﻿{"id":265,"date":"2016-09-28T15:38:29","date_gmt":"2016-09-28T13:38:29","guid":{"rendered":"http:\/\/sharedsite.com\/hlm-de-renaud\/wordpress\/?page_id=265"},"modified":"2016-09-30T15:38:11","modified_gmt":"2016-09-30T13:38:11","slug":"putain-de-camion-1988","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/sharedsite.com\/hlm-de-renaud\/wordpress\/putain-de-camion-1988\/","title":{"rendered":"Putain de camion (1988)"},"content":{"rendered":"<p>Album \u00e0 part dans la carri\u00e8re de Renaud, &#8220;Putain de camion&#8221; se trouve pris en sandwich entre le triptyque &#8220;Retour de G. Lambert, Morgane de toi, Mistral Gagnant&#8221; et ce qui s&#8217;annonce comme un triptyque &#8220;Unplugged&#8221; de l&#8217;artiste (Marchand de Cailloux, A la Belle de Mai et ???).. L&#8217;album nous est livr\u00e9 comme un faire-part. Coluche, avec qui Renaud \u00e9tait li\u00e9, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 deux ans auparavant en ne pouvant \u00e9viter un camion avec sa moto. Le titre de l&#8217;album \u00e9tait ainsi tout trouv\u00e9. Toutefois, l&#8217;album n&#8217;est pas explicitement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Coluche, mais \u00e0 ses deux fils: Marius et Romain. Musicalement, une chose frappe tout de suite l&#8217;oreille quand elle \u00e9coute l&#8217;album: la musique est assez artificielle. Nous ne sommes pas encore au niveau extr\u00eame, aussi appel\u00e9 &#8220;Depeche-Mode&#8221;, mais nous nous en rapprochons. Exit donc les musiciens am\u00e9ricains, place aux synth\u00e9tiseurs et autres bo\u00eetes \u00e0 rythmes (pour des raisons financi\u00e8res et de mode, sans doutes). Cet album a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 voulu &#8216;sans recours aux m\u00e9dias pour sa promotion&#8217; et ce choix s&#8217;est ressenti dans les ventes. Il reste de tout cela un album que l&#8217;on pourrait qualifier de &#8220;bon&#8221;, mais qui marque un b\u00e9mol par rapport \u00e0 l&#8217;album pr\u00e9c\u00e9dent. La fin d&#8217;une \u00e9poque sans doutes.<\/p>\n<p>1. <b>Jonathan<\/b><\/p>\n<p>Je me rappelle d&#8217;une \u00e9mission, un samedi soir, je pense qu&#8217;il s&#8217;agissait des &#8220;Enfants du rock&#8221; sur &#8220;Antenne 2&#8221;. On y voyait un Renaud visiter l&#8217;Afrique du sud avec, pour guide, un chanteur blanc aux cheveux boucl\u00e9s. On y voyait toutes les injustices du pays et la mis\u00e8re d\u00e9bordait de partout. &#8220;Jonathan&#8221; en est vraisemblablement une cons\u00e9quence. En effet, le chanteur blanc dont je parlais ci-dessus, et \u00e0 qui la chanson est d\u00e9di\u00e9e, s&#8217;appelle &#8220;Jonathan Clegg&#8221; alias &#8220;Johnny Clegg&#8221;. Jonathan Clegg se voulait &#8220;d\u00e9lateur des injustices sud-africaines&#8221;, ce qui en faisait le pendant de Renaud pour cette partie du monde. La chanson nous accueille donc avec un chant zoulou familier \u00e0 Johnny Clegg. Tr\u00e8s vite cependant, une rythmique bien plus europ\u00e9enne prend le dessus pour ne plus le l\u00e2cher. Les paroles sont alors l&#8217;occasion pour Renaud de justifier sa r\u00e9putation de chanteur engag\u00e9 en tirant \u00e0 boulets rouges sur ce bas monde. Le chanteur \u00e9vite n\u00e9anmoins la faiblesse des attaques gratuites. Ses d\u00e9nonciations sont pr\u00e9cises et sans \u00e9quivoques. La musique est un peu le faible de la chanson. La m\u00e9lodie n&#8217;est pas tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 chanter, car peu &#8220;fluide&#8221;, form\u00e9e d&#8217;une succession de double syllabes. Seul un passage que l&#8217;on pourrait consid\u00e9rer comme refrain, avec des chants zoulou en contre-chants, se d\u00e9tache du reste. Quant \u00e0 l&#8217;orchestration, je la trouve un peu creuse, la faute sans doutes \u00e0 l&#8217;ambiance \u00e9lectronique. En concert, Jonathan n&#8217;a jamais d\u00e9pass\u00e9 le stade du concert de promotion \u00e0 l&#8217;album, mais la chanson m\u00e9rite n\u00e9anmoins l&#8217;\u00e9coute, ne serait-ce que pour son contexte.<\/p>\n<p>2. <b>Il pleut<\/b><\/p>\n<p>C&#8217;est une chanson que l&#8217;on peut qualifier d&#8217;adorable. Lolita a grandi depuis le bac \u00e0 sable de &#8216;Morgane de toi&#8217; et les premi\u00e8res ballades de &#8216;Mistral Gagnant&#8217;. Son caract\u00e8re s&#8217;affirme. Cela permet \u00e0 Renaud de nous livrer une nouvelle page de sa vie de p\u00e8re: les premi\u00e8res disputes parents\/enfants. La musique, d\u00e9pouill\u00e9e mais l\u00e9g\u00e8re, douce, agr\u00e9able, retranscrit merveilleusement bien la col\u00e8re tendre qui pr\u00e9vaut en ce genre de circonstances. Les paroles sont, cette fois, un peu en retrait et donnent parfois l&#8217;impression d&#8217;avoir \u00e0 faire \u00e0 un remake de &#8216;Mistral Gagnant&#8217; o\u00f9 la mayonnaise n&#8217;aurait pas pris. La chanson d\u00e9gage cependant une tendresse communicative et il n&#8217;est pas \u00e9tonnant de la retrouver encore aujourd&#8217;hui dans les concerts de l&#8217;artiste, reprise en choeur par le public qui l&#8217;a d\u00e9finitivement adopt\u00e9e. A appr\u00e9cier donc.<\/p>\n<p>3. <b>La m\u00e8re \u00e0 Titi<\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la chanson adorable, voici la chanson sympathique, dans le plus pur sens du terme (je n&#8217;appr\u00e9cie gu\u00e8re l&#8217;utilisation du terme &#8216;sympa&#8217; \u00e0 toutes les sauces (il n&#8217;est malheureusement pas rare d&#8217;entendre &#8220;ce scooter est sympa&#8221;, &#8220;ce salon est sympa&#8221;, &#8220;ce film est sympa&#8221;&#8230; quelle horreur)). Comme souvent, nous avons droit \u00e0 une chanson difficilement envisageable dans le r\u00e9pertoire de certains autres chanteurs: la description de l&#8217;int\u00e9rieur de la maison de la m\u00e8re d&#8217;un ami (ici, Jean-Pierre Buccolo (musicien et ami de Renaud), alias &#8220;Titi&#8221;). Ce sont des accords l\u00e9gers et frais qui nous accueillent pour laisser la place aux paroles dans les couplets. Le talent narratif de Renaud, d\u00e9j\u00e0 maintes fois appr\u00e9ci\u00e9, prend ici toute son envergure et c&#8217;est une description ultra pr\u00e9cise de l&#8217;int\u00e9rieur qui nous est livr\u00e9e sur 3 couplets. Evidemment, on pourra reprocher aux paroles d&#8217;\u00eatre un peu &#8220;ras des p\u00e2querettes&#8221;, mais quelques superbes trouvailles \u00e9maillent le texte (je trouve magnifique de synth\u00e8se et de puissance, par exemple, le passage &#8220;y&#8217;a une belle corrida, sur un moche \u00e9ventail&#8221;). Je trouve seulement dommage, car il faut bien \u00eatre objectif, d&#8217;avoir l&#8217;impression que le milieu presque claustrophobe du contenu des paroles amenuise un peu l&#8217;ambition de la m\u00e9lodie. Il reste de tout cela une magnifique chanson qu&#8217;il vous faut absolument apprendre si vous d\u00e9sirez accompagner les fans lors des concerts.<\/p>\n<p>4. <b>Triviale poursuite<\/b><\/p>\n<p>Quel contraste par rapport \u00e0 la chanson pr\u00e9c\u00e9dente, quel contraste ! Nous quittons l&#8217;insouciance de l&#8217;amiti\u00e9 pour nous retrouver en pr\u00e9sence ici d&#8217;une chanson qui semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crite en pleine crise de d\u00e9prime profonde. C&#8217;est un v\u00e9ritable &#8220;hexagone mondial&#8221; o\u00f9 le pessimisme l&#8217;emporte sur la simple d\u00e9nonciation. J&#8217;ai parfois l&#8217;impression que &#8216;Triviale Poursuite&#8221; est \u00e0 Renaud ce que &#8220;Tintin au Tibet&#8221; a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Herg\u00e9. Une musique lente (la chanson semble d&#8217;ailleurs interminable, m\u00eame si elle renferme moins de paroles que la pr\u00e9c\u00e9dente), violente, volontairement d\u00e9sagr\u00e9able (le fond rejoint la forme (tiens, cela faisait longtemps)), permet \u00e0 Renaud de nous ass\u00e9ner des paroles d&#8217;un froid impressionnant. L&#8217;engament bat sont plein. L&#8217;ensemble est b\u00e2tit sous forme d&#8217;un ensemble de questions auxquelles Renaud ne peut apporter de r\u00e9ponses. Les attaques sont pr\u00e9cises, comme pour la premi\u00e8re chanson de l&#8217;album (le succ\u00e8s permet ces pouss\u00e9es de confiance). Pour le reste, les paroles ne se pr\u00eatent pas \u00e0 de la haute voltige styllistique mais le mauvais jeu de mot du titre est fort heureusement rattrap\u00e9 par celui, beaucoup plus subtil et travaill\u00e9 du refrain. Remarquons enfin que cette chanson n&#8217;a pas rencontr\u00e9 un \u00e9norme succ\u00e8s en concerts mais semblait d\u00e8s sa conception destin\u00e9e au confort de l&#8217;album.<\/p>\n<p>5. <b>Me jette pas<\/b><\/p>\n<p>L&#8217;exemple type du d\u00e9s\u00e9quilibre fond\/forme auquel j&#8217;attache tant d&#8217;importance. Parlons d&#8217;abord du fond: un homme (Renaud?) vient demander pardon \u00e0 sa compagne pour une &#8220;clintonnerie&#8221; et la supplie de ne pas partir. Quelle ambiance peut d\u00e9crire au mieux cette situation ? Selon moi, une ambiance &#8220;petit gar\u00e7on qui vient de faire une grosse b\u00eatise et qui regrette tr\u00e8s tr\u00e8s fort&#8221;. Un m\u00e9lange piano\/violon, ou simplement piano, sobre, mineur, semblait in\u00e9vitable. Si on passe \u00e0 la forme, on constate que nous recevons plut\u00f4t des fl\u00fbtes de pans synth\u00e9tiques et un rythme relativement rapide, lointain cousin de la bossa nova. Sur la fin, l&#8217;accord\u00e9on vient m\u00eame ajouter un contre-chant l\u00e9ger, presque optimiste. En clair, les paroles font &#8220;pardonne-moi&#8221;, la forme fait &#8220;je ne regrette rien, c&#8217;est comme \u00e7a et puis c&#8217;est tout&#8221;. C&#8217;est un peu comme si, \u00e0 la fin de l&#8217;album, il \u00e9tait rest\u00e9 une musique sans paroles et des paroles sans musique. On est alors en droit de s&#8217;attendre au pire au sujet de la chanson&#8230;et pourtant, elle tourne ! Je pense que cela est d\u00fb au myst\u00e8re &#8220;est-ce Renaud&#8221; ainsi qu&#8217;aux agr\u00e9ables sensations que d\u00e9gage la m\u00e9lodie. Les meilleurs \u00e9l\u00e9ments des deux aspects (fond et forme) s&#8217;entraident plus qu&#8217;ils ne fusionnent, mais l&#8217;ensemble se laisse \u00e9couter. Peut-\u00eatre l&#8217;aspect d\u00e9dramatisation fait-il du bien apr\u00e8s &#8220;Triviale Poursuite&#8221; ? Toujours est-il que cette chanson, pour tous les points cit\u00e9s ci-dessus, m\u00e9rite au moins le d\u00e9tour curieux !<\/p>\n<p>6. <b>Rouge-Gorge<\/b><\/p>\n<p>Une des meilleures chansons de l&#8217;album. Comme quoi il n&#8217;est pas toujours n\u00e9cessaire de faire compliqu\u00e9 pour r\u00e9ussir une oeuvre. Le vieux couple Herv\u00e9 Lavandier \/ Jean-Louis Roques se reforme ici, comme au bon vieux temps du &#8220;Retour de la Chetron Sauvage&#8221;. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, cette chanson marque un v\u00e9ritable retour aux sources pour Renaud et semble faire \u00e9cho \u00e0 la ligne directrice qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait fix\u00e9e au d\u00e9but de sa carri\u00e8re. A travers un hommage au photographe Doisneau qui a si bien su immortalis\u00e9 la &#8220;ville lumi\u00e8re&#8221;, c&#8217;est l&#8217;amour envers sa ville qui souffre sous les coups de boutoir de la modernisation que Renaud exprime. L&#8217;ambiance musicale rend formidablement bien l&#8217;ambiance &#8220;chanteur de march\u00e9 de bord de Seine le dimanche matin&#8221; tout en ajoutant la m\u00e9lancolie et le dramatique de la situation. Du fort bel ouvrage. Les paroles sont l\u00e9g\u00e8rement en retrait car un peu communes. Cependant, la richesse de la narration donnera peut \u00eatre valeur d&#8217;archive \u00e0 la chanson. Cette oeuvre n&#8217;a pas ou peu \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e en concert. Je pense que ce n&#8217;\u00e9tait pas son but, son ambition n&#8217;\u00e9tait pas suffisante. Il n&#8217;emp\u00eache que je prends \u00e0 chaque fois le m\u00eame plaisir \u00e0 l&#8217;\u00e9couter.<\/p>\n<p>7. <b>Allong\u00e9s sous les vagues<\/b><\/p>\n<p>Comme dit plus haut; lors de la sortie du pr\u00e9sent album, Renaud n&#8217;a pas souhait\u00e9 faire de promotion via m\u00e9dias interpos\u00e9s. Je ne pense pas qu&#8217;il y ait un motif simple et unique \u00e0 cet \u00e9tat des choses. Un fait est certain cependant: Renaud ne portait pas les m\u00e9dias populaires ou populistes dans son coeur. &#8220;Allong\u00e9s sous les vagues&#8221; est en effet une furieuse critique du syst\u00e8me qui a permis \u00e0 des raclures de partitions et des chanteurs de salles de bains de partir \u00e0 la conqu\u00eate du sacro-saint TOP50, v\u00e9ritable carotte devant le troupeau des \u00e2nes musicaux. Que seraient devenus les &#8220;D\u00e9but de soir\u00e9e&#8221;, &#8220;Elli M\u00e9deiros&#8221; et autres &#8220;Desireless&#8221; sans le matraquage m\u00e9diatique dont fut l&#8217;objet le public lors de la sortie de chacune de leurs oeuvres ? Depuis, d&#8217;autres chanteurs ont \u00e9galement d\u00e9cri\u00e9 cet \u00e9tat des choses. Je pense en particulier \u00e0 Souchon et sa &#8220;Foule Sentimentale&#8221;. Il n&#8217;emp\u00eache que nous sommes ici en pr\u00e9sence d&#8217;une magnifique caricature. De la musique passe-partout et tr\u00e8s synth\u00e9tique aux paroles qui ne volent pas plus haut que les hirondelles avant l&#8217;orage, Renaud nous b\u00e2tit une histoire invraisemblable mais qu&#8217;il justifie \u00e0 la fin de chaque refrain en expliquant que c&#8217;est la meilleure fa\u00e7on d&#8217;avoir du succ\u00e8s. La fin de la chanson est structur\u00e9e sur un interminable ad-lib qui permet \u00e0 Renaud d&#8217;imaginer un improbable dialogue entre lui et son producteur afin de trouver des solutions pour augmenter encore un peu plus les chances de succ\u00e8s. Que penser de tout cela ? M\u00eame si je partage l&#8217;avis global de la chanson, une attaque trop violente sur un sujet donn\u00e9 a parfois l&#8217;effet oppos\u00e9 \u00e0 celui souhait\u00e9 et cette chanson est \u00e0 la limite de ce danger. Cependant, elle semble rester du bon c\u00f4t\u00e9 et atteindre son but, ou, du moins, amuser l&#8217;auditeur. En concert, je ne pense pas que cette chanson ait \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e une seule fois, mais elle serait vraiment mal pass\u00e9e. Le r\u00e9pertoire de Renaud \u00e9tait \u00e9galement devenu assez \u00e9toff\u00e9 pour pouvoir affiner le choix des oeuvres. Il n&#8217;emp\u00eache que cette chanson vaut au moins la d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>8. <b>Cent ans<\/b><\/p>\n<p>Difficile de classer cette oeuvre. C&#8217;est une chanson agr\u00e9able \u00e0 \u00e9couter, qui manque peut-\u00eatre un peu d&#8217;ambition mais qui a le m\u00e9rite de l&#8217;originalit\u00e9. Renaud s&#8217;y imagine vieux et critiquant le monde qui l&#8217;entoure. La musique, d&#8217;inspiration &#8220;orgue de barbarie&#8221; aide merveilleusement l&#8217;auditeur \u00e0 plonger dans la chanson. Car c&#8217;est l\u00e0 la force de l&#8217;oeuvre: c&#8217;est une des chansons qui permettent le mieux \u00e0 l&#8217;esprit d&#8217;imaginer la sc\u00e8ne qu&#8217;il entend. La narration est parfaite, l\u00e9g\u00e8re, les mots tombent juste, la musique colle aux sentiments. La meilleure chanson de l&#8217;album alors ? Je ne pense pas. Comme je l&#8217;ai dit, les paroles sont un peu trop conventionnelles dans leur fond et l&#8217;engagement semble \u00eatre devenu une n\u00e9cessit\u00e9, pour ne pas dire une fatalit\u00e9. Cette chanson a toutefois re\u00e7u l&#8217;extraordinaire honneur d&#8217;introduire les concerts de la tourn\u00e9e &#8220;Visage p\u00e2le rencontrer public&#8221;. Et m\u00eame si, depuis, elle a disparu des planches de concerts, on ne se lasse pas de refaire la sc\u00e8ne propos\u00e9e une \u00e9ni\u00e8me fois dans sa t\u00eate&#8230;<\/p>\n<p>9. <b>Socialiste<\/b><\/p>\n<p>Un pr\u00e9-r\u00e9glement de compte ? Quelques ann\u00e9es avant l&#8217;album &#8220;Marchand de cailloux&#8221; et ses chansons acides envers le socialisme, Renaud semble ici lancer un avertissement au monde politique de gauche en cette ann\u00e9e 88 d&#8217;\u00e9lections pr\u00e9sidentielles. On sent derri\u00e8res les paroles de cette chanson un homme d\u00e9\u00e7u \u00e0 60 % des espoirs qu&#8217;il avait plac\u00e9s, comme de nombreux autres, dans une certaine conception de la politique. La chanson, en forme d&#8217;aventurette rose bonbon, n&#8217;est que le pr\u00e9texte \u00e0 une s\u00e9rie impressionnante de pincettes, certaines beaucoup plus subtiles que les autres. La musique d\u00e9route un peu. Elle semble avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour \u00eatre chant\u00e9e par les scouts au coin du feu de bois, ou en improvisation de paroles au &#8220;Club Med'&#8221;. Le rythme assez rapide rend l&#8217;ensemble moins blessant qu&#8217;il aurait pu \u00eatre, car le c\u00f4t\u00e9 s\u00e9rieux de l&#8217;oeuvre s&#8217;en trouve att\u00e9nu\u00e9. Les paroles renforcent d&#8217;ailleurs cette impression sans doutes entretenue volontairement. Renaud a acquis l&#8217;exp\u00e9rience qui lui permet de jouer pr\u00e9cis\u00e9ment avec les sentiments. En concert, cette chanson passe assez bien et parvient m\u00eame \u00e0 faire oublier son message profond. Une r\u00e9ussite donc.<\/p>\n<p>10. <b>Petite<\/b><\/p>\n<p>V\u00e9ritable hommage \u00e0 son public \u00e0 travers la simple description d&#8217;une jeune admiratrice, &#8220;Petite&#8221; est une chanson int\u00e9ressante \u00e0 plus d&#8217;un point. Bien loin du simple &#8220;je vous aime&#8221;, Renaud joue sur l&#8217;identification \u00e0 la personne qui elle m\u00eame s&#8217;identifie \u00e0 lui. Ainsi, toutes ses valeurs ressortent \u00e0 travers cette &#8220;Petite&#8221; qui partage avec lui ses souffrances et ses peines. Le message est puissant, clair, et pourtant il y a peu de paroles. Au niveau du fond, certaines allusions sobres et myst\u00e9rieuses semblent r\u00e9server cette chanson aux vrais fans, \u00e0 ceux qui la m\u00e9ritent, aux seuls qui peuvent la comprendre. Au niveau de l&#8217;imagerie, la narration fait encore une fois merveille et l&#8217;esprit n&#8217;a aucun mal \u00e0 se repr\u00e9senter cette &#8220;Petite&#8221;, perdue au milieu de la foule d&#8217;un concert. On pourra toujours reprocher \u00e0 la musique d&#8217;\u00eatre in\u00e9gale, passant des couplets hach\u00e9s aux refrains m\u00e9lodieux, mais c&#8217;est un d\u00e9tail. Cependant, comme pour beaucoup d&#8217;autres chansons de l&#8217;album, celle-ci semble avoir du mal \u00e0 trouver le juste milieu entre l&#8217;ambition et la r\u00e9serve et cela se ressent un peu. Qu&#8217;il est difficile de vouloir flatter sinc\u00e8rement&#8230;<\/p>\n<p>11. <b>Chanson d\u00e9gueulasse<\/b><\/p>\n<p>Le titre est \u00e0 lui seul tout un programme. J&#8217;ai l&#8217;impression, en \u00e9coutant cette chanson, d&#8217;entendre Guy Montagn\u00e9 raconter une blague. A partir de l&#8217;archi-classique du fou qui veut repeindre son plafond, il va vous tirer 5 minutes de sketch \u00e0 grands renforts de bruits, d\u00e9tails, mise en sc\u00e8ne et insistances. Ici, m\u00eame principe pour 4&#8217;41 de chanson. Ajoutez \u00e0 cela que Jean-Louis Roques ne signe pas la plus extraordinaire des partitions musicales, l&#8217;ensemble faisant un peu &#8220;que peux-tu faire avec ceci?&#8221;. Finalement, on ne rit qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9. Bref, vous comprendrez que je pr\u00e9f\u00e8re passer directement \u00e0 la derni\u00e8re chanson.<\/p>\n<p>12. <b>Putain de camion<\/b><\/p>\n<p>La voil\u00e0 enfin, la chanson qui a donn\u00e9 son titre \u00e0 l&#8217;album. Pas d&#8217;\u00e9quivoque possible, Renaud rend ici hommage \u00e0 Coluche, disparu deux ans auparavant dans un accident de moto. Le style est sobre, lent, propre. La col\u00e8re grogne longtemps entre les dents pour finir par une tristesse plus sensible. La musique n&#8217;est pas en reste et accompagne les paroles tout au long de la chanson en de subtiles modifications qui font \u00e9voluer les sentiments comme les paroles le d\u00e9sirent. On peut toutefois remarquer que l&#8217;hommage en lui-m\u00eame est bref et discret, la plus grosse partie de la chanson \u00e9tant bas\u00e9e sur le reproche et l&#8217;amertume. La chanson semble ainsi avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crite d&#8217;un jet, sur un coup de t\u00eate. En concert, cette chanson n&#8217;a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e que sur le concert de promotion de l&#8217;album. L&#8217;hommage rendu, elle est retourn\u00e9e dans l&#8217;album.<\/p>\n<p>C&#8217;est sur une reprise &#8220;ad-lib&#8221; de la musique de fin de la derni\u00e8re chanson que nous quittons cet album. Un l\u00e9ger go\u00fbt de trop peu, de pr\u00e9cipit\u00e9 et d&#8217;inachev\u00e9 reste dans la bouche et les oreilles. Renaud semble avoir r\u00e9ussi l&#8217;exploit de r\u00e9aliser un album qui critique l&#8217;aspect commercial de la musique mais lui-m\u00eame commercial. En fait, cet album semble avoir \u00e9t\u00e9 sorti un peu trop t\u00f4t, dans un pur souci \u00e9conomique, mais il n&#8217;a pas fait l&#8217;objet d&#8217;une promotion acharn\u00e9e&#8230; C&#8217;est en fait tout le dilemme de cet album: il manque d&#8217;une personnalit\u00e9 forte et de coh\u00e9rence, perdu \u00e0 la fronti\u00e8re entre deux p\u00e9riodes musicales de l&#8217;artiste et ne faisant partie ni de l&#8217;une, ni de l&#8217;autre. C&#8217;est cependant un album plus facile \u00e0 appr\u00e9cier pour un fan r\u00e9cent que les premiers albums du chanteur et je ne pourrai que conseiller son \u00e9coute: certaines chansons sont en effet un vrai plaisir \u00e0 \u00e9couter. Renaud va maintenant prendre son temps avant de nous sortir son nouvel album et quelque chose me dit qu&#8217;une r\u00e9volution est en marche&#8230; \u00e0 bient\u00f4t.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Album \u00e0 part dans la carri\u00e8re de Renaud, &#8220;Putain de camion&#8221; se trouve pris en sandwich entre le triptyque &#8220;Retour de G. Lambert, Morgane de toi, Mistral Gagnant&#8221; et ce qui s&#8217;annonce comme un triptyque &#8220;Unplugged&#8221; de l&#8217;artiste (Marchand de Cailloux, A la Belle de Mai et ???).. 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