« J’me lève, et je me bouscule, je n’me réveille pas comme d’habitude, Maman, elle ouvre la fenêtre, j’me colle sous les draps comme d’habitude, sa main caresse mes cheveux dans un vieux refrain, comme d’habitude, Eolien bouge-toi la nouille comme d’habitudeuuuuuuuuh ! »
Excusez-moi, j’ai changé un peu les paroles. Puis vous savez, moi, cette chanson, je m’en bats un peu les steaks étant donné que d’une je ne connais pas le chanteur, que de deux, je n’aime pas les blonds ni les blondes d’ailleurs, et que de trois, je déteste ce genre de variété à la con. Moi j’aime le rock, le pur, le dur, le vrai. Enfin surtout celui que mes parents écoutent et avec lequel j’ai été bercé dès mon plus jeune âge. Forcément, ça laisse des traces. La preuve. Je vous mettrais bien une photo de moi, mais, après, j’ai peur que vous n’alliez pas au bout de mon récit. Donc, en enfant bien sage et bien élevé, je vais m’abstenir.
Salut les gens. Moi, c’est Eolien ! Quel prénom à la con j’vous jure. Encore une idée à ma mère ça. Ecolo du dimanche qui fait le tri dans les déchets et balance son mégot de clope par terre quand elle fume dans la rue ! Une honte j’vous dis, une honte !
Ceci étant dit, je vous disais plus haut que je m’appelais et m’appelle toujours Eolien. J’ai quinze ans et des brouettes, les cheveux longs, des boutons sur la gueule et bien sûr, cela va de soit, le fameux appareil dentaire ! Genre chemin de fer que quand t’ouvres la gueule, ça fait tchou tchou avec les postillons en plus. C’est d’une élégance, mes enfants, mais d’une élégance ! Mais je m’en cogne parce que dans une semaine, jour pour jour, on me le vire !
Alors, je ne me plains pas trop non plus. En plus, j’ai tout de même réussi à éviter les lorgnons sur le pif grâce à mes vieux qui ont bien bossé au niveau de ma vue. Je suis grand, un mètre soixante-treize, s’il vous plaît, je pèse 58 kilos, s’il vous plaît aussi, sauf qu’au lycée, je dénote un peu vu que je n’aie pas la coupe à la « juste imbibé », et la casquette de naze à cinquante boules qui va avec ! Je ne porte pas mes jeans au ras du cul, je ne porte de tee-shirt flashy Diesel, Oxbow, ou A dix bosses ou Niké, je n’ai pas non plus de pompes à cent billets que de toute façon je bousillerai en moins de deux comme ça, ça énervera encore plus ma mère. Je ne porte pas de capuche au ras du front et cheveux au vent, pas plus que je ne porte de visière sur le côté. En gros, vous l’avez compris, je suppose, je suis loin, loin, très loin d’être un fashion addict. Nan, moi, ma fashion, c’est des tee-shirts ACDC, Green Day, Noir Désir, Renaud, Nirvana, U2 et j’en passe. Ceci étant dit, ça coûte quand même de la thune toutes ces conneries. Sans compter tous les posters que j’aie dans ma chambre. Mais, j’arrive toujours à me démerder pour négocier. Niveau marchand de tapis, j’avoue que j’assure ma canette. Pis, en plus ma mère elle est tellement contente d’avoir un fils vachement rock’n’roll, que j’arrive toujours à mes fins. Quel sale petit con je fais des fois quand même ! Cette année, je suis en seconde avec option musique ! Et ouais. Musicien je suis ! Batterie, guitare, je me démerde et bien. Pour le plus grand plaisir de ma maman, mais, aussi et surtout, pour le mien. Et même si j’en bave, je m’accroche, je répète, je m’obstine. Et le résultat est plus que bon. Je suis, sans me jeter des fleurs, très doué. D’ailleurs, après le bac, j’envisage sérieusement le conservatoire. Mais je n’en suis pas encore là.
Pour l’instant, ça reste dur. Et il faut le vouloir. Puis, je suis plus que motivé, et finalement, à bien y réfléchir, ce n’est pas si difficile que ça. En revanche, ce qui est dur, c’est d’être un enfant, c’est d’être un adolescent, c’est de grandir. Même que ça fait chier de grandir, d’avoir des bonnes notes, d’avoir la cote avec les filles, de penser à son avenir, d’écouter mon père et son travail, dont je me contre-fous même si c’est ça qui malgré tout me fait bouffer, d’écouter maman aussi et surtout, d’être super balèze au sport, d’être supra, supra intelligent, bref d’être le meilleur des meilleurs et d’avoir toujours l’impression d’être à la traîne. Et les poils ! Les poils ! Ils poussent là où l’on voudrait, et là, où justement ils ne poussent pas, là où des fois ça démange, et là, où ça ne démange pas, là où on imaginerait des tas de trucs et, là, où justement, ça n’arrive pas. J’ai l’impression que je n’ai pas fini d’être emmerdé avec ces poils ! Puis, s’il n’y avait que ça ! Comme par exemple, à table, le soir, quand on se retrouve tous les trois. Déjà avant je n’aimais pas trop. Entendre mon père parler de son boulot en long, en large et en travers, ça allait bien cinq minutes. Heureusement que ma mère était là pour parler d’autre chose. Mais, maintenant, c’est pire. Alors, je m’évade dans ma tête. Et c’est tant mieux vu que ce n’est plus trop la joie entre eux. D’ailleurs, je me demande si ça l’a été un jour. Maman m’a expliqué, tout expliqué. Et j’ai tout compris. Je l’aime ma maman. C’est quelqu’un d’exceptionnel et je ne veux plus la voir pleurer. Ça me fait trop de mal. Alors, j’ai tout capté quand elle m’a dit qu’avec papa ça n’allait plus. J’avais déjà compris pas mal de choses avant, et, elle a su comme d’habitude, trouver les mots à mettre sur ces quelques zones d’ombre. On dit qu’il ne faut pas tout dire aux enfants. Moi, je crois que c’est le contraire. Les secrets ça bousillent, ça abîment. Maman en est la preuve vivante. Au moins là, je sais. Tout, ou à peu près. C’est sûr, elle n’est pas rentrée dans les détails, et c’est très bien comme ça. Par contre, ce que je sais, c’est que si elle a serré les dents et les poings, si elle a tenu jusqu’ici, c’est pour moi. Pour cet amour qu’elle a pour moi. Et rien que de cela, je la remercie et je l’aime encore plus fort, encore plus tendre. Ce que je sais aussi, c’est qu’elle a grave dérouillé et qu’il est grand temps qu’elle reprenne sa liberté. Et puis merde, même si je fais deux têtes de plus qu’elle, j’aime toujours autant ses baisers et ses câlins ! D’ailleurs, il nous arrive souvent, lorsque mon paternel n’est pas là le soir, qu’on se mette sur le canapé. On se met de la musique, je pose ma tête sur ses genoux et je m’endors paisiblement tout en sentant sa main dans mes cheveux, sur mes joues et le son de sa voix si particulière. Rauque, un peu cassée, voire brisée comme son cœur, mais ô combien rassurante et aimante. J’aime aussi mon père. Mais ce n’est pas pareil. C’est mon père. Ça s’arrête là. On n’a pas d’atomes crochus. Puis, pour être franc, avec le recul et du haut de mes quinze piges, je dois reconnaître que c’est ma mère qui m’a élevé. Mon père lui n’a pas réussi à créer ce lien, à tenir cet amour, à parcourir la distance qui relie un père à son fils. Je ne lui en veux pas. Je veux juste maintenant qu’il laisse maman tranquille, qui la laisse se reconstruire. Je sais que malgré tout, il a de la peine. C’est normal aussi. Mais, quand il n’y a plus rien, ça ne sert à rien de continuer. Elle a donné vingt ans de sa vie, il est grand temps pour elle, qu’elle se rattrape, qu’elle soit enfin sereine et heureuse. Elle le mérite. Puis, au fond de moi, je suis content parce que ça va être cool avec maman !
Mais, tout ça finalement, c’est quand même très loin de mes préoccupations bassement adolescentes. Surtout depuis un certain temps où il m’est arrivé un truc vraiment bizarre, presque étrange car j’étais tellement, tellement content d’aller au bahut que même ma mère n’en est pas revenue ! C’était bien la première fois que ça m’arrivait. Une chose inexplicable, un petit truc qui vous taraude au milieu de la tête, qui vous chatouille au milieu du ventre, qui vous fait rougir quand on la voit, quand moi, je la vois. Elle s’appelle Méline, elle n’est pas vraiment jolie, elle n’est pas vraiment laide, elle n’est pas ….
Elle n’est pas rien du tout, elle est juste à mon goût. Elle est juste gentille, elle est juste belle, elle est juste intelligente, elle est juste marrante, elle est juste craquante.
Méline ! Ouais, Méline quoi ! Ouais, je suis amoureux, ouais, j’ai envie de la surpasser en classe, ouais, j’ai envie de l’embêter, un peu, un tout petit peu, juste pour lui montrer que je suis là. Que je suis là, à côté d’elle.
Ah ! Méline. Elle est tellement jolie ! Elle est tellement gentille ! Sauf qu’à cause de ses yeux doux, je me suis pris deux heures de colles et un zéro en maths. Maths, matière que je déteste au plus haut plus haut point, que dis-je, que je hais.
Je hais les maths, je hais Pythagore, je hais Shales, je hais Thalès, je hais les grecs ! D’ailleurs, c’est bien fait pour leurs gueules s’ils sont dans la merde aujourd’hui ! Ca leur apprendra à nous pondre des théorèmes à la con auxquels je ne comprends que dalle ! J’ai un profond mépris pour tous les théoriciens, mathématiciens, je hais Einstein et sa théorie de mes deux, je hais Pierre et Marie Curie, je hais la relativité, je hais les x et les y, je hais les x+3+5 et si x=3-5 alors x ressemble à une grosse montgolfière qui s’envole dans le ciel et qui dit, allez vous faire foutre ! Je déteste mes potes que j’aime et qui ont des bonnes notes, je déteste les fayots et fayotes qui n’ont que des supers notes et auxquels je mettrais bien mon poing dans la gueule.
J’ai envie de vomir quand je vois tous ces bouffons qui font les cakes en classe, qui me pourrissent la vie à force de faire du foin et qui en prime se croient drôles avec leurs blagues faibles. Parfois, j’ai envie de prendre mon prof de maths et m’en servir comme putching ball. Mais non, ça je sais que je ne peux pas ! Parce que, Méline, elle est douée en maths, elle aime bien le prof, et moi, je suis un gros naze. Pourtant je comprends. Je comprends tout ce qu’il nous dit le prof. J’arrive même à trouver les réponses et justes en plus. Sauf que devant ma copie, je suis fauché comme les blés en plein mois d’août, je n’argumente pas, je ne démontre pas, je ne palabre pas pendant trois plombes pour arriver au bon résultat. Et ça, mon prof, il n’aime pas. Et c’est dur. C’est super dur d’avoir des potes à côté de soi, assis juste à côté, avec qui vous partagez des tas de trucs, sauf les notes, ces salopes de notes de merde ! C’est terrible d’affronter le regard de Méline quand le prof rend les copies. Et bien que les bulletins du premier trimestre aient été rendus, je m’attends encore au pire. J’ai encore sous les yeux les cartons proches du zéro empilés dans la case mathématiques, les observations des profs, qui ma foi, n’ont pas été trop mauvaises, je sens encore sur moi le regard de mes parents quand ils ont zieuté mes performances scolaires et, en cette veille de vacances de Noël, je ne pense vraiment pas que le Père Nono a une bonne note pour ma tronche dans sa hotte magique.
10h00, la sonnerie. Je sors de la salle d’histoire-géo l’âme en peine. Malgré un bon 16/20, j’appréhende déjà la prochaine heure de cours et la note qui va en résulter. Aujourd’hui, nous allons revoir le théorème de Thalès, un pote à Pythagore, qui je le sens, va lui aussi me les briser menu menu ! 10h05, l’inter classe est terminé. Je marche à reculons vers mon pire cauchemar, ma bête noire. J’ai la nausée, une furieuse envie de gerber, surtout sur les pompes de mon prof voire sur la tronche des intellos de mes deux. Et pourtant, je me retiens, je ne fais rien car juste à côté de moi au moment où j’installe mes affaires sur le bureau, je vois le visage de Méline. Et là, pfittt, toute ma haine se casse, se barre, se tire au loin. Elle s’approche de moi en me murmurant doucement dans l’oreille qu’elle sent que je vais avoir une bonne note. Et là, voyez-vous, votre Eolien, il s’en cogne royalement de savoir s’il va avoir une bonne note ! Il ne retient qu’une chose, la chaleur de la voix de Méline dans son esgourde !
« Asseyez-vous ! »
Putain, mais quel con ce prof ! J’avais encore dans les pavillons la douce mélodie de Méline et voilà t y pas que l’autre cornichon vient me casser mon délire ! Il pourrait au moins dire s’il vous plaît ! Mais non, c’est un « asseyez-vous » autoritaire, n’offrant aucune réponse en retour. Et, dans un sens, il n’a pas vraiment tort étant donné que la bande de clampins qui sont toujours les premiers à foutre le bordel. Sauf que moi, j’étais bien dans mon délire Mélinien et je ne faisais chier personne ! J’imaginais des tas de trucs notamment ses lèvres douces et sucrées. Enfin je pense. Parce que c’est vrai que s’il s’avérait qu’elle ait une haleine de chacal, autrement dit, qu’elle pue de la gueule, le délire serait tout de suite moins bien et plus du tout romantique ! J’ai beau être amoureux, je n’en reste pas moins pragmatique et je n’oublie pas non plus que la réalité est souvent loin de tout idéal. Cela étant, alors que j’oscillais entre le rêve et la dure vie terrestre, Mr Pythagore, Thalès et autres, m’ont tiré sauvagement de mon planage matinal. Salaud ! Vraiment aucune pitié ! Bourreau, esclavagiste, tyran, adorateur de Satan des maths, mal traiteur d’enfants, fils de brute …. Connard !
Au cas où vous ne l’auriez pas compris, je ne l’aime pas et au fond, il me le rend bien. Donc, suite à la demande cordiale et très sympathique de Mr Machin, je m’assois. Le reste de la classe en fait de même et ô joie, ma Méline à moi est là aussi, tout juste à côté de moi. Aurait-elle un soupçon d’intérêt pour ma poire ? Le chuchotement de tout à l’heure a tendance à me faire penser que ce serait fort possible. Mais, je préfère ne pas trop m’emballer non plus. Les vestes se ramassent vite par les temps qui courent ! Je sais qu’un moment de honte est vite passé, cependant, si je peux éviter ce genre de désagrément, qui pour l’avoir déjà connu, est fort, fort désagréable, je reste tout de même sur mes gardes.
Je sors mes affaires, comme les copains, comme les copines, j’ouvre mon cahier, comme les copains, comme les copines, j’ai les mains moites, pas comme les copains, pas comme les
copines qui eux et elles, s’en tamponnent complètement de la moiteur de mes paluches ! Je commence à sentir comme un feu sur les joues à l’annonce de Mr Bidule ! Il va rendre les copies ! Oh putain ! Oh merde ! Oh, Jésus, Marie, Chaussette ! Oh Boudha ! Oh Allah ! Oh Yavé ! Surtout qu’Yavé pas moyen que j’y échappe à cette foutue heure de maths !
Tintintintintin …… C’est là que sonne le glas pour moi. Ou pas. J’observe autour de moi, les thons de service qui se rongent les ongles parce qu’elles ont peur de ne pas avoir réussi.
D’ailleurs, à propos de thons, ma classe c’est une vraie poissonnerie voire même les étals de Rungis ! C’est dire ! Viennent ensuite les intellos à lunettes ou même sans, qui froncent les sourcils suivis de près par les benêts du fond de la classe qui s’en grattent grave. Restent mes potes qui me regardent et m’envoient des encouragements du style « t’inquiètes, ça va aller ». Ils sont sympas. Normal, c’est mes potes ! Puis enfin, le joli visage de Méline qui m’adresse son plus beau sourire. J’hésite, à fondre maintenant ou attendre un peu.
« Eolien ! »
Mais quelle est donc cette voix lointaine que je connais parfaitement et qui ose m’interpeller alors que je suis en pleine méditation sur la douce saveur de miel ? Quel est donc ce malotru qui vient me déranger dans ma contemplation sucrée ? Quel est donc cet imposteur qui s’aventure sans crier gare dans ma bandaison matinale ? Ben ouais, c’est con ce qui m’arrive ! Et en plus, ce n’est pas la première fois. Voilà, que je me retrouve en plein cours de maths, avec une érection entre les jambes ! Avouez que c’est plutôt cocasse, voire gênant. D’autant que Mr Bidochon me rappelle à l’ordre :
- Eolien ?
- Oui, M’sieur.
- Viens au tableau, s’il te plaît.
Oh nom de dieu ! Il ne manquait plus que ça ! Pourquoi ce pingouin me demande-t-il d’aller au tableau ? En plus juste au moment où j’ai la bite aussi raide qu’un piquet de tente ! Je ne vais pas avoir l’air con ! Déjà que ! Bon y a pas, il va falloir que j’y aille. Je suis sûr qu’en plus, ma copie va servir d’exemple ! Ouais, c’est un vrai sadique ce mec. Non seulement il met des notes de merde, mais en plus, il prend à chaque fois une copie au hasard pour mieux comprendre et corriger les erreurs. Tu parles ! Du pipeau oui ! Fais chier tiens ! C’est vrai quoi ! Jusqu’à maintenant, j’étais passé au travers et ça tombait généralement sur les cas sociaux, les irrécupérables, les pélots du fond de classe ! Bref, les imbéciles que je ne peux pas m’encadrer. Et là, paf, en pleine tronche l’Eolien !
- Eolien ?
- Euh, oui, quoi ? Pardon ?
- Et bien, tu viens ou tu rêves ?
- Les deux M’sieur !
Eclat de rire général dans la classe. Je ne vois pas pourquoi, parce que franchement, il n’y avait pas de quoi rire. Mais, visiblement, tout est prétexte à rire, y compris ma honte, ma détresse et ma haine vis-à-vis de ce tordu. Toujours est-il que malgré tout cela, il fallait que je me lève. Aussi, et comme me l’a souvent répété ma mère, à chaque problème il y a toujours une solution même lorsque cela semble désespérée. Ce qui en ce matin de décembre semble être mon cas. Première chose urgente à faire, le masquage de ma raideur bitéenne. Et à ce niveau là, je suis devenu un expert. Pour le camouflage du chibre raide, sans vouloir me vanter, je suis un l’as des as !
Donc, tout en appliquant ma technique qui consiste à bien caler l’engin vers le haut sous un jeu de mains discret et invisible, je me lève, non sans avoir au préalable bien tiré sur mon pull. J’vous dis au niveau camouflage de guerre, j’en connais un rayon ! Donc, ma bite étant bien rangée au chaud au fin fond de mon calbute, je me dirige vers le tableau. Et là, rien que de voir de plus près la trogne à mon prof, ben, j’ai vite débandé ! Oublié la jolie bouche de Méline, oublié son sourire, ses jolies yeux ! J’avais en face de moi la pire des visions, sournoise, machiavélique, cauchemardesque. Une tronche de maths, avec des x et des y tatoués sur le front, des équations, des triangles, des segments de droite qui lui barraient les joues, des boucles en forme de losange pendaient à ses oreilles. Putain, mais c’était quoi ce bordel ! C’était quoi cette espèce de fantôme ?! C’était quoi cette espèce de film d’horreur ! L’Exorciste ou le Silence des Agneaux à côté, c’était Oui-Oui à la campagne ! C’est dire à quel point cette chose devant moi m’inspirait la plus grande frayeur ! Gloups. Il faut que j’arrête mon délire ! Ce n’est rien, ce n’est absolument rien. Juste mon imagination débordante qui est à cet instant précis est en pleine crue et me prend pour une banane bien mûre toute prête à se faire écraser sous le rouleau compresseur des mauvaises notes.
- Et bien Eolien, on dirait que tu t’es décidé ! C’est bien, c’est très bien même. Ca me fait plaisir. Comme quoi, mes efforts te concernant sont enfin payants.
Hein ?! Mais qui me parle encore ? Chut, Eolien, surtout ne rien dire, ne pas répondre, ne pas faire le fanfaron pour épater les potes. Surtout, surtout fermer ma grande gueule.
- Euh, hum, et pourquoi Monsieur ?
Vous Remarquerez quand même comme j’ai bien répondu. J’ai bien dit Monsieur et non pas M’sieur ! Je peux être très classe quand je veux ! Mais, tout ce cirque ne me convient pas. Je me demande ce qu’il me veut ce gros sac ! Ce qu’il cache. Parce qu’en plus non seulement il est vraiment laid mais en plus il est gros ! Je sais, on ne doit pas se moquer du physique de quelqu’un, mais là, d’une c’est vachement tentant et de deux, lui, il ne se gêne pas pour me rabaisser, pour m’humilier devant toute la classe (et surtout devant ma Miéline à moi), quand il annonce fièrement mon énième carton ! Rien que pour ça, je me venge. Certes dans ma tête, mais, vengeance quand même !
Aïeuuuuuuuuu ! Putain, ça fait mal ! Je viens de me prendre un truc en plein dans les dents. Discrétos, je regarde à terre, un bout de gomme ! Ca y est, y a des gros malins qui vont s’amuser à me bombarder avec des bouts de gomme ! Attendez le prochain cours, attendez ! Ou alors à la cantine ! Vous voulez la guerre ?! Vous l’aurez ! Ca tombe bien, au menu à midi, je crois qu’il y a purée, petits pois, poiscaille pour les « très à cheval sur les principes religieux » et rôti de porc pour ceux qui s’en tapent, et dont je fais partie. Et même si je ne suis pas vraiment fan du menu, je pense que je vais demander du rabe ! Rien que pour en envoyer aux niais qui me font chier. Et puis, si c’est des « ceux qui ne mangent pas de porc », va y avoir du lâcher de morceaux de viande dans la mouille ! Gnarf ! Vengeance, vengeance ! Sus à l’ennemi ! A midi, je vais faire un remake des innombrables croisades ! A moi les sarrasins, les cathos extrémistes, les bouddhistes en herbe, les juifs fanatiques ! Moi perso, j’ai été baptisé, mais après, faut pas trop m’en demander. Puis, ma religion, j’essaie de la faire tous les jours. Alors, le paradis, l’enfer, la vie éternelle, tout ça, tout ça, ça me passe un peu au-dessus. Je vais déjà essayer de me construire une vie à peu près correcte ici-bas, après, pour celle qui est sensée être éternelle, et ben, si c’est vrai, j’espère qu’elle ne ressemblera pas à celle que je suis en train de me coltiner en ce moment même ! Parce que croyez-moi, tout à l’heure j’avais les mains moites, là, c’est mon corps en entier qui est moite. Voire même en nage ! Et qui plus est, je n’ai pas de bouée canard, coin, coin, pour éviter de me noyer complètement ! Cependant, mon lynchage public n’est pas passé inaperçu !
- Samy, deux heures de colle ! Ca t’apprendra à lancer des bouts de gomme sur ton camarade !
Et bing ! Dans ta mouille Samy ! C’est sûrement une des rares fois où je suis content d’entendre la grosse voix bien pourrave de mon prof ! Mais, les deux heures de colle n’empêcheront pas les catapultes de petits pois/purée/rôti de porc que Samy va se prendre à l’heure du déjeuner ! Samy ! Rien que le prénom déjà, ça craint. Je me plains du mien, mais alors le sien, c’est pire ! Samy ! Et Scooby, il est où ? Dans ta gueule, Samy ! Dans ta gueule ! Deux heures de colle en maths, plus l’autre ajoutée en musique et les deux autres en français, tu vas battre des records mon pote ! Je jubile en vrai ! Si je pouvais, je sauterai de joie, mais, vu la tronche de mon prof, je préfère m’abstenir de tout débordement. Je continue de nager tout en attendant la sentence. J’attends. J’attends le résultat de ma copie, à savoir le théorème de Pythagore et sa réciproque. Alors, si j’ai bien tout capté, c’est que dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des autres côtés. Quand à la réciproque, si j’ai encore tout bien capté, c’est que la somme des carrés des deux côtés d’un triangle rectangle est égale au carré de l’hypoténuse. Alors ? Y a pas du balaise là ?! Y a pas quelqu’un là ?! Nan, nan, ne me félicitez pas, je m’auto-congratule tout seul ! Bon, il va me la cracher sa Valda l’autre ! Il va me le rendre ce putain de DS de merde !
- Je te félicite Eolien ! 20/20 ! Bravo ! J’ai toujours dit que tu étais très intelligent. Un peu trop fainéant, mais, très intelligent !
Le silence s’installe. Quelle annonce ! Pire que l’annonce de la séparation de mes parents. C’est dire si je m’en tape ! En fait, j’ai même hâte ! Puis, je m’en bats tellement les valseuses du divorce de mes parents que ça peut vous donner une idée de l’infini.
Ce que je retiens, là, tout de suite, maintenant, c’est ce 20 ! Ce 20/20 ! Putain que c’est bon ! C’est bandant, jouissif même. Enfin, jouissif je ne sais pas encore, mais par contre, bandant, ça oui ! Et je peux même vous dire que ma bandaison de tout à l’heure n’arrive pas à la cheville du plaisir intense que je ressens en ce moment ! 20 ! L’extase, le summum, le Nirvana ! Comme le groupe que j’aime bien ! Un putain de 20 ! T’as vu Kurt ? J’ai eu un 20 en maths ! Kurt, c’est Kurt Cobain, le feu chanteur de Nirvana. Oui, je sais, je m’égare un peu. Mais je m’en fous ! Laissez-moi mon délire, mon prestige, ma joie. Un 20 ! UN 20 ! En plein dans la face de tous ces fayots, ces fayotes, ces culs bénis qui vont à la messe le dimanche, au cathé le mercredi après-midi, qui sont membres actifs de la paroisse, qui font le ramadan et vont à la mosquée, qui font le shabbat et te récite la Tora en long, en large et en travers, sans oublier ceux qui ne bouffent que de l’herbe parce que les animaux, on les tue, et qui se la raconte parce qu’ils sont persuadés d’être au-dessus de tout alors qu’ils n’y entravent que dalle ! A tous zé toutes, je vous l’envoie et avec élan ce 20, vous qui, le reste de la semaine faîtes les pires crasses ! Un 20, un 20 en plein dans la poire de mes potes, qui de temps à autres, il faut bien l’avouer, n’hésitaient pas à se foutre de ma gueule. Un 20 dans le gros pif à mon prof ! Il a dû rester sur le cul en corrigeant ma copie ce blaireau ! Bien fait, bien fait ! Ma vengeance ne fait que commencer. Et, oh, tout doux Eolien, tout doux ! C’est peut-être la crise, mais, ce n’est pas la guerre. Du moins, pas encore.
Dommage que l’on soit en décembre parce que le silence est tellement pesant qu’on pourrait entendre les mouches voler. Ben ouais, en hiver, il n’y a pas de mouches. Enfin, logiquement, car avec les températures de merde que l’on a, de temps à autre, il y en a une ou deux qui arrivent encore à rentrer dans la maison quand le soir, on ferme les volets ! D’ailleurs, ça énerve ma mère. Et moi aussi. Mais bon les saisons et les températures douces du mois de décembre, on s’en tape un peu là, tout de suite.
- Bon Eolien, tu vas rendre les copies à tes camarades s’il te plaît. Et je crois que je vais être obligé de refaire un cours sur Pythagore et sa réciproque étant donné que le reste de la classe n’a même pas la moyenne.
QUOUAAAAAAAAAAAA ?!!! Personne n’a la moyenne ! Nan, mais c’est une blague, pourtant on n’est pas le premier avril ! Pinaise, comme dirait mon autre pote Homer, Homer Simson, un des rares Ricains que j’aime bien. Donc, comme dirait Homer « Pinaise, j’en crois pas mes oreilles ! Ouh, pinaise de pinaise ! ».
Sans déconner les gens, sans rire, je suis sur le cul là ! Personne n’a réussi, c’est une pluie de cartons qui s’abat sur la classe ! Finalement, rien que pour ça, je crois que je vais devenir pote avec Pythagore ! Ah, Saint-Pythagore, priez pour eux, pauvres branleurs, maintenant et jusqu’à l’heure de leur mort, amen, alleluia et vive moi !
Bon, ben ce n’est pas le tout, mais, faut que je distribue les copies. Je prends le paquet que me tend mon prof. 24 copies. Nan, pas 24. 23. Puisque ma mienne à moi, elle est au-dessus du lot. J’aime autant vous dire que celle-ci, je vais l’encadrer histoire ne jamais, jamais oublier que je suis capable et qu’effectivement, je suis loin d’être con. Bon et bien après ce petit sursaut de fierté, je m’avance lentement vers les pupitres. Je prends les feuilles une à une, je vais vers les uns, les unes puis vers les autres. Tiens Jeanne, ce 2/20, il est pour toi. T’iras poser un cierge à Jésus Dimanche pour voir s’il peut changer ton 2 en 20. A mon avis, vu que tu n’es pas très, très sage et gentille, je ne sais pas s’il ne va pas te le mettre dans la gueule ton cierge ! Dommage, c’était super bien écrit et super bien présenté. On va dire que le 2, c’est pour l’écriture et l’encre hein ! Je me dirige maintenant vers mon pote Benoît, quel prénom à la con il a lui aussi ! Je lui tends sa feuille. Bigre, fichtre, diantre, damned, 5/20 ! Ca craint mon vieux, ça craint. Prépare la flotte pour rincer le savon que tu vas te prendre par tes parents. Je continue la distribution, 0,5, 3, 7, 4, 1,5 ! Oh la la, c’est l’hécatombe, la vraie cata ! Si la France a perdu son triple A, y en a qui se sont récupérés les triples –AAAAAAAAAA ! Je passe vers mon bureau pour poser ma copie. Discrètement je récupère ma gomme dans ma trousse. Enfin, ce qu’il en reste. Quitte à me faire pourrir par ma mère encore parce que je nique toutes mes gommes, je ne peux pas passer à côté d’une trop belle occase ! Je planque directement le morceau dans ma poche, je décroche un sourire à Méline, elle me le rend. Et là, mon petit palpitant recommence à battre la chamade. Car ce sourire, c’était presque un aveu. Un peu comme si elle m’avait dit : « c’est super Eolien, même si moi je me ramasse, ce n’est pas grave. Après tout, je ne suis pas non plus au bord du gouffre, alors une mauvaise note, ça ne me fera pas un trou là où j’en ai déjà un ! ». Ouais, d’accord, ce n’est pas vraiment romantique et poétique tout ça. Il n’empêche que c’est vraiment l’impression que j’ai eue. L’air de rien, je continue ma distribution, de cartons tout en faisant des petits bouts de gomme dans ma poche avec mon autre main. Je prends mon temps, je savoure, je déguste. Ca change, d’habitude, c’est moi qui déguste mais pas de la même façon. Je jette un œil derrière pour zieuter mon prof. Il est impassible, comme inerte, trop dégoûter de voir que même parmi l’élite, il y a des ânes, des cancres, des gros et grosses nazes qui n’ont même pas été foutu d’avoir au moins la moyenne ! Bien fait ! Bien fait ! Je repars, la cervelle débordante de joie et la poche remplie de munitions ! Samy commence à faire le con quand il me voit arriver. Je lui donne sa copie et paf, un bout de gomme dans l’œil ! Tiens connard, ça, c’est pour tout à l’heure !
- M’sieur, M’sieur, Eolien, il me jette des bouts de gomme !
- Tais-toi, Samy, tais-toi !
- Mais c’est vrai M’sieur, il me balance des bouts de gomme !
- Bon Samy, tu veux que je t’en rajoute deux autres ?
- Nan, M’sieur !
- Alors tais-toi. Continue Eolien, continue. Rends les copies.
Comment que c’est trop de la balle de faire l’innocent ! Quand Samy a ouvert sa gueule pour se plaindre, j’ai fait comme si de rien était. Même pas je n’ai tenté de répondre ou de me défendre ! C’est trop facile de faire passer les autres pour des cons. Je ne savais même pas que j’avais cette faculté là ! Quel enfoiré je fais quand même ! Et attends, Samy, attends. Bientôt, on va aller becter, et là, tu vas encore dérouiller ! Je m’arrangerai pour ne pas me faire repérer par les surveillantes et là, tu vas voir des rôtis de porc voler ! Accompagnés bien sûr de purée et de petits pois. Je regarde l’heure. QUOUAAAAAAA, DEJAAAAAAAAAAAA ! 10h45, il faut que je me grouille à finir la distribution de cadeaux les gars ! Ben ouais, je me sens un véritable Père Nono aujourd’hui ! Allez-y, tout le monde aura son petit présent ! Ca tombe bien, on est à une quinzaine de jours de Noël, et vous, vous avez votre joujou en avance ! Elle n’est pas belle la vie ?! Je me marre tout seul, dans mon cervelet y a comme une explosion. Un peu comme si mon hypophyse se mettait à m’inonder de milliers d’ondes plus positives les unes que les autres. Merci mon hypophyse, tu bosses super bien aujourd’hui, comme moa ! Oh, mais que vois-je ?! Super boudin en puissance qui pleure ! Ben, m’enfin, super connasse, ne fais pas le groin parce que tu n’as eu qu’un malheureux 3,5/20 ! Ce n’est rien ma petite Coralie pétasse ! Ouais, je sais, papa et maman vont faire la gueule et qui sait, peut-être te punir. Bah, tu n’as qu’à leur dire que c’est la faute du prof hein ! Ben ouais hein, le fayotage, ça n’a pas marché sur ce coup là ! Quoiquya mon petit ? Hein ? Dis-voir à tonton Eolien. Allez, tiens ta copie et en prime, je t’envoie un bout de gomme dans ton blaire ! Ca t’apprendra à aller cafter au prof quand j’essayais de pomper deux ou trois réponses sur ta feuille. Tiens, celle que je te rends, elle est tellement pourrie, que tu pourras toujours essayer de te torcher avec ! Visiblement, Coralie n’a pas du tout, mais alors pas du tout aimé mon bout de gomme. Mais, curieusement, elle ne l’ouvre pas pour aller une fois de plus geindre auprès du prof. Elle la ferme. Coralie, le genre de gonzesse que je déteste. Moche qui se croit belle, intello et lèche-cul à souhait, toujours la première à se foutre de la gueule des autres quand ils se vautrent lamentablement, toujours la première à donner des leçons, toujours la première à se croire l’élite parmi l’élite, le suprême de l’intelligence. Ben là, pour le coup, c’est plutôt au raz des pâquerettes qu’elle se situe la Coralie. Elle en est si près, qu’elle peut même faire office de tondeuse à gazon avec son râtelier dans la bouche ! Je sais, je me moque alors que moi aussi j’en ai un ! Mais, aujourd’hui, c’est la Saint Eolien et je peux me permettre quelques écarts ! Fais chier, j’arrive à la fin de la distribution, et je n’ai pas encore vu la copie de Méline. J’espère qu’elle ne s’est pas trop plantée. Il ne me reste que cinq ou six feuilles à rendre. Je m’empresse de le faire non sans avoir au préalable, fait voler quelques bouts de gomme de ci de là, histoire de vider ma poche et de filer l’estocade à quelques tronches. Une branlée au niveau des notes c’est bien, mais en y ajoutant quelques pincées de gommes, c’est carrément un cran au dessus. J’ai dans les mains la copie de Méline. Nan, ce n’est pas possible. Je n’en crois pas mes yeux. Un 0. Une bonne grosse bulle. Et, oh surprise, une copie toute blanche, toute vierge. Immaculée comme Conception. Je retourne m’assoir. Je donne la feuille à Abricotine. Je la regarde, étonné. Elle me rend son plus beau sourire. La sonnerie retentit. Les cahiers et trousses retournent dans les cartables. Même le prof ne dit rien quand au vacarme que nous faisons. Je crois qu’il est carrément désabusé, écœuré. Tout le monde se lève, se bouscule, se pousse pour sortir au plus vite de cette heure de cours merdique. Enfin, merdique surtout pour les autres, parce que pour moi, ça gaze ! Je m’apprête à me barrer aussi lorsqu’au beau milieu du brouhaha ambiant, je sens sur mes lèvres une douce saveur de miel et une langue qui cherche à atteindre la mienne. Ben merde alors ! Quelle journée ! Quelle galoche ! Pfiouuuuuuuuuuu ! Je n’arrive pas à me décoller et je laisse tomber mon cartable pour enfin la prendre dans mes bras. Oh, sans dec, tous les 20 de la terre ne valent pas ce que je suis en train de vivre ! C’est tout simplement voluptueux, doux, tendre, magique. Ouais, c’est ça, magique. Tout simplement, magique. D’ailleurs, dans cette histoire je me demande si tout n’est pas magique. Si c’est vraiment moi, Eolien, à qui tout cela arrive. Je n’ai pas envie que ça s’arrête, alors, je prolonge, je prolonge. D’ailleurs, j’ai tellement prolongé que je n’ai jamais oublié cette journée. Elle reste gravée dans ma tronche surtout quand j’emmène mon fils à l’école. C’est que c’est un grand maintenant ! Première année de Mat Sup, maternelle supérieure ! Et ce matin, c’est mon tour puisque Méline a pris son service à 6h00. Infirmière à l’hôpital Lyon-Sud, ses journées sont bien remplies. Non pas que les miennes soient vides, mais ce n’est pas pareil. Je suis devenu professeur de musique. Je donne des cours dans des MJC, des associations, des écoles de musique, au conservatoire où là, je m’emmerde vraiment, et ma foi, j’arrive quand même à gagner ma croûte. J’ai monté un petit groupe avec des potes. On arrive à jouer dans des cafés concerts, des pubs, sur des petites scènes de la région. Bref, on se fait un peu de thune et surtout, on se fait plaisir.
C’est sûr je ne suis pas une rock-star, mais je m’en cogne. De toute façon, je n’ai jamais aimé les rock-star. Puis, avec Méline, même si on n’est pas super riches, on s’en tape, à partir du moment où on arrive à joindre les deux bouts, c’est le principal. Sûr que parfois, on serre les dents et le porte-monnaie, mais, ce n’est pas grave. Notre vie, on l’a choisie et c’est le plus important. Puis, une chose est sûre, c’est que l’on est d’accord sur beaucoup de choses notamment sur le fait de faire vraiment ce que l’on aime. Quitte à serrer un peu plus la ceinture. On ne veut pas d’une vie ordinaire. C’est peut-être ça aussi qui avait poussé ma mère à partir. Et, aujourd’hui, je la comprends encore plus. Nous, avec Méline, on est très unis, très solidaires, très proches et toujours aussi amoureux ! Et ce depuis cette fameuse journée. Ca vous fait sourire, voire même rire ?! Couillons ! Et à votre avis, pourquoi ma Méline à moi elle a rendu sa feuille blanche hein ?! Je vous laisse le soin de trouver la réponse. Et, faîtes gaffe hein ! Parce que je note sévère ! Ben tiens, en bon prof que je suis, j’arrive bien à casser les couilles aussi !
Spécialement pour Yann ! T'as de la chance, je ne suis pas rancunière !
