﻿{"id":267,"date":"2016-09-28T15:39:06","date_gmt":"2016-09-28T13:39:06","guid":{"rendered":"http:\/\/sharedsite.com\/hlm-de-renaud\/wordpress\/?page_id=267"},"modified":"2016-09-30T15:37:51","modified_gmt":"2016-09-30T13:37:51","slug":"marchand-de-cailloux-1991","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/sharedsite.com\/hlm-de-renaud\/wordpress\/marchand-de-cailloux-1991\/","title":{"rendered":"Marchand de cailloux (1991)"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;intervalle entre chaque album augmente, ce qui est un ph\u00e9nom\u00e8ne normal d&#8217;usure. Il suffit de penser \u00e0 Herg\u00e9 et ses &#8220;Aventures de Tintin&#8221;(r)(tm)(c) pour s&#8217;en convaincre. Mais bien plus qu&#8217;un gros intervalle temporel, c&#8217;est un \u00e9norme intervalle stylistique qui s\u00e9pare &#8220;Marchand de cailloux&#8221; de &#8220;Putain de camion&#8221;. Autant &#8220;Putain de camion&#8221; donnait dans le synth\u00e9tique \u00e0 outrance, sauce fran\u00e7aise en prime, autant cet album tente de taper du coude les oeuvres &#8220;unplugged&#8221; d&#8217;autres artistes. Le tout, sous l&#8217;inattendu couvert d&#8217;une sauce anglaise (ou plut\u00f4t, irlandaise) et d&#8217;un incroyable professionnalisme musical qui fait malheureusement parfois transpara\u00eetre que les faiblesses sont \u00e0 chercher plus du c\u00f4t\u00e9 de la composition que de l&#8217;interpr\u00e9tation. Je ne pense pas me tromper en affirmant que de nombreux fans ont d\u00fb ressentir une surprise \u00e9norme \u00e0 la premi\u00e8re audition de l&#8217;album. Doit-on y voir l&#8217;influence de Virgin apr\u00e8s le relatif \u00e9chec de l&#8217;album pr\u00e9c\u00e9dent ? Toujours est-il que c&#8217;est un superbe album qui nous est livr\u00e9 ici, un v\u00e9ritable second souffle bienvenu! Le besoin d&#8217;offrir de la qualit\u00e9 se fait sentir jusque dans la pr\u00e9sentation du CD qui devient enfin LE support incontournable. Enfin, pour se replacer dans le contexte historique, l&#8217;album a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 \u00e0 Londres, pendant la guerre du Golfe, alors que l&#8217;Angleterre \u00e9tait dans le camp de ceux qui combattaient l&#8217;Iraq afin de s&#8217;assurer, sous le pr\u00e9texte officiel de lib\u00e9rer des populations gentilles injustement envahies par des m\u00e9chants, un appui strat\u00e9gique dans cette r\u00e9gion riche en p\u00e9trole. C&#8217;est ce contexte qui vaut le &#8220;pendant leur sale guerre&#8221; inscrit au dos de l&#8217;album&#8230; Pour finir, j&#8217;aimerais raconter cette anecdote d&#8217;un ami qui voulait se faire passer pour un grand connaisseur de Renaud, pour me faire plaisir, et qui m&#8217;a parl\u00e9 longuement de l&#8217;album &#8220;Marchand de camions&#8221;, m\u00e9lange aussi subtil qu&#8217;involontaire des titres des deux derniers&#8230;<\/p>\n<p>1. <b>Marchand de cailloux<\/b><\/p>\n<p>Cela faisait longtemps que la premi\u00e8re chanson d&#8217;un album de Renaud avait donn\u00e9 son titre \u00e0 l&#8217;album. C&#8217;est le cas ici. Musicalement, le ton est directement donn\u00e9: instruments \u00e0 vent, \u00e0 corde, percussions et quelques claviers qui remplissent intelligemment le fond. Le tout sous une forme m\u00e9lodique qui pourrait servir \u00e0 une danse autour du feu dans la r\u00e9gion de Dublin. Comme d&#8217;habitude, Lolita, la fille de Renaud, a droit \u00e0 sa chanson. Chose nouvelle: Lolita est maintenant suffisamment \u00e2g\u00e9e que pour pouvoir parler dans les chansons, via la voix et l&#8217;imagination de son p\u00e8re. C&#8217;est une nouvelle \u00e9tape dans la carri\u00e8re de Renaud: il peut maintenant se permettre de poser des questions, d&#8217;accuser, via la voix de tierces personnes. Il ne faut pas prendre cela comme de la l\u00e2chet\u00e9 mais bien comme un besoin d&#8217;offrir un point de vue diff\u00e9rent \u00e0 plusieurs niveaux. Pour le reste, il s&#8217;agit d&#8217;une chanson classique dans le r\u00e9pertoire de Renaud: les injustices du monde sont \u00e0 nouveau \u00e9tal\u00e9es, d\u00e9nonc\u00e9es. Du banal ? Non car le point de vue est neuf, les paroles sont id\u00e9ales dans ce contextes et la construction musicale est presque parfaite, une fois la surprise stylistique pass\u00e9e. Et m\u00eame si la chanson semble mal \u00e0 l&#8217;aise en concert, nous sommes ici en pr\u00e9sence d&#8217;une excellente entr\u00e9e en mati\u00e8re pour l&#8217;album.<\/p>\n<p>2. <b>L&#8217;Aquarium<\/b><\/p>\n<p>Une chanson semi-originale que cet &#8220;Aquarium&#8221;. Peu originale par le fond, qui n&#8217;est qu&#8217;une \u00e9ni\u00e8me d\u00e9nonciation g\u00e9n\u00e9rale du monde, elle l&#8217;est beaucoup plus par la forme et l&#8217;image choisie: la col\u00e8re de Renaud vue par la statuette du scaphandrier et d&#8217;autres \u00e9l\u00e9ments de son aquarium. Pour le reste, nous avons droit ici \u00e0 une \u00e9nonciation en r\u00e8gle des \u00e9l\u00e9ments que Renaud n&#8217;appr\u00e9cie pas. Un point sort un peu du lot cependant: son \u00e9nervement face \u00e0 ces &#8220;gauchos devenus des patrons bien gros&#8221;. Renaud est d\u00e9\u00e7u par ce qu&#8217;est devenu le socialisme en lequel il avait plac\u00e9 tant d&#8217;espoirs quelques ann\u00e9es auparavant. La musique rend bien le c\u00f4t\u00e9 &#8220;\u00e9nervement et lassitude int\u00e9rieure&#8221; que veulent faire sentir les paroles, mais le rythme lent ne rend pas cette chanson tr\u00e8s charismatique. Ce n&#8217;\u00e9tait sans doutes pas le but cherch\u00e9. Il n&#8217;emp\u00eache que cette chanson tire son \u00e9pingle du jeu en concert, mais sans plus. D\u00e9tail amusant: cette chanson semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crite ou l\u00e9g\u00e8rement transform\u00e9e pendant l&#8217;enregistrement des autres car on y parle d&#8217;une guerre qui a eu lieu pendant le passage en studio de l&#8217;album.<\/p>\n<p>3. <b>P&#8217;tit voleur<\/b><\/p>\n<p>J&#8217;aime beaucoup cette chanson. La musique est d&#8217;une propret\u00e9 et d&#8217;une limpidit\u00e9 qui n&#8217;ont d&#8217;\u00e9gales que sa classe. Il n&#8217;est pas \u00e9tonnant de retrouver derri\u00e8res ces notes l\u00e9g\u00e8res mais volontairement pesantes un Jean-Louis Roques qui se rattrape merveilleusement bien de sa d\u00e9cevante &#8220;chanson d\u00e9gueulasse&#8221; de l&#8217;album pr\u00e9c\u00e9dent. Ici, le mat\u00e9riel musical qui lui est propos\u00e9 lui sied bien mieux et il s&#8217;en donne visiblement \u00e0 coeur joie. Un premier danger en ce genre de circonstances est de ne pas trouver des paroles la hauteur de la musique. Ce c&#8217;est pas le cas. En pr\u00e9cisant son attaque au travers du &#8220;je&#8221; d&#8217;une tierce(?) personne enferm\u00e9e pour une raison d\u00e9risoire, Renaud nous livre une v\u00e9ritable d\u00e9nonciation d&#8217;un syst\u00e8me o\u00f9 l&#8217;injustice engendre l&#8217;injustice, m\u00eame s&#8217;il ne site aucun r\u00e9gime particulier. Et point n&#8217;en est besoin, chacun se faisant sa propre id\u00e9e plus ou moins loin de chez lui. Un second danger est de ne pas obtenir de fusion entre le fond et la forme. Ici, tout est parfait. L&#8217;album, psychologiquement assez sombre et pessimiste jusqu&#8217;ici, le reste, la musique se voulant parfois m\u00eame oppressante dans son d\u00e9versement de col\u00e8re fataliste. Signalons encore que Renaud joue jusqu&#8217;au bout sur l&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 du personnage, est-ce lui qui s&#8217;imagine enferm\u00e9 ? En tout cas le personnage lui ressemble sur de nombreux points. Cette chanson n&#8217;\u00e9tait sans doutes pas destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre jou\u00e9e en concert mais c&#8217;est peut-\u00eatre mieux ainsi, elle n&#8217;en est que plus doucement violente. Signalons enfin le magnifique clip vid\u00e9o qui image cette chanson. Rares sont les clips qui m\u00e9ritent autant le coup d&#8217;oeil.<\/p>\n<p>4. <b>Ol\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Autant j&#8217;aime la chanson pr\u00e9c\u00e9dente, autant je n&#8217;appr\u00e9cie que moyennement cette chanson-ci. Et pour cause: dans sa d\u00e9nonciation de la tauromachie, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de la mettre en comparaison avec les &#8220;taureaux qui s&#8217;ennuient le dimanche&#8221; de Brel et cette derni\u00e8re, plus travaill\u00e9e et n\u00e9faste \u00e0 cette boucherie organis\u00e9e que certains osent appel\u00e9e le noble combat de l&#8217;homme contre le fauve, remporte le duel dans mon coeur. Ici, nous assistons \u00e0 la sc\u00e8ne vue par les yeux des &#8220;belles \u00e9trang\u00e8res&#8221; qui d\u00e9noncent un aspect &#8220;tourisme morbide&#8221; qui n&#8217;existait pas ou peu dans la chanson de brel. Au niveau ambiance, l&#8217;album ne s&#8217;\u00e9claircit pas encore avec cette chanson et reste tr\u00e8s sombre. La musique, volontairement lente, lourde et intimiste, destine cette oeuvre \u00e0 \u00eatre plus \u00e9cout\u00e9e en salon qu&#8217;en concert. A d\u00e9couvrir donc, car elle compl\u00e8te assez bien l&#8217;oeuvre de Brel, m\u00eame si l&#8217;ensemble para\u00eet moins aboutit.<\/p>\n<p>5. <b>Les dimanches \u00e0 la con<\/b><\/p>\n<p>Changement brusque de rythme et de dynamique sonore avec ces &#8220;dimanches \u00e0 la con&#8221;. Renaud approche les 40 ans et la &#8220;nostalgie quand tu nous tiens&#8221;, d\u00e9j\u00e0 entrevue dans les deux albums pr\u00e9c\u00e9dents, commence \u00e0 ne plus se cacher, \u00e0 se faire pesante et permanente. Dans cette chanson, et avec des mots simples, Renaud nous d\u00e9crit sa jeunesse et les dimanches perdus qui s&#8217;\u00e9coulaient tranquillement dans la maison familiale. La musique, vive et agr\u00e9able, est passe-partout. Les paroles, efficaces, manquent peut-\u00eatre d&#8217;un v\u00e9ritable but. De cette combinaison na\u00eet une sortie de d\u00e9s\u00e9quilibre qui met la chanson mal \u00e0 l&#8217;aise et c&#8217;est dommage car l&#8217;ensemble est assez sympathique. Ainsi, en concert, cette chanson a connu une histoire assez originale: les paroles ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9es pour devenir un hommage \u00e0 Gorbatchev. Mais je ne suis pas certain que le choix de cette musique \u00e9tait id\u00e9al. Le d\u00e9s\u00e9quilibre fond-forme reste. Il reste de tout cela une chanson originale \u00e0 d\u00e9couvrir sur l&#8217;album car elle touche tout le monde, m\u00eame bien avant 40 ans !<\/p>\n<p>6. <b>Dans ton sac<\/b><\/p>\n<p>Ma chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour cet album ! Tout y est presque parfait. D&#8217;abord, un sujet original que seul Renaud pouvait inventer: Renaud utilise une excuse bidon pour pouvoir fouiller le sac de sa femme et, loin d&#8217;y d\u00e9couvrir des objets compromettants, se retrouve pris au pi\u00e8ge de sa propre curiosit\u00e9 et finit par regretter son geste. Ensuite une musique magnifique, qui fait bien ressortir le c\u00f4t\u00e9 &#8220;petit gar\u00e7on curieux qui va de d\u00e9couvertes en d\u00e9couvertes&#8221; et les autres \u00e9motions, m\u00eame si elle aurait gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre encore un peu plus travaill\u00e9e. Enfin, des paroles qui sont encore une fois un formidable exemple de concision sans perte d&#8217;information, associ\u00e9e \u00e0 une narration limpide et efficace. Evidemment, on peut reprocher \u00e0 l&#8217;ensemble un certain manque de rythme qui sacrifie (une fois de plus) une \u00e9ventuelle prestation sc\u00e9nique. Mais cet album semble d\u00e9cid\u00e9ment se vouloir intimiste, comme si un besoin de calme apr\u00e8s des ann\u00e9es 80 d\u00e9cha\u00een\u00e9es se faisait sentir. A d\u00e9guster donc! A deux ?<\/p>\n<p>7. <b>Le tango des \u00e9lus<\/b><\/p>\n<p>Tr\u00e8s originale, cette chanson est un jeu de mots bien trouv\u00e9 b\u00e2ti sur une seule phrase de 4 lignes. Renaud y d\u00e9nonce \u00e0 nouveau l&#8217;\u00e9volution du socialisme en France et n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 assumer ses paroles en annon\u00e7ant ouvertement qu&#8217;il est l&#8217;auteur de tout ce qui suit pendant l&#8217;introduction musicale. Peu de chose \u00e0 dire sur la musique en elle-m\u00eame qui est un classique tango construit dans les r\u00e8gles de l&#8217;art, m\u00eame si l&#8217;ensemble semble se terminer beaucoup trop t\u00f4t. Le gag est alors pouss\u00e9 jusqu&#8217;au bout en incluant des bruits de studios. Encore une fois, Renaud att\u00e9nue l&#8217;impact assez violent de ses paroles par une ambiance humoristique. L&#8217;exp\u00e9rience lui a sans doutes montr\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait l\u00e0 la meilleure fa\u00e7on de faire passer un message \u00e0 ceux qui voulaient l&#8217;entendre sans f\u00e2cher ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent l&#8217;ignorer.<\/p>\n<p>8. <b>La ballade Nord-Irlandaise<\/b><\/p>\n<p>Pour ceux qui ne l&#8217;avaient pas encore remarqu\u00e9, l&#8217;album tout entier baigne dans une ambiance musicale irlandaise. Et c&#8217;est donc tout \u00e0 fait normalement que l&#8217;on retrouve cette &#8220;ballade nord-irlandaise&#8221; pour introduire ce qui aurait \u00e9t\u00e9 la face &#8220;B&#8221; de l&#8217;album. Autant le dire tout de suite: c&#8217;est une chanson magnifique, surtout musicalement ! En effet, sur base d&#8217;une musique traditionnelle irlandaise, Renaud construit ici une chanson d\u00e9non\u00e7ant l&#8217;absurdit\u00e9 de la guerre en Irlande du nord. Les paroles sont assez simples mais ont le m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre claires, la narration c\u00e8dant ici le pas \u00e0 une certaine forme de po\u00e9sie. L&#8217;attaque est directe et d&#8217;autres &#8220;b\u00eates noires&#8221; de Renaud en prennent \u00e0 nouveau pour leur grade, simplement parce qu&#8217;ils passaient par l\u00e0! Le rythme est cependant \u00e0 nouveau lent, mais traiter un sujet aussi grave ne se serait pas bien accommod\u00e9 d&#8217;un rythme beaucoup plus rapide. Il n&#8217;emp\u00eache que ce manque d&#8217;ambition voulu cantonne une fois de plus cette chanson \u00e0 l&#8217;album ou \u00e0 des concerts plus intimes, comme la tourn\u00e9e 1999-2000. Pourtant, l&#8217;ensemble est potentiellement plus \u00e0 m\u00eame d&#8217;\u00eatre port\u00e9 sur sc\u00e8ne que d&#8217;autres chansons lentes de l&#8217;album. Sans doutes est-ce d\u00fb \u00e0 la fin, r\u00e9solument optimiste ! A surtout d\u00e9guster dans son salon donc !<\/p>\n<p>9. <b>500 connards sur la ligne de d\u00e9part<\/b><\/p>\n<p>On augmente maintenant le tempo. Voici une chanson vraiment engag\u00e9e, sans g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s passe-partout, sans humour pour arrondir les angles, sans \u00e9quivoque possible. Le rallye Paris-Dakar, m\u00eame s&#8217;il n&#8217;est pas \u00e9nonc\u00e9 directement, nous est d\u00e9crit ici sous tous ses aspects n\u00e9gatifs, souvent ignor\u00e9s par les m\u00e9dias mais malheureusement bien r\u00e9els, du moins \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Le style est corrosif, les comparaisons acides et frappantes. La musique, \u00e9tonnamment rapide pour l&#8217;album, est vive et entra\u00eenante. La chanson parfaite alors ? Non car il manque une ad\u00e9quation entre les paroles et la musique. Comment para\u00eetre cr\u00e9dible quand on d\u00e9crie un &#8220;monument&#8221; du sport et tout le cort\u00e8ge m\u00e9diatique qui l&#8217;accompagne sur une musique digne d&#8217;une version moderne \u00e9lectris\u00e9e d&#8217;un solo de Charles Ingalls quand tout finissait bien dans la &#8220;petite maison dans la Prairie&#8221; ? Seul les couplets (un peu) et les break avant les refrains (plus) parviennent \u00e0 l&#8217;ad\u00e9quation. Est-ce fait expr\u00e8s ? Je ne le pense pas. Je pense plut\u00f4t que, sur cet album, Renaud d\u00e9couvrait un nouveau style musical et n&#8217;en ma\u00eetrisait pas encore toutes les ficelles. D&#8217;o\u00f9 quelques maladresses \u00e9videntes. Il reste de tout cela une chanson capable de chauffer les salles les soirs o\u00f9 cela va bien se passer mais capable d&#8217;\u00e9nerver assez vite dans les autres cas. A d\u00e9couvrir, cependant.<\/p>\n<p>10. <b>Tonton<\/b><\/p>\n<p>Sur la lanc\u00e9e du &#8220;tant que je suis chaud, je r\u00e8gle mes comptes&#8221;, voici venir maintenant &#8220;Tonton&#8221;. Ici aussi, aucune \u00e9quivoque possible m\u00eame si le personnage n&#8217;est jamais nomm\u00e9, Renaud r\u00e8gle ses comptes avec celui qui incarnait le plus le socialisme en lequel le chanteur croyait, avant de subir une d\u00e9ception \u00e0 la hauteur de ses espoirs: Fran\u00e7ois Mitterrand, surnomm\u00e9 &#8220;Tonton&#8221; par une partie de la population. D\u00e8s les premi\u00e8res paroles, on sent qu&#8217;un fois de plus sur cet album, la chanson n&#8217;est pas destin\u00e9e \u00e0 une carri\u00e8re sur sc\u00e8ne. C&#8217;est une musique d\u00e9pouill\u00e9e qui semble laisser Renaud et la victime de ses paroles seuls au monde, comme dans un duel d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 car seul l&#8217;un des deux acteurs est actif. C&#8217;est \u00e0 un v\u00e9ritable travail au corps iconoclaste que nous avons droit, mais rien de vraiment vexant, si ce n&#8217;est les derni\u00e8res paroles, pleines d&#8217;un sens que seule la vraie d\u00e9ception peut engendrer. Bref, une chanson \u00e0 d\u00e9couvrir absolument, mais \u00e0 replacer avant tout dans son contexte.<\/p>\n<p>11. <b>Je cruel<\/b><\/p>\n<p>L&#8217;exemple m\u00eame d&#8217;une chanson qui s&#8217;est perdue dans un album. L&#8217;histoire d&#8217;une prise \u00e0 la p\u00eache sert de pr\u00e9texte \u00e0 Renaud pour nous livrer une analyse d&#8217;un certain type de relation &#8220;amoureusement possessive&#8221;. Mais, comparativement aux autres oeuvres de l&#8217;album, la chanson est presque aussi creuse que l&#8217;\u00e9tait &#8220;petite fille des sombres rues&#8221; en son temps. M\u00eame la musique de Jean-Louis Roques, une fois de plus l\u00e9g\u00e8re, ne parvient pas \u00e0 accrocher car bien trop frivole par rapport \u00e0 la froideur objective des paroles. Bref, une chanson qui sent le &#8220;il faut absolument sept chansons sur chaque moiti\u00e9 du disque&#8221; m\u00eame si on croit sentir une ambition initiale trop vite estomp\u00e9e. Autant dire que la chanson n&#8217;est jamais sortie de l&#8217;album. Passons plut\u00f4t \u00e0 la suivante.<\/p>\n<p>12. <b>C&#8217;est pas du pipeau<\/b><\/p>\n<p>Revoil\u00e0 Lolita en tant que fille, revoil\u00e0 Renaud en tant que p\u00e8re. Voil\u00e0 l&#8217;\u00e2ge des premiers conseils de l&#8217;homme qui a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu \u00e0 son enfant qui va vivre. C&#8217;est une chanson mignonne qui nous est livr\u00e9e ici, susceptible d&#8217;\u00eatre entendue par tous les enfants de l&#8217;\u00e2ge de Lolita. Renaud joue ici merveilleusement sur le m\u00e9lange entre le monde des adultes et la vision d&#8217;un enfant sur ce monde et sur le monde d&#8217;insouciance et d&#8217;imaginaire qu&#8217;il quitte petit \u00e0 petit. La musique, ici, colle merveilleusement bien \u00e0 l&#8217;ambiance g\u00e9n\u00e9rale de la chanson. Une bonne chanson donc, mais peut \u00eatre trop gentille et pas assez marquante pour faire face \u00e0 la concurrence en concert. A \u00e9couter avec l&#8217;enfant dans les bras donc !<\/p>\n<p>13. <b>Ma chanson leur a pas plu (suite)<\/b><\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, au cin\u00e9ma, la suite d&#8217;un film est souvent plus d\u00e9cevante que l&#8217;\u00e9pisode initial. Comme diraient les &#8220;Nuls&#8221;, si vous avez ador\u00e9 le film &#8220;On fait pas d&#8217;omelette sans casser&#8221;, vous serez d\u00e9\u00e7us par sa suite &#8220;On fait pas d&#8217;omelette sans casser 2&#8221;. Plus s\u00e9rieusement, que penser de cette chanson ? Plusieurs choses ! Tout d&#8217;abord, on constate peu d&#8217;innovations par-rapport \u00e0 la chanson originale au niveau des paroles. Seuls les chanteurs et styles musicaux ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 jour pour coller \u00e0 l&#8217;actualit\u00e9, mais l&#8217;histoire et le principe restent les m\u00eames. Plus grave, la musique qui h\u00e9site entre la musette et le folklore russe (pourquoi ne pas l&#8217;avoir utilis\u00e9e pour &#8220;Welcome Gorby&#8221; en lieu et place de la musique des &#8220;Dimanches \u00e0 la con&#8221; ?), ne parvient pas \u00e0 rendre le moindre sentiment. Bref, le tout sent le manque d&#8217;inspiration pour finir l&#8217;album. Autant dire que sa carri\u00e8re en concerts s&#8217;en est mal ressentie. D\u00e9tail amusant, Renaud a d\u00fb se d\u00e9fendre et affirmer \u00e0 plusieurs m\u00e9dias que &#8220;la t\u00eate pleine d&#8217;eau, robinet derri\u00e8re la nuque, qui revenait de Rolland-Garros&#8221; n&#8217;\u00e9tait pas Yannick Noah ! J&#8217;avoue que, moi aussi, j&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 l&#8217;ancien champion de tennis d\u00e8s la premi\u00e8re audition de la chanson. Pour r\u00e9sumer: si vous aimez les caricatures de chanteurs et styles musicaux, foncez sur cette chanson, sinon, elle se laissera \u00e9couter mais ne vous apportera rien.<\/p>\n<p>14. <b>Tant qu&#8217;il y aura des ombres<\/b><\/p>\n<p>Chanson \u00e0 part sur l&#8217;album, tellement \u00e0 part qu&#8217;elle semble perdue, coinc\u00e9e entre &#8220;Ma chanson leur a pas plu&#8221;, et une fin imaginaire de l&#8217;album. Renaud nous y d\u00e9crit sa passion pour la p\u00eache et on sent nettement au travers des paroles un sentiment qui n&#8217;est pas feint. La musique n&#8217;est pas en reste et retranscrit parfaitement l&#8217;ambiance calme et sereine qui semble entourer la passion de l&#8217;artiste. La lenteur du rythme se justifie ici parfaitement, l&#8217;orchestration nous permet de r\u00eaver. Un grand moment de po\u00e9sie donc, qui cl\u00f4ture l&#8217;album de mani\u00e8re r\u00e9v\u00e9latrice: nous sommes loin du grandiose &#8220;Fatigu\u00e9&#8221; qui cl\u00f4turait le bouillonnant &#8220;Mistral gagnant&#8221;, nous finissons ici un album tr\u00e8s intime, un v\u00e9ritable changement de cap dans la vie et le style musical de Renaud.<\/p>\n<p>L&#8217;album se termine donc par un duo de percussion basse et de fl\u00fbte qui sert de fond musical \u00e0 des choeurs que l&#8217;on sent heureux et optimistes. Une page vient de se tourner: Renaud n&#8217;est plus un jeune chanteur qui \u00e9prouve le besoin de faire un tube de chacune de ses chansons. C&#8217;est maintenant un artiste reconnu, un homme qui approche des quarante ans, qui comprend mieux comment tourne le monde et qui d\u00e9sire plus de communion avec ses auditeurs. De m\u00eame, ses albums se veulent maintenant plus finis, plus fouill\u00e9s musicalement, ce qui explique la qualit\u00e9 des musiciens qui l&#8217;ont con\u00e7u. Seulement, un tel changement musical ne pouvait pas se faire sans une p\u00e9riode de rodage o\u00f9 le chanteur a d\u00fb apprendre \u00e0 rechercher le juste milieu, sans pour autant perdre sa personnalit\u00e9, ce qui n&#8217;a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas sur cet album qui semble parfois avoir servi de &#8220;rodage&#8221;. Attendons le suivant pour voir si les le\u00e7ons seront retenues&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;intervalle entre chaque album augmente, ce qui est un ph\u00e9nom\u00e8ne normal d&#8217;usure. Il suffit de penser \u00e0 Herg\u00e9 et ses &#8220;Aventures de Tintin&#8221;(r)(tm)(c) pour s&#8217;en convaincre. 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