E.V
Modérateur : modérateurs
- Abricotine
- Messages : 193
- Enregistré le : 03 déc. 2013, 19:00
- Localisation : Lyon
E.V
E - V
La Saint-Valentin ! Connerie parmi les conneries inventée par les humains. La fête à l’amour, la vente des sentiments, des roses, rouges, de préférence, c’est plus sensuel, attirant, sexuel. Les blanches, c’est la pudeur, la tendresse, l’amour comme celui de ma mère, perdu à jamais.
On ne m’a jamais offert des roses blanches. Les rouges, je les déteste. Les rouges, c’est le sang, le sexe, le cul. Elles sont vulgaires, imbéciles tant elles parlent et veulent tout dire. Elles sont éphémères, blessantes, ennuyeuses, mortelles.
Alors que les blanches, elles sont si belles, si pures, si douces. Elles parlent d’elles-mêmes, touchent, frôlent, survolent, apaisent les douleurs, toutes les douleurs. Ma mère s’en est allée couverte de roses blanches. C’est bien la seule fois où elle en a eu. C’est sûrement la seule fois d’ailleurs aussi que mon père, enculé tout de même parmi les enculés, lui en avait offert. C’était aussi la dernière fois. Ce n’était pas la Saint-Valentin. Pourtant, c’était en hiver aussi. Puis c’est qui d’abord ce con de Valentin ?!
Non ce n’était pas sa fête à cet abruti. C’était la Saint François de Sales ou pas. Puis, je m’en fous de la fête à qui c’était. Ce que je sais surtout, c’est que ce fût la mienne. Sainte Douleur, priez pour moi, à l’heure où mon monde s’écroule. Amen, Alléluia et va te faire mettre ! Quarante-ans ! Quarante-ans ! Je t’ai dit adieu Maman.
24 janvier 1974 – 24 janvier 2014
Ci-gît Ma Maman - Elle avait à peine cinquante ans
J’en avais huit. Huit ! Huit ans !
Bon Dieu de Merde !
Bon Dieu de Merde, c’est le cas de le dire ! Et malgré la croix qui orne ta tombe, ta piété, ta croyance en lui, je n’y crois pas, Maman, je n’y crois pas. Dieu nous a abandonnées, si tant est qu’il ait existé un jour, si tant est qu’il nous ait aidées un jour. Si tant est qu’il se soit un peu rendu compte de l’énorme bourde qu’il a faite en te rappelant à lui, en t’enlevant à moi, en m’accrochant sur sa putain de croix.
Et je la porte ma croix. Ca fait quarante ans que je me la coltine, sans compter les années avant. Avant ton départ pour l’au-delà. Les années avant, avec le patriarche bourré jusqu’à la moelle et déversant toute sa haine. Violences, violences, mots, mots, violents, violents, les mots, les maux, les coups, les bleus, les ecchymoses, au corps, au cœur, à l’âme. Constamment sur la brèche, avec la peur au ventre en attendant l’accalmie. Il fallait que l’alcool fasse son effet. Coma éthylique, ronflement, apaisement. Ouf ! Il dort. Quelques heures de tranquillité dans le noir de la nuit et tes bras qui m’entourent, me bercent, m’apaisent. L’angoisse, la peur s’en vont pour un temps. Il sera bien temps de repenser à toutes ces scènes obscènes, salaces, pourries, dégueulasses. Il sera bien temps encore d’y repenser, de les repousser, de les affronter. Demain sera un autre jour, comme aujourd’hui, et ce sera la fin d’après-midi, tu viendras me chercher à l’école avec des Madeleines ou une banane, on rentrera à la maison, j’aurais mon chocolat chaud, devant le poêle à mazout et la misère qui nous entoure. Il y aura aussi mes frères, ma sœur. Ma sœur, ma pauvre sœur ! Comme elle a dérouillé elle aussi ! Et comme elle continue de dérouiller encore, comme moi, comme nous, Maman. Tu nous as tout de même laissé un drôle d’héritage. Subir sans broncher, avaler, tout avaler. Ne pas dire, ne pas parler, cacher, se cacher, taire les secrets. Foutus secrets de famille qui bousillent de l’intérieur, qui rongent, qui détruisent et qui lorsqu’on les découvre, anéantissent, sapent, sabrent, mettent à terre et répondent enfin aux questions que l’on s’est toujours posé.
Ouais, les secrets ! Foutue connerie ! Comme la Saint-Valentin que s’apprêtent à fêter des millions d’abrutis ! Sortez le pognon, les gens. C’est le soir ou jamais. Les roses rouges, Messieurs, assurent le pieu. Les dîners aux chandelles, Mesdames, les dessous chics, rouges, de préférence, ça plaît, ça excite. Orgasme assuré. Ou pas. Personnellement, si j’avais un Valentin, je lui demanderai bien de m’en filer d’orgasme. Juste pour voir l’effet que ça fait. Mais un vrai, pas un tout bidon comme j’ai connu jusqu’à maintenant. Non, un vrai de vrai avec un grand O ! Un grand O comme Oh merde ! Oh putain que c’était bon ! Oh merde, ce n’était qu’un rêve !
Oh merde, je me suis encore fait baiser la gueule … Et le reste, aussi, bien évidemment.
- C’était bien ?
- Non, c’était naze ! Pôv’tâche
Valentin repartira donc, l’orgueil blessé, la fierté mise à mal, la bite sur l’oreille et le couteau dans son étui. Puis des Valentin, y en a à tous les coins de rue. J’en ai même eu un pendant dix-sept ans. Pas bon, pas mauvais, comme celui qui a suivi après. Pas bon, pas mauvais. Juste assez pour te faire bien dérouiller, te mettre plus bas que terre, te traiter de tous les noms, à l’occasion t’en coller une ou deux, puis revenir la queue entre les jambes en te demandant pardon ou mieux encore, te demander de tes nouvelles comme si rien ne s’était passé, comme si rien n’avait existé et repartir tout étonné de s’être fait gentiment envoyer chier. Je n’aime pas les attitudes merdiques, je n’aime pas la lâcheté, je n’aime pas l’hypocrisie, je n’aime pas les sentiments, je n’aime pas l’amour, du reste ai-je vraiment aimé ou du moins ai-je vraiment été aimée un jour ? Mais bien sûr que j’ai aimé. C’est ce qui m’a bien perdue d’ailleurs. Ce besoin d’amour que tant de Valentin version tête de nœud ont bousillé, abîmé, sali, ruiné. J’ai aimé oui jusqu’à ne plus savoir qu’en foutre. J’ai aimé oui et j’aime encore. Sauf que maintenant et encore plus qu’avant, cet amour-là, je le vis, je le donne, je le nourris pour lui, uniquement pour lui, mon fils, mon enfant. Comme ma Maman. Chair de ma chair, sang de mon sang, cet amour n’a pas de nom, ne se décrit pas, ne se compte, n’est pas menteur, n’est pas sale, crade, pourri, illusoire. Non cet amour-là, il se vit du fond des tripes, du cœur, de l’âme avec cette sincérité inébranlable et partagée où le doute n’a plus sa place.
Mon enfant, ses quinze ans, ses cheveux longs, ses ongles limés, tout aussi longs sur main droite pour mieux jouer de la guitare, sa musculation pour mieux jouer de la batterie. Mon gamin, son amour pour la musique, sa solitude au milieu des autres, parce que différent, rebelle, se refusant à cette société merdique où pourtant il est obligé de grandir. Mon grand garçon, se faisant traiter de « fils de pute » par son propre père, se faisant malmené, se faisant insulter juste parce que tout simplement, il aime sa mère. Curieux genre humain qui sous le coup de la colère, de la souffrance peut-être, balance des mots, des paroles, lèvent les mains pour mieux les rabattre après. Oui, c’est la colère, la souffrance. Mais est-ce une excuse suffisante ? Non, non, bien sûr que non. Qu’on me traite de salope, de pute, de menteuse, d’imbécile, de garce, de merdeuse. Qu’on me traite de tous les noms, ça fait mal, oui, très mal. Mais au fond, ce n’est pas grave. Puis de toute façon, les insultes, je les ai connues très tôt. Merci Papa pour ces jolies colonies de vacances ! Mais qu’on blesse mon fils, je ne le supporte pas. D’ailleurs, je ne supporte plus non plus et ne tolère plus, non plus, que l’on me traite aussi comme une merde, moi, sa mère. Je refuse la fatalité. Je n’encaisse et n’encaisserai plus. Ma condition de femme a été écorchée.
Ecorchée vive. E-V.
Initiales que tu as choisi de faire graver sur ta bague, ton cadeau de Noël.
Noël 2013. S’il y a bien eu un Noël bien pourri, c’est bien celui-là. Ambiance merdique, faire semblant, toujours, toujours, histoire de montrer un semblant d’entente et d’éviter les déchirements qui sont pourtant bien là, bien présents et qui ne manqueront pas de revenir encore, encore, encore. Plus tard et plus mal. Encore. Pourtant, je suis déjà déchirée en pensant à cette autre tâche, qui en l’espace d’une journée a réussi à m’achever. J’ai relevé la tête, les épaules, encore, encore, encore, juste pour toi, rien que pour toi. Et puis, pour moi aussi, oui, pour moi. Puis, tu as été là, tout près, tout près, on n’a pas de secret. Les secrets c’est tout pourri. Oui, tu me l’as dit
- Laisse-tomber Maman, laisse tomber. Ca n’en vaut pas la peine. Tu mérites mieux, Maman, beaucoup mieux. Puis, je ne veux plus te voir pleurer. A cause de mon père, à cause d’un autre, à cause de n’importe quoi d’autre. Plus jamais, Maman, plus jamais. Sois heureuse un peu, pense à toi. T’as donné dix-sept ans de ta vie pour moi. Ne continues pas à t’emprisonner, à t’enchaîner. Laisse Maman, laisse. Reconstruis-toi, reprends ta vie, ta liberté et regarde-moi. On est fait du même bois et la sève qui coule dans nos veines est intarissable. Elle ne sera jamais à sec parce qu’elle se nourrit de cet amour que tu as réussi à bâtir, à fonder, à consolider malgré toutes les crasses que la vie t’a faîte. Je suis là Maman comme toi tu l’as été et comme tu l’es toujours. Je t’aime Ma Maman.
J’ai fondu, de joie, de larmes, de culpabilité aussi d’avoir bien trop picolé pendant des années pour oublier, oublier. Je m’en suis voulue tant et plus à cause de cette impression merdique de l’avoir sacrifié, des fois, juste pour penser un peu à moi. Je m’en suis voulue et je m’en veux encore de l’avoir gâché par manque de courage, par obligation, par cette foutue éducation qui veut un papa, une maman, une maison. La réussite ! Puis, l’échec cuisant et plus que merdique. Les mots me manquent pour dire ce vécu, pour le décrire, pour parler de ces humiliations constantes, présentes, lourdes. Et puis ma pudeur m’oblige à les taire. Je n’aime pas l’étalage des souffrances. Elles sont personnelles, à moi, bien à moi. On s’en abreuve, on se les rappelle, non pas pour s’y complaire, mais juste pour ne pas les oublier afin de ne pas les recommencer.
Noël 2013, les néons des magasins clignotent, les lumières illuminent les villes, les gens font la gueule et j’en n’ai rien à foutre. Je n’ai pas décoré la maison. C’est la première année. Puis, ce n’est plus ma maison. Du reste, elle ne l’a jamais vraiment été cette foutue baraque. On sort tous les deux, l’ambiance à l’intérieur est plus que malsaine. On rentre dans la bijouterie. La bague de ton anniversaire est cassée. Puis, elle était de toute façon, toute merdique. Tu choisis un modèle. Une chevalière en argent rhodie. On regarde ensemble les modèles de gravure. Tu choisis le style gothique. Et pourtant, tu en es loin du gothique. Puis, d’un seul coup, j’entends le son de ta voix
- Maman, donne-moi un titre de chanson qui te ressemble, te résume. Un groupe, un artiste que tu aimes vraiment.
Je suis un peu prise de cours et surprise. Je ne sais pas trop. Les premiers bien-sûr qui me viennent à l’esprit sont Noir Désir. Puis, tu connais mes goûts, tu as les mêmes. Je t’en ai fait découvrir d’autres, t’en fait découvrir encore et toi aussi. Le partage entre nous n’est pas à sens unique. Puis tu me regardes, tu me le dis, tu as lu en moi au travers d’une chanson.
- Maman, je sais. E.V.
J’ai fondu en larmes. Tu voulais que cette bague soit un symbole fort. Un lien entre toi et moi, une manière de m’avoir à ton doigt comme pour te rappeler ce que l’on a vécu, ce que l’on va vivre, ce que l’on vivra, ce que tu vivras toi, après moi, bien après moi. Et je me contrefous de ce que pensent ou penseront les autres têtes bien pensantes de l’éducation que je t’ai donnée. Parce que je sais qu’au fond, tout au fond de moi, tu es ma plus belle réussite, tu as dépassé toutes mes espérances, tu as su comblé et tu combles encore ce vide laissé par ta grand-mère et plus que tout, tu effaces, tu gommes, tu déchires toutes ces souffrances que cette putain de vie de merde m’a envoyé.
Je t’adore mon ange.
E.V.
« Nous les écorchés vifs, on en a des sévices »
Et du haut de tes quinze ans, tu en sais déjà quelque chose n’est-ce-pas ?
La Saint-Valentin ! Connerie parmi les conneries inventée par les humains. La fête à l’amour, la vente des sentiments, des roses, rouges, de préférence, c’est plus sensuel, attirant, sexuel. Les blanches, c’est la pudeur, la tendresse, l’amour comme celui de ma mère, perdu à jamais.
On ne m’a jamais offert des roses blanches. Les rouges, je les déteste. Les rouges, c’est le sang, le sexe, le cul. Elles sont vulgaires, imbéciles tant elles parlent et veulent tout dire. Elles sont éphémères, blessantes, ennuyeuses, mortelles.
Alors que les blanches, elles sont si belles, si pures, si douces. Elles parlent d’elles-mêmes, touchent, frôlent, survolent, apaisent les douleurs, toutes les douleurs. Ma mère s’en est allée couverte de roses blanches. C’est bien la seule fois où elle en a eu. C’est sûrement la seule fois d’ailleurs aussi que mon père, enculé tout de même parmi les enculés, lui en avait offert. C’était aussi la dernière fois. Ce n’était pas la Saint-Valentin. Pourtant, c’était en hiver aussi. Puis c’est qui d’abord ce con de Valentin ?!
Non ce n’était pas sa fête à cet abruti. C’était la Saint François de Sales ou pas. Puis, je m’en fous de la fête à qui c’était. Ce que je sais surtout, c’est que ce fût la mienne. Sainte Douleur, priez pour moi, à l’heure où mon monde s’écroule. Amen, Alléluia et va te faire mettre ! Quarante-ans ! Quarante-ans ! Je t’ai dit adieu Maman.
24 janvier 1974 – 24 janvier 2014
Ci-gît Ma Maman - Elle avait à peine cinquante ans
J’en avais huit. Huit ! Huit ans !
Bon Dieu de Merde !
Bon Dieu de Merde, c’est le cas de le dire ! Et malgré la croix qui orne ta tombe, ta piété, ta croyance en lui, je n’y crois pas, Maman, je n’y crois pas. Dieu nous a abandonnées, si tant est qu’il ait existé un jour, si tant est qu’il nous ait aidées un jour. Si tant est qu’il se soit un peu rendu compte de l’énorme bourde qu’il a faite en te rappelant à lui, en t’enlevant à moi, en m’accrochant sur sa putain de croix.
Et je la porte ma croix. Ca fait quarante ans que je me la coltine, sans compter les années avant. Avant ton départ pour l’au-delà. Les années avant, avec le patriarche bourré jusqu’à la moelle et déversant toute sa haine. Violences, violences, mots, mots, violents, violents, les mots, les maux, les coups, les bleus, les ecchymoses, au corps, au cœur, à l’âme. Constamment sur la brèche, avec la peur au ventre en attendant l’accalmie. Il fallait que l’alcool fasse son effet. Coma éthylique, ronflement, apaisement. Ouf ! Il dort. Quelques heures de tranquillité dans le noir de la nuit et tes bras qui m’entourent, me bercent, m’apaisent. L’angoisse, la peur s’en vont pour un temps. Il sera bien temps de repenser à toutes ces scènes obscènes, salaces, pourries, dégueulasses. Il sera bien temps encore d’y repenser, de les repousser, de les affronter. Demain sera un autre jour, comme aujourd’hui, et ce sera la fin d’après-midi, tu viendras me chercher à l’école avec des Madeleines ou une banane, on rentrera à la maison, j’aurais mon chocolat chaud, devant le poêle à mazout et la misère qui nous entoure. Il y aura aussi mes frères, ma sœur. Ma sœur, ma pauvre sœur ! Comme elle a dérouillé elle aussi ! Et comme elle continue de dérouiller encore, comme moi, comme nous, Maman. Tu nous as tout de même laissé un drôle d’héritage. Subir sans broncher, avaler, tout avaler. Ne pas dire, ne pas parler, cacher, se cacher, taire les secrets. Foutus secrets de famille qui bousillent de l’intérieur, qui rongent, qui détruisent et qui lorsqu’on les découvre, anéantissent, sapent, sabrent, mettent à terre et répondent enfin aux questions que l’on s’est toujours posé.
Ouais, les secrets ! Foutue connerie ! Comme la Saint-Valentin que s’apprêtent à fêter des millions d’abrutis ! Sortez le pognon, les gens. C’est le soir ou jamais. Les roses rouges, Messieurs, assurent le pieu. Les dîners aux chandelles, Mesdames, les dessous chics, rouges, de préférence, ça plaît, ça excite. Orgasme assuré. Ou pas. Personnellement, si j’avais un Valentin, je lui demanderai bien de m’en filer d’orgasme. Juste pour voir l’effet que ça fait. Mais un vrai, pas un tout bidon comme j’ai connu jusqu’à maintenant. Non, un vrai de vrai avec un grand O ! Un grand O comme Oh merde ! Oh putain que c’était bon ! Oh merde, ce n’était qu’un rêve !
Oh merde, je me suis encore fait baiser la gueule … Et le reste, aussi, bien évidemment.
- C’était bien ?
- Non, c’était naze ! Pôv’tâche
Valentin repartira donc, l’orgueil blessé, la fierté mise à mal, la bite sur l’oreille et le couteau dans son étui. Puis des Valentin, y en a à tous les coins de rue. J’en ai même eu un pendant dix-sept ans. Pas bon, pas mauvais, comme celui qui a suivi après. Pas bon, pas mauvais. Juste assez pour te faire bien dérouiller, te mettre plus bas que terre, te traiter de tous les noms, à l’occasion t’en coller une ou deux, puis revenir la queue entre les jambes en te demandant pardon ou mieux encore, te demander de tes nouvelles comme si rien ne s’était passé, comme si rien n’avait existé et repartir tout étonné de s’être fait gentiment envoyer chier. Je n’aime pas les attitudes merdiques, je n’aime pas la lâcheté, je n’aime pas l’hypocrisie, je n’aime pas les sentiments, je n’aime pas l’amour, du reste ai-je vraiment aimé ou du moins ai-je vraiment été aimée un jour ? Mais bien sûr que j’ai aimé. C’est ce qui m’a bien perdue d’ailleurs. Ce besoin d’amour que tant de Valentin version tête de nœud ont bousillé, abîmé, sali, ruiné. J’ai aimé oui jusqu’à ne plus savoir qu’en foutre. J’ai aimé oui et j’aime encore. Sauf que maintenant et encore plus qu’avant, cet amour-là, je le vis, je le donne, je le nourris pour lui, uniquement pour lui, mon fils, mon enfant. Comme ma Maman. Chair de ma chair, sang de mon sang, cet amour n’a pas de nom, ne se décrit pas, ne se compte, n’est pas menteur, n’est pas sale, crade, pourri, illusoire. Non cet amour-là, il se vit du fond des tripes, du cœur, de l’âme avec cette sincérité inébranlable et partagée où le doute n’a plus sa place.
Mon enfant, ses quinze ans, ses cheveux longs, ses ongles limés, tout aussi longs sur main droite pour mieux jouer de la guitare, sa musculation pour mieux jouer de la batterie. Mon gamin, son amour pour la musique, sa solitude au milieu des autres, parce que différent, rebelle, se refusant à cette société merdique où pourtant il est obligé de grandir. Mon grand garçon, se faisant traiter de « fils de pute » par son propre père, se faisant malmené, se faisant insulter juste parce que tout simplement, il aime sa mère. Curieux genre humain qui sous le coup de la colère, de la souffrance peut-être, balance des mots, des paroles, lèvent les mains pour mieux les rabattre après. Oui, c’est la colère, la souffrance. Mais est-ce une excuse suffisante ? Non, non, bien sûr que non. Qu’on me traite de salope, de pute, de menteuse, d’imbécile, de garce, de merdeuse. Qu’on me traite de tous les noms, ça fait mal, oui, très mal. Mais au fond, ce n’est pas grave. Puis de toute façon, les insultes, je les ai connues très tôt. Merci Papa pour ces jolies colonies de vacances ! Mais qu’on blesse mon fils, je ne le supporte pas. D’ailleurs, je ne supporte plus non plus et ne tolère plus, non plus, que l’on me traite aussi comme une merde, moi, sa mère. Je refuse la fatalité. Je n’encaisse et n’encaisserai plus. Ma condition de femme a été écorchée.
Ecorchée vive. E-V.
Initiales que tu as choisi de faire graver sur ta bague, ton cadeau de Noël.
Noël 2013. S’il y a bien eu un Noël bien pourri, c’est bien celui-là. Ambiance merdique, faire semblant, toujours, toujours, histoire de montrer un semblant d’entente et d’éviter les déchirements qui sont pourtant bien là, bien présents et qui ne manqueront pas de revenir encore, encore, encore. Plus tard et plus mal. Encore. Pourtant, je suis déjà déchirée en pensant à cette autre tâche, qui en l’espace d’une journée a réussi à m’achever. J’ai relevé la tête, les épaules, encore, encore, encore, juste pour toi, rien que pour toi. Et puis, pour moi aussi, oui, pour moi. Puis, tu as été là, tout près, tout près, on n’a pas de secret. Les secrets c’est tout pourri. Oui, tu me l’as dit
- Laisse-tomber Maman, laisse tomber. Ca n’en vaut pas la peine. Tu mérites mieux, Maman, beaucoup mieux. Puis, je ne veux plus te voir pleurer. A cause de mon père, à cause d’un autre, à cause de n’importe quoi d’autre. Plus jamais, Maman, plus jamais. Sois heureuse un peu, pense à toi. T’as donné dix-sept ans de ta vie pour moi. Ne continues pas à t’emprisonner, à t’enchaîner. Laisse Maman, laisse. Reconstruis-toi, reprends ta vie, ta liberté et regarde-moi. On est fait du même bois et la sève qui coule dans nos veines est intarissable. Elle ne sera jamais à sec parce qu’elle se nourrit de cet amour que tu as réussi à bâtir, à fonder, à consolider malgré toutes les crasses que la vie t’a faîte. Je suis là Maman comme toi tu l’as été et comme tu l’es toujours. Je t’aime Ma Maman.
J’ai fondu, de joie, de larmes, de culpabilité aussi d’avoir bien trop picolé pendant des années pour oublier, oublier. Je m’en suis voulue tant et plus à cause de cette impression merdique de l’avoir sacrifié, des fois, juste pour penser un peu à moi. Je m’en suis voulue et je m’en veux encore de l’avoir gâché par manque de courage, par obligation, par cette foutue éducation qui veut un papa, une maman, une maison. La réussite ! Puis, l’échec cuisant et plus que merdique. Les mots me manquent pour dire ce vécu, pour le décrire, pour parler de ces humiliations constantes, présentes, lourdes. Et puis ma pudeur m’oblige à les taire. Je n’aime pas l’étalage des souffrances. Elles sont personnelles, à moi, bien à moi. On s’en abreuve, on se les rappelle, non pas pour s’y complaire, mais juste pour ne pas les oublier afin de ne pas les recommencer.
Noël 2013, les néons des magasins clignotent, les lumières illuminent les villes, les gens font la gueule et j’en n’ai rien à foutre. Je n’ai pas décoré la maison. C’est la première année. Puis, ce n’est plus ma maison. Du reste, elle ne l’a jamais vraiment été cette foutue baraque. On sort tous les deux, l’ambiance à l’intérieur est plus que malsaine. On rentre dans la bijouterie. La bague de ton anniversaire est cassée. Puis, elle était de toute façon, toute merdique. Tu choisis un modèle. Une chevalière en argent rhodie. On regarde ensemble les modèles de gravure. Tu choisis le style gothique. Et pourtant, tu en es loin du gothique. Puis, d’un seul coup, j’entends le son de ta voix
- Maman, donne-moi un titre de chanson qui te ressemble, te résume. Un groupe, un artiste que tu aimes vraiment.
Je suis un peu prise de cours et surprise. Je ne sais pas trop. Les premiers bien-sûr qui me viennent à l’esprit sont Noir Désir. Puis, tu connais mes goûts, tu as les mêmes. Je t’en ai fait découvrir d’autres, t’en fait découvrir encore et toi aussi. Le partage entre nous n’est pas à sens unique. Puis tu me regardes, tu me le dis, tu as lu en moi au travers d’une chanson.
- Maman, je sais. E.V.
J’ai fondu en larmes. Tu voulais que cette bague soit un symbole fort. Un lien entre toi et moi, une manière de m’avoir à ton doigt comme pour te rappeler ce que l’on a vécu, ce que l’on va vivre, ce que l’on vivra, ce que tu vivras toi, après moi, bien après moi. Et je me contrefous de ce que pensent ou penseront les autres têtes bien pensantes de l’éducation que je t’ai donnée. Parce que je sais qu’au fond, tout au fond de moi, tu es ma plus belle réussite, tu as dépassé toutes mes espérances, tu as su comblé et tu combles encore ce vide laissé par ta grand-mère et plus que tout, tu effaces, tu gommes, tu déchires toutes ces souffrances que cette putain de vie de merde m’a envoyé.
Je t’adore mon ange.
E.V.
« Nous les écorchés vifs, on en a des sévices »
Et du haut de tes quinze ans, tu en sais déjà quelque chose n’est-ce-pas ?
Sans haine, sans violence, sans pizza
Re: E.V
Tu m'excusera mignonne d'avoir pas pas marcherAbricotine a écrit :Ma mère s’en est allée couverte de roses blanches. C’est bien la seule fois où elle en a eu. C’est sûrement la seule fois d’ailleurs aussi que mon père, enculé tout de même parmi les enculés, lui en avait offert. C’était aussi la dernière fois. Ce n’était pas la Saint-Valentin. Pourtant, c’était en hiver aussi. Puis c’est qui d’abord ce con de Valentin ?!
En suivant les couronnes de la famille et des amitiés
Parce que ton cogneur était bel et bien là
A respirer ces fleurs que tu n'aimerait pas
A recompter ces roses
Qu'il a payé au prix
De sa dernière rosse
Et de ton dernier cri.
Tu fais chier abricotine à me faire chialer avec tes textes quoi merde!!!
Alors je me suis vengé je vais te faire aussi un peu chialer... 1 partout d'abord.
On s'est promis de se faire rire et sourire en Juin... y'a une promesse qui faut qu'on se fasse alors, on évoquera pas les mamans...Ca va être moyen sinon.
Mais rien nous interdira d'aller cirer notre rage sous les étoiles
Elles brilles plus fort y parait quand on les regarde en y pensant. Enfin surtout 2 d'entre elles.
La première décision vient du coeur et l'intelligence, dont nous sommes tous dépositaire, doit faire ce que notre coeur décide.
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
La normalité n'est pas le summum de ce qui peut s'atteindre.
Anne-Claire Damaggio
- Abricotine
- Messages : 193
- Enregistré le : 03 déc. 2013, 19:00
- Localisation : Lyon
Re: E.V
Rhoooo je m'excuse humblement de t'avoir déçu. Mais promis, juré, craché, croix de bois, croix de fer, si j'mens, je ne sais pas où j'irais, vu que l'enfer on en a un petit aperçu ici bas ! Bien que, à choisir, je préfère largement me faire rôtir par les flammes de l'enfer et faire la teuf à donf, picoler, fumer, dire des conneries plutôt que de me faire chier dans un paradis artificiel où tout est bien lisse, bien propret, avec pas un mot plus haut que l'autre, avec cette impudeur masquée de pudeur, avec ces saintes beautés pire que les dernières des salopes et ces faux-culs prêts à t'endoffer dès que t'as le dos tourné.PatK a écrit :Rhooo quand j'ai vu le titre j'ai cru qu'on parlait du groupe de musique celto-finnois.... zut alors !
Cela dit, c'est bien ce groupe celto-finois ? Connais pas, mais, je vais m'atteler à découvrir.
Désolée Born X. Je ne voulais pas faire de peine. Pas plus que je ne voulais faire pleurer dans les chaumières. Textes de merde, c’est le mot ! Et puis, t’as réussi aussi hein ! Alors, ok, un partout. C’est fou ce qu’on peut écrire sous l’impulsion d’un moment, d’un retour en arrière, d’une minute d’égarement. Cracher sa souffrance, sa haine, sans pudeur, sans honte, sans fard. Des mots crus jetés sur un papier dérisoire qui finira au fin fond d’un placard pour ne pas dire dans la première poubelle venue. Juste étaler les mots les uns après les autres en sachant très bien que de toute façon, ils se seront perdus dans le labyrinthe du temps. Puis, les crachats n’ont jamais guéri. Ils ont tout juste réussi à salir, à donner un semblant d’apaisement et surtout à faire souffrir encore plus en ravivant certaines blessures. On le sait pourtant que la haine ne construit pas. Mais on y va quand même, juste pour se détruire encore un peu plus sur l’instant. Puis, au fond, si on ressent, même en souffrance, c’est que quelque part, on est encore vivant. Et puis, surtout et avant tout, il y a derrière cette noirceur, cet amour-là, immense, vibrant, palpitant.Born X a écrit : Tu m'excusera mignonne d'avoir pas pas marcher
En suivant les couronnes de la famille et des amitiés
Parce que ton cogneur était bel et bien là
A respirer ces fleurs que tu n'aimerait pas
A recompter ces roses
Qu'il a payé au prix
De sa dernière rosse
Et de ton dernier cri.
Tu fais chier abricotine à me faire chialer avec tes textes quoi merde!!!
Alors je me suis vengé je vais te faire aussi un peu chialer... 1 partout d'abord.
On s'est promis de se faire rire et sourire en Juin... y'a une promesse qui faut qu'on se fasse alors, on évoquera pas les mamans...Ca va être moyen sinon.
Mais rien nous interdira d'aller cirer notre rage sous les étoiles
Elles brilles plus fort y parait quand on les regarde en y pensant. Enfin surtout 2 d'entre elles.
Alors, oui, promis en juin (ces cons à la SNCF ne savent pas encore me renseigner pour deux places au moins cher). Bref … Donc en juin, promis, on se fera sourire, on se fera rire. Une promesse est une promesse. Mais, si tu veux bien, on évoquera un peu les mamans. Juste histoire de se rappeler la couleur de leurs yeux. La mienne les avait bleus. Alors, on s’en ira sous les étoiles, et on les chantera. Je demanderai à Sylvain de les apprendre à la guitare ces belles roses blanches. A travers nos larmes, il y aura des sourires, des souvenirs et encore cette belle envie de vivre qui nous tient debout.
Puis si tu veux bien aussi, et si c’est dans le champ des possibles, tu nous emmèneras faire une virée dans la forêt de Brocéliande. On y ira y vivre au plus près des légendes. On réveillera Merlin en fracassant sa prison de verre, on dira à Viviane qu’il ne sert à rien d’enfermer les gens, même si on les aime, et on dira à Morgane que la haine ne sert à que dalle. Tout juste un peu plus à te pourrir la vie. Puis va savoir, peut-être que la Dame du Lac nous tendra la main, nous filera Excalibur pour aller trancher la tête à toutes ces rancœurs, ces douleurs, ces noirceurs qui nous ont certes esquinté mais qui ont fait de nous ce que nous sommes. Ces êtres humains plein de vie, d’amour, d’envie de rester debout et de continuer malgré tout.
M'en fous j'ai tout fait dans le même message.Tord a écrit :poster un message si tôt après le dernier.
Sans haine, sans violence, sans pizza
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- Blaise Poulossière
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Re: E.V
Pfiou, je découvre. Et bé... Que dire. Il ne m' avait pas préparé à ça, ce forum. C' est fort, ça remue ! 
- Blaise Poulossière
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Re: E.V
Elles sont pas plus réjouissantes !