Oser la scène avec une voix pareille, il n’y a que Renaud pour avoir ce culot. Et du culot qui dérange, on en a besoin. Le réussir en plus ce concert?! Un sacré talent. © photo thierry sallaud
20 h 20, il est là. Et c’est le choc, à cause de sa voix. Tu le savais, mais à ce point. Elle poigne le cœur cette voix en miettes, voix d’outre-tombe – osons le dire – et aux propos inaudibles. Elle donne la mesure de la souffrance endurée. Ce type-là revient de loin.
Renaud aux Présidentielles ?
Alors pour suivre les chansons, t’as intérêt à connaître les paroles. Mais bon, si t’es là, forcément, c’est le cas. Alors, ça va. Et tu chantes avec lui dans ta tête, avec lui et pour lui, et pour toi. Bientôt, tu chantes pas seulement dans ta tête. T’es venu pour ça.
Il chante, tu chantes, chansons d’hier et d’aujourd’hui, Toujours debout, Les Aventures de Gérard Lambert , Dans mon HLM , C’est pas l’homme qui prend la mer, J’ai embrassé un flic , etc. Allez, tu ne vas pas les rechanter maintenant. Tout le monde les connaît. Et puis, deux heures trente de spectacle Le bougre annonce au début qu’il va tout donner, même s’il lui reste peu à donner. Deux heures trente La renaissance des cendres, ça ne marche pas si mal, au point de s’autoriser une petite clope, sifflée par le public. Il ne veut que son bien.
Retour à l’ambiance, de plus en plus partie, barrée. Les têtes et les corps balancent doucement. La nostalgie monte à la gorge. Il chante, avec ou sans guitare, accompagné par ses excellents musiciens. Il chante et il parle, de sa voix de zombie qui s’améliore à mesure qu’il chante et qu’elle s’échauffe et lui aussi. Il finit par tomber le cuir et montrer ses tatouages, parler de ses tatouages. Il chante et réfléchit tout haut. Et s’il se présentait aux présidentielles ? La salle l’encourage. Il doute mais, quelque part, il jubile. « Je pense que je leur mettrais bien profond », conclut-il. 64 ans, on ne le changera pas, toujours aussi provoc’. Et le public adore.
Populaire, universel
C’est bientôt la fin. 22 h, il lâche Morgane de toi, 22 h 30, il en est à Mistral Gagnant. Puis vient La vie est moche et c’est trop court, chanson récente et sublime. Du grand Renaud, une chanson qui parle de lui, de sa vieillesse qui commence, de la fin qui approche. Il parle de toi, de ta vie, de ta mort, de lui, de toi, de tous. Parlant ainsi, il sort les petites vies de leur anonymat, de leur silence, voix des sans voix, ce chanteur populaire Le public est ému, mélancolique, étourdi de chansons faussement légères, profondes. Il le rappelle.
22 h 35, ok, encore quelques chansons, 500 connards sur la ligne de départ, Germaine, ambiance bal à papa. Fin ? Encore des rappels. Alors, ok, c’est parti pour une demi-heure de medley. Le public est aux anges.
Ah oui, aussi, tu peux parler du décor, des vidéos, somptueuses par moments, ridicules à d’autres. Tu retiens les somptueuses. De toute façon, il n’en avait pas besoin. Tel qu’il est aujourd’hui, un récital, c’était tout aussi bien. Et tu l’as eu ton récital, malgré les 5.999 personnes autour, récital intimiste à entrer dans sa vie, dans ta vie, par sa drôle de voix, sa musique. Et les 6.000, touchés, chantent et l’applaudissent debout, comme lui car, c’est sûr, Renaud est carrément debout.
7 avril. Renaud, au Zénith, 20 h
Muriel Mingau