Parlez-vous le Renaud ?
Auteur Méziane Hammadi
Editeur Le Bord De L’eau Eds
Date de parution octobre 2006
Extrait du livre :
À onze ans, j’ai fondé un journal à l’école Jean Jaurès au Bourget. Il s’intitulait Tu parles ! et avait la prétention de traiter de l’actualité politique et culturelle. Il a eu une durée de vie éphémère : quelques numéros. Dans le numéro 1, daté de novembre 1988, on trouve un papier sur Renaud ! Je l’ai redécouvert récemment en fouillant mes archives. C’était la première fois que je parlais de lui ! Je le retranscris tel quel avec fautes de girafes : «Et voila, voici une rubrique qui illustrera chaque mois la vie d’un chanteur. Ce mois-ci c’est Renaud qu’on surnomme “la chetron sauvage”. L’homme au 12 succès ne s’arrête devant rien. On peut le retrouver au Zénith. Grâce à “Tu parles !” ses origines vous sont dévoilées.»
Je ne me doutais pas alors que quatorze ans plus tard, j’écrirais mon premier livre sur le chanteur de «Adieu l’enfance».
La musique, en dehors du fait qu’elle serve de bande-son à nos vies, sert, comme chacun sait mais l’oublie parfois, de langage universel. Quand Renaud discute de politique avec son ami Johnny Clegg, il écrit : «Jonathan, prête-moi ta guitare que je t’explique.»
Le langage de Renaud est particulier. C’est un mélange de poésie, d’argot et de gros mots, langue non pas des avenues, mais des venelles. Renaud est connu aussi pour être LE chanteur qui dit des gros mots.
Renaud a très bien compris ce qu’explicite ici l’écrivain Stephen King (qu’il affectionne particulièrement) dans son livre Écriture. Mémoires d’un métier (Albin Michel) : «L’un des mauvais coups que vous pouvez porter au texte que vous écrivez serait d’en châtier le vocabulaire en cherchant à y introduire des mots longs parce que vous auriez honte des petits mots courants que vous employez. Autant habiller votre chien ou votre chat en tenue de soirée. […] N’oubliez jamais que la première règle, en matière de vocabulaire, est d’utiliser le premier mot qui vous vient à l’esprit.» Ainsi, pour ne pas s’attirer les foudres des gens qui pensent correctement, Renaud aurait dit à la place de : «Il veut s’arracher au Niger bosser pour Médecins sans frontières, «Il veut s’en aller au Niger travailler pour Médecins sans frontières…»
L’argot peut être une sorte de code maîtrisé par un groupe de personnes, manière de se cacher des autres. Et pour pénétrer dans leur monde, il en faut les clefs. L’argot n’est pas non plus un langage conservateur. Il évolue avec le temps et se laisse séduire par toutes les modifications… Le langage de la rue finit un jour par rejoindre les pages du dictionnaire.
Renaud a, lui aussi, sa place dans les dictionnaires. Dans le Hachette, on dit de lui : «Auteur-compositeur et chanteur français, auteur de chansons à la fois tendres et critiques.»
Dans le Larousse : «Chanteur et auteur-compositeur français. Héritier de la tradition réaliste, à laquelle il apporte une touche de folk et de rock, il exprime, dans un langage mêlé d’argot et de verlan («Laisse béton», «Marche à l’ombre»), sa tendresse et sa révolte («Morgane de toi», «Boucan d’enfer»).» La définition du Larousse est incorrecte quand elle évoque le «langage mêlé d’argot et de verlan», car le verlan n’est qu’une des nombreuses composantes de l’argot.
Extrait de l’avant-propos