.
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SVPat
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Message par SVPat »

LeKevin a écrit :Ouai je sais...

:cry:


Enfait c'est moche d'avoir écrit le 100ième message :cry:


Mwa.

En fait, c'est La Classe de reconnaître ses erreurs ! :lol:
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LeKevin
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Message par LeKevin »

C'est sûr... mais j'aurais préféré réfléchir avant de poster...







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Tha_moumou et Peps a écrit :Plus ça va et plus je te trouve sympa, mon kevinounet.
Milou ! a écrit : :lol: :lol: :lol: Moi j'aime bien Le Kevin 8)
deyssambre a écrit :Je t'aime Lekevin, et ton cousin aussi.
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